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La calbombe céladone de Patrick CINTAS
Printemps de poètes - S’insurger ? Du 7 au 22 mars ? Un sang impur

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 Article publié le 8 mars 2015.

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La question n’est plus aujourd’hui d’être de Droite ou de Gauche. Il était temps. Notre société prend le temps, mais enfin, elle arrive. Certes, à ce moment-là, il est trop tard pour jouer un rôle. Le Français est spectateur par essence. Il faut en tenir compte avant de réfléchir.

Être de Droite ou de Gauche, cela signifie accorder une importance primordiale à la vocation de l’État, au détriment de la société dont le rôle est celui d’un exécutant face à un exécutif fort.

Pas étonnant que les Français soient experts en rouspétance et en rêvasserie insurrectionnelle.

Mais à Droite comme à Gauche, la représentation populaire se soumet volontiers à cette constitution hiérarchique de la Nation.

Pourtant, notre époque est incompatible avec ce mode de survie qui témoigne, tout au long de l’Histoire, de son incapacité à faire de la France une nation moderne. Il y eut quelques sursauts, mais ils furent toujours d’origine individuelle, ce qui est aussi une caractéristique de la France.

En poésie, l’exemple de Baudelaire est édifiant. C’est l’État, servi par une Justice idoine, qui a mis fin au projet des Fleurs du mal. Mais heureusement, malgré la soumission du poète, l’œuvre contient son génie. Et depuis, ce vaste poème s’élève à la hauteur des plus grandes conceptions universelles. Un sauvetage d’après-guerre, peu apprécié d’ailleurs par l’Instruction publique puis par l’Éducation nationale, a permis à l’édition de restituer au mieux toute l’ampleur de cette expérience unique.

On pourrait en dire autant de Sade… de Darien… et de quelques autres encore, pour s’en tenir simplement aux phénomènes littéraires.

Car la France vit encore à l’heure de l’après-guerre. Et là, j’avoue que mes sentiments sont mitigés.

En effet, comment ne pas reconnaître l’extraordinaire évolution de la société française, essentiellement d’ailleurs sous l’influence de ses couches sociales les moins pourvues ? Il y eut des sacrifices, et pas des moindres. Et au bout du compte, qui coûta plus qu’un bras, une société de consommation qui aujourd’hui satisfait globalement. Ses objets ont tellement envahi l’espace encore vivable qu’il n’y en a plus pour les objets aux allures surannées, comme la poésie. Ou alors la poésie a changé de nature et s’est adaptée à une autoconsommation qui apparaît comme une nécessité existentielle à satisfaire par tous les moyens.

Ainsi, le CNE hérité de la seconde guerre mondiale est devenu aujourd’hui un CPE.

Le corporatisme est le même. Les copinages et autres pratiques de l’amour intéressé n’ont pas changé de nature. Et l’esprit a suivi le chemin qui mène de la contestation, voire de la rébellion, à une conception consumériste de l’action.

Une fois de plus, l’exception française, trottinant sur sa jambe encore valide, s’oppose au monde moderne. Et cette fois sans autre argument que la question de sa propre survie.

En France, face aux évolutions extérieures, on en vient toujours à se recroqueviller pour sauver son emploi. Et cela, sans même se demander si les ressources nécessaires sont disponibles.

Elles le furent quelquefois.

En Europe même, que nous pillâmes pour finalement se prendre une série de corrections définitives.

Et ailleurs, dans ces Colonies qui s’en souviendront longtemps.

Mais ces temps de démographie avantageuse sont passés. Il n’y a plus d’Espagne, d’Italie, de Mexique, d’Algérie, etc.

Il n’y a que la France. Et encore…

Qui peut encore se sentir vraiment français s’il n’est pas de Droite ou de Gauche ? Et ces Français-là espèrent-ils vraiment trouver les ressources dans leur emploi actuel ?

Pourtant, il ne suffit plus d’être anarchiste, voire carrément acrate, pour apporter une réponse intelligente à cette situation bloquée. Ce serait trop facile. Or, la modernité implique une complexité croissante — ce qui, remarquons-nous au passage, n’est pas vraiment compatible avec le cartésianisme national, ou ce qui passe pour tel.

Le sang impur de la chanson n’est pas celui des Juifs ni des Arabes, ni de personne. C’est le sang de la modernité. Celui de la loi naturelle. Autrement dit, de la libre pensée. Un salopard comme Richelieu est encore vénéré par des pitres qui se prétendent éternels. On est plus critique à l’égard de Napoléon. Et de Gaulle ne tardera pas à donner des signes d’incohérence confinant au doute raisonnable.

Ce qui ne veut absolument pas dire que le reste du monde, en tous cas de cette partie qui prétend évoluer dans le sens du meilleur monde possible, est en mesure de tenir ses promesses. Loin de là !

Mais il va falloir secouer les vieilles puces du pelage monarchique et accepter le coup de brosse qu’un sang impur, peu soucieux d’abreuver des sillons, propose à notre intelligence et seulement à notre intelligence. Sinon, il ne sera pas idiot de renoncer aux avantages de l’assistanat, forme contemporaine du paternalisme, pour s’essayer à manipuler d’autres usages, voire une autre langue… En commençant par ne plus adhérer à ces partis archaïques, à ces associations poussiéreuses, enfin à toutes ces corporations et congrégations fossiles qui, faute de culture et d’intelligence, n’ont plus en tête que de tirer la couverture juridique sur leurs corps fatigués dans la seule intention de punir le plus sévèrement possible tout ce qui s’oppose à leur sommeil. Et surtout à leurs rêves de pacotille.

Il faut commencer par ne plus adhérer du tout.

 

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