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Tome II - Mon ami Pédar
XXXIV - Un bon petit paquet de merde me ferait le plus grand bien

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 Article publié le 18 octobre 2015.

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Et donc on est allé voir monsieur GU. La merde, ça me changerait un peu. Voilà ce que me conseillait madame Crotal. Et j’étais pas contre. Le Métal, la Fusion, l’Érection ! J’en avais marre des circonvolutions. Un bon petit paquet de merde me ferait le plus grand bien. Du mou et du bien odorant. Avec du papier ou avec les doigts, je m’en foutais. Et ben vous savez quoi ? J’allais être servi.

Madame Crotal en prend un en épingle, de virage. La suspension en chiale de jalousie. Je vois un arbre mettre fin à mes espérances de bonheur à tout prix, mais le feuillage m’effleure à peine et je me mets à chanter la Marseillaise en la mineur avec des bris de verre qui me refont la gueule pour que j’arrête de m’en plaindre. Et j’ai pas fini d’y penser que je me retrouve sur une branche en compagnie d’un oiseau qui me picore la glotte en pétant sur une feuille d’automne qui se détache aussitôt. Mais au lieu de se poser tranquillement par terre pour joncher son automne d’une nouvelle tache de rousseur, la voilà-t-il pas qui s’élève dans les airs en emportant la partition ! Aussi sec je me mets à jouer du biniou en levant la patte aussi haut que je pouvais compte tenu que j’étais déjà assez haut perché. Bref, j’ai pas fini la première mesure qu’un vieux Chinois tout rabougri me tend une feuille de papier en me disant que j’en aurais bien assez vu que je manque d’inspiration. Et en effet, la crotte qui me sort de l’intérieur est à peine plus grosse que la tête d’épingle qui me retient au décor. Je hurle mais ça n’impressionne personne. On dirait que je suis déjà venu. J’ai cette impression, mais le Chinois me dit qu’il avait jamais vu un mec chier aussi petit. C’est le genre de situation dont j’ai toujours envie de m’excuser.

« Vous en faites pas, qu’il me dit, j’ai vu plus petit encore.

— C’est pas le genre de mec que ça rassure, dit madame Crotal qui veut prendre ma place, même que ça urge et que ça finit par m’en mettre plein les dents.

— D’habitude on fait ça après, dit le Chinois, et je vais demander après quoi quand cette grosse salope de Crotal dit :

— Il fait des trous dans son slip à cause des fusions. Je lui ai conseillé de la tremper dans mon froid, mais c’est pire quand il est dans cet état…

— L’état quoi ? demande le Chinois.

— Ah ! j’y comprend rien ! m’écriai-je. J’ai salement l’impression d’être déjà venu ici, mais je me rappelle plus quand ni pourquoi !

— Pourquoi, c’est pas difficile à deviner, dit le Chinois qui devient pédagogue, gogue surtout parce que le côté péda lui revient pas. Et il continue : mais quand ? ça c’est la question que tout le monde se pose au moment d’entrer.

— Vous me voyez fier et presque con de me sentir comme tout le monde !

— Sentez ! Vous gênez pas. Ça coûte rien à côté que quand il faut payer ! »

Et il se met à fouiller dans mes poches, que j’en ai pas beaucoup, enfin… pas pour tout le monde. Alors vous parlez des gourmands !

« Je vous présente monsieur GU ! dit madame Crotal. Monsieur GU, voilà monsieur Hartzenbusch. Vous allez vous entendre comme cul et chemise. »

On entre. On s’assoit à même le sol et on fume un truc qui nous enfume aussitôt. J’ai une telle trouille que je me mets à m’expliquer. C’est pas qu’on a envie de m’écouter, mais on reste poli tant que je me contente d’avoir la trouille sans chercher à la filer aux autres par les trous. D’ailleurs, de trou, j’en vois qu’un. Et il est rempli de merde. J’aime pas trop la merde des autres, alors je me calme et monsieur GU approche son doigt d’une de mes narines. Je m’aperçois avec effroi que de narines, j’en ai qu’une ! Et qu’en plus je sais pas m’en servir. J’ai tellement honte que mon cordon ombilical me repousse ! Et madame Crotal veut le couper. Avec les dents !

« Je vous assure que ça fait pas mal, monsieur Hartzenbusch !

— Elle le fait souvent, ajoute monsieur GU.

— J’en doute pas, que je dis, mais je suis encore vivant ! »

Ça les calme, cette réflexion inattendue dans le cadre d’un chiotte. Ça me calme moi aussi. On s’assoit encore et ça fume. Je sais pas qui fume le plus, mais ça fume. On finit par tousser. Et ça fait marrer madame Crotal qui se retient de pisser. Alors soudain je pense à la place que j’aurais pu avoir et que j’ai sans doute perdue.

« Vous zen navez pas une place ici ? me dit monsieur GU.

— Est-ce que je serai payé proportionnellement à l’effort ? Monsieur Russel m’avait promis un bon salaire.

— Et qu’est-ce qu’il fallait faire pour être payé par monsieur Russel ?

— Pisser dans un trou sans le rater !

— Sans papier ! Heureusement que je suis là ! »

Monsieur GU a l’air satisfait. Il me donne une feuille supplémentaire, pour les coins. Il me montre comment on fait pour avoir les coins propres et pas s’en mettre sur la bourse.

« Les femmes adore peloter ce genre de chose, me dit-il.

— C’est que… je suis pas venu pour ça…

— Et pourquoi que vous êtes venu, monsieur Hartzenbusch ?

— Mais pour être payé, monsieur GU !

— Être payé pour payer ! Vous trouvez pas ça anormal ?

— C’est pourtant ce que je fais le mieux !

— Où va le talent de nos jours ! »

Il sort. Madame Crotal se lève aussi, mais au lieu de s’en aller et de me laisser seul avec moi-même, ce qui ne lui demandera pas beaucoup d’effort, elle se penche sur moi pour mordre mon cordon ombilical.

« Il est pas en fer au moins ? dit-elle, l’air un peu dégoûté.

— Il est pas en fusion non plus, madame Crotal. C’est de la chair. Même que je crois que c’est la chair de ma mère et que c’est pour ça que ça me repousse.

— Ah ! dites donc ! Ce que vous en savez des choses sur la femme ! Mais vous n’en auriez rien dit si j’avais pas menacé de vous le couper avec les dents… Poussez-vous un peu que je m’y mette ! »

Et on se met à chier tous les deux dans le même trou. Il paraît que ça rapproche les êtres, le bien commun. Mais ça l’empêchait pas de reluquer ma queue qui refroidissait tellement ça m’excitait d’en savoir un peu plus chaque jour que Dieu fait.

 

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