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Tome II - Mon ami Pédar
XXXI - Même que j’avais droit de chercher l’étiquette pour voir comment qu’on la lavait, vu que c’était du métal précieux

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 Article publié le 5 octobre 2015.

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Et qui qui conduisait la Cadillac ? Si c’est pas madame Crotal. Mais une vioque de quasi 100 berges. Jeune qu’elle était, avec des attributs que je rêvais de mettre à nu. Pourtant, comme j’ai dit, je conduisais pas. Et cette fois, j’étais pas dans une camisole. Même que j’avais droit de chercher l’étiquette pour voir comment qu’on la lavait, vu que c’était du métal précieux.

« Précieux, peut-être, me dit madame Crotal, mais cristallisé comme un morceau de sucre qu’on a pas encore trempé dans le café !

— Et comment qu’y fait, Rog Ru, pour cristalliser les paquets de nerfs qui ont trop goûté au Métal ?

— Ça, j’en sais rien ! J’y discute pas les méthodes. J’applique, moi, monsieur Hartzenbusch ! Et surtout, je la ferme pour pas vomir en route quand je suis à la place du mort. »

Et j’y étais ! Tellement gonflé à bloc que la ceinture de sécurité m’allait plus. On allait tout de même pas m’en ajuster une pour moi tout seul. Des mecs perdus pour les espoirs collectifs, il en était passé des tonnes sur ce siège. Et pas tous aussi ressemblant que moi qui ressemblait à rien tant que je m’étais pas regardé dans le bon miroir.

« Des miroirs à faire pâlir les fesses outrecuidantes des plus atteints par l’ambiance métallique de notre époque, ajoute madame Crotal. Du Versailles en moins prétentieux, mais avec une touche de boursicotage que si t’es jamais venu tu connais rien.

— J’ai jamais venu, madame Crotal !

— Ça se voit sur ta tronche. T’es dans l’admiration rien de préjuger. Mais attends donc d’y être. Tu te sentiras tout nu comme si tout recommençait. »

C’était des paroles vachement obscures. On en fait plus des comme ça. Personne comprends, pas même l’Université qui se féminise pour se la faire mettre en douceur, mais c’est que du rêve. Ya pas de douceur dans ce monde, à moins de se tromper d’adresse, ce qu’on finit par regretter de l’avoir fait exprès. On roulait vers la vérité, pas vers le bonheur.

« Bien sûr, dit madame Crotal qui avait les mains sur le volant pour pas être tentée d’en faire autre chose de moins orthodoxe, j’en ai un peu marre de vouloir que ça change et que rien ne change. Ça me fait chier des fois. Que j’en pleure à plus pouvoir saliver ni pisser. Si c’est pas de l’angoisse, ça, je suis pas dans une Cadillac modèle 67. Et où que je serais alors ? Assise devant une fenêtre grillagée à regarder ceux qui peuvent sortir pour se dérouiller les jambes ? Que oui ! Et je remercie Gor Ur de m’avoir appris à conduire sur les routes de France. Vous voulez qu’on s’arrête pour bouffer des tripous ?

— Vous savez, madame Crotal, moi, les abats, ça m’abat…

— Vous en boufferez quand même ! »

Et on a bouffé des tripous en buvant un Fronton que si j’avais su que c’en était je l’aurais pas confondu avec la piquette de mon enfance dans les rêves de ma mère.

« Ça vous plairait comment d’en bouffer encore ? me demande madame Crotal.

— On est pas au fromage ?

— Que non ! Ya pas de fromage ! Faut se préparer à ce qui va nous arriver …

— Et que va-t-il nous arriver, madame Crotal ?

— Si je te le disais, tu croirais bouffer du fromage…

— Alors que c’est des tripous… ?

— Exactement, mon cher Watson ! Tu vois où ça nous même, d’en parler…

— Ah ! Promis juré que j’en causerais pus !

— Que c’est dans ton intérêt, bleusaille ! »

Ensuite, elle a recommencé à me voussoyer, signe qu’on avait touché le fond, mais qu’on pouvait encore se permettre d’hésiter. Je sais pas ce qu’ils ont mis à la place du moteur, les Ricains, mais ça avançait. On était même à deux doigts de savoir pourquoi. Pourquoi quoi ? Pourquoi qu’on y était presque ! Et je me demandais si j’y avais déjà été. Que des fois, ça arrive. On est déjà passé par là, mais pour une raison qui va devenir le nœud de l’angoisse, on s’est pas arrêté. Et quand est-ce qu’on allait s’arrêter ? Madame Crotal conduisait en souplesse, évitant les nids de poule qui sont nombreux à la campagne. Ah ! ouais… je vous l’ai pas dit… On avait quitté la ville. Et le maire nous avait fait un bras d’honneur. Il aimait beaucoup l’honneur, le maire de Mazères, et il s’en servait. J’avais écumé et madame Crotal m’avait filé son mouchoir. Y avait des initiales dans un angle : GU. Elle avait épousé monsieur GU à une époque que c’était avant Crotal. Ou alors Crotal c’était son nom de jeune fille. Y avait jamais eu de monsieur Crotal et ça me laissait une chance. Je vous ai pas dit l’âge que j’ai ?

« Quand on sera arrivé, qu’elle me dit, vous me laisserez parler.

— Je peux plus m’empêcher de parler depuis que je sais comment on fait !

— Et ben vous ferez pas !

— Et qu’est-ce que je ferai pas ?

— Parler avant que j’ai parlé.

— Mais à qui, madame Crotal ? À qui ? »

Elle reniflait l’angoisse comme si ça sentait aussi pour les autres. Elle souriait sans me répondre, découvrant le métal de ses ratiches. Pas du précieux qui vaut de se risquer à commettre un meurtre, mais c’était du métal, ou alors c’était bien imité.

 

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