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 Article publié le 13 décembre 2014.

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La perception chansonnière de la musique isole quelques titres parmi un grand nombre, voire une pléthore de chansons dispersées dans divers albums. Elle s’attache à rassembler des perles pour s’en faire un collier musical. Une liste de titres-fétiches constitue ainsi un ensemble subjectif. Pourquoi pas ?

Le propre du fétiche, c’est d’être le substitut d’un ensemble plus vaste qui n’est pas disponible, comme si, donc, une perception heureuse de l’ensemble musical ne parvenait pas à s’imposer à la perception du collectionneur.

Ce sont les temps forts qui sont recherchés. Les temps faibles, les compositions de moindre intérêt sont mises de côté, au lieu de contribuer à la brillance de l’ensemble. On préfère l’éclat d’une pièce à la moire de l’étoffe musicale. On tient là une esthétique du patchwork qui a son charme.

Intensité contre temps long. Une forme d’impatience. Le désir d’aller à un essentiel, en tous cas à ce qui est ressenti comme tel.

L’amateur d’opéra écoute l’œuvre entière, ce qui ne l’empêche pas de préférer un air à un autre. Le traitement du monstre wagnérien nous a habitués à cet isolement de plages orchestrales, d’airs de bravoures voire de chœurs si nombreux et marquants dans son œuvre.

La radio, elle aussi, isole les titres, habituent depuis des décennies l’auditeur à se concentrer sur le temps bref de la chanson isolée, dispensant l’auditeur de se plonger dans un monde.

Un usage de la musique se dessine, bien compréhensible : la disponibilité de la musique à toutes heures du jour et de la nuit, et en tous lieux, a pour revers la brièveté du temps d’exposition : l’auditeur ne dispose pas de beaucoup de temps lorsqu’il se rend, par exemple, à son travail. Il peut aussi vaquer à ses occupations tout en accordant une oreille plus ou moins distraite à la musique qu’on lui propose ou qu’il se passe.

Cette omniprésence et cette ubiquité de la musique ont pour conséquence la brièveté, et, partant, une certaine superficialité qui empêche de se concentrer sur des œuvres longues.

*

La perception musicale des chansons inverse cette perspective réductrice : elle refuse de sacrifier l’ensemble au profit de quelques titres préférés à d’autres.

D’aucuns piquent çà et là quelques titres qu’ils compilent, d’autres, dont je suis, préfèrent respecter l’ensemble dans lequel tel ou tel titre brillera d’un éclat plus ou moins vif.

Le 33t des origines n’était qu’une collection de singles.

Frank Zappa publie le premier concept-album en 1966, Freak Out ! Sans surprise, les chansons s’enchaînent, les climats varient, alliant parodies de chansons sirupeuses, poppy, doowop passées à la moulinette d’un rythm’n blues décapant, abrasif et compositions longues aux harmonies héritées de Stravinsky et de Varèse.

Quelques chansons marquent l’oreille plus que d’autres, mais pas au point de donner envie de les isoler : le plaisir est plus grand de les entendre dans le continuum voulu par le compositeur.

On peut en dire autant, a fortiori, du concept-album par excellence qu’est Electric Ladyland de Jimi Hendrix.

Zappa et Hendrix sont les deux sommets d’une vision musicale attachée au format chanson.

Une inventivité musicale constante relie les diverses chansons pour en faire un ensemble original, et non une simple compilation.

Il va de soi que chaque chanson est perçue dans sa singularité, mais le charme de chacune d’elles est rehaussé par la fluidité amoureuse de l’ensemble, et ceci d’autant mieux que pas une chanson ne sonne comme une autre en raison de l’extrême diversité des rythmes et des harmonies mis en jeu.

Rien de disparate : la diversité sert l’ensemble et l’ensemble ne se déploie pleinement qu’au travers de la diversité des timbres et des couleurs, des rythmes et des harmonies, ce tout à la fluidité aérienne étant mu par une vision musicale d’ensemble qui s’exerce dans chaque titre.

 

Jean-Michel Guyot

6 décembre 2014

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