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Tome II - Mon ami Pédar
XX - Je peux tout de même pas faire l’amour à une vioque de près de cent balais !

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 Article publié le 26 avril 2015.

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On me jette des papiers par pitié. Même les arbres s’y mettent. Et je ramasse toutes ces feuilles. Je suis payé à la feuille. Le dimanche, je vais à la campagne. À pied, pour travailler ma respiration, que j’ai suffocante à cause de la fumée des autres. Ils peuvent pas en même temps avoir pitié de moi et s’occuper de ma respiration. Je leur en veux pas. On se salue poliment, tous les jours que Dieu fait pour pas s’embrouiller dans le temps qu’il a inventé pour exister. Chez Popol, on m’offre le café sans Javel, mais je le bois debout dans la rigole, histoire d’être seul. Et j’ai beau me crever à la tâche, je suis toujours sans enfant. Quant aux permissions de visite, j’ai pas non plus les points, à cause que j’en perds en voulant les gagner. Je suis trop honnête, quoi. Je rembourse même les trop perçus. C’est dire. Le percepteur m’encourage pas à tricher malgré moi, mais il insiste pour que je recompte et que je fasse que ça quand j’ai plus rien à faire. J’apprécie sa compassion, mais je suis pas handicapé. De l’avoir coupée, ça fait pas de moi un impotent. Mais on fait pas des gosses avec la jambe ou à l’œil qu’on a perdu. Une feuille est une feuille. Et une feuille en trop n’est pas une feuille :

« Je suis d’accord avec vous, monsieur Hartzenbusch, me dit ce brave homme. Mais une feuille de plus ou de moins, vous savez…

— Ah ! pardon ! Vous ne diriez pas ça si la feuille valait plus cher sur le marché. J’en ai soupé, moi, de la société !

— Voyons, monsieur Hartzenbusch, calmez-vous. Si les feuilles étaient plus nombreuses, elles ne vaudraient pas autant qu’on vous les paie aujourd’hui.

— Dites tout de suite que je me fais voler ! »

Je passe devant chez Big Popo. Elle se moque et je ricane.

« Alors, monsieur Hartzenbusch… on ne jette pas sa cendre sur les feuilles… ?

— Ce sont elles que je fume, madame Popo ! »

Ça me fait du bien d’avoir le dernier mot. Et elle s’en fout, parce qu’il n’y a pas de cendre dans l’escalier. Ce qui ne répond pas à ma question. Et me rend presque fou. Je dis « presque » pour ne pas le devenir. Alice non plus ne répond pas :

« Quand reverrai-je mon enfant ?

— Quand il sortira de l’éprouvette, monsieur Hartzenbusch…

— Mais si personne ne l’aide ! Comment en sortira-t-il s’il ne sait pas que je l’aime ?

— Serait-il dans l’éprouvette s’il ne s’agissait pas de l’éprouver ?

— Mais qu’est-ce que vous voulez prouver, madame Qand ?

— Moi ? Rien. Et vous ? »

Qu’est-ce que je veux prouver ? Que je n’ai pas assassiné Pédar ? Que Rondelle existe et que je n’ai pas rêvé monsieur Rondeau ? Qu’Arto est un parasite du système de croissance morale ? Que Balerinette m’aime plus que son papa ? Qui suis-je pour me poser de pareilles questions ?

Il n’y a rien de pire que la solitude quand on veut vraiment être seul. On ne sait plus où on habite. Il m’arrive même d’oublier d’enlever la Javel et ça me rend triste au point que j’envisage le suicide. Mais qui me suicidera si je ne connais personne assez bien pour lui demander de se damner aux yeux des autres ? Si j’avais su que c’était si compliqué de faire un enfant, j’aurais fait autre chose. J’ai toujours su que si je ne faisais pas un enfant, je ramasserais les feuilles des autres et des arbres sans y trouver du plaisir. Mais on m’a enlevé l’enfant de mes mains et je ramasse les feuilles en question ! Si je n’ai pas tourné en rond, je l’ai fait en triangle, le plus court chemin après le carré. Pas étonnant que je sois si crevé le soir en rentrant du boulot. Je bois la soupe que madame Crotal m’a préparée et ensuite on va faire un tour en Cadillac. Je peux tout de même pas faire l’amour à une vioque de près de cent balais !

 

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