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Tome II - Mon ami Pédar
XXXVIII - Je les sentais grouillant comme des idées à l’heure de trouver une solution

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 Article publié le 9 novembre 2015.

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Bon d’accord ! Balerinette est la fille de Roger Russel. Et après ? C’est une raison pour m’injecter des produits hallucinogènes ? Vous savez la nuit que je viens de passer ? À bégayer sans arriver à dire « je t’aime » ? Si la fenêtre n’avait pas été ouverte, j’aurais manqué d’air tellement j’en ai respiré. Et puis j’étais pas seul. Je les sentais grouillant comme des idées à l’heure de trouver une solution. Ah ! je vous le dis ! J’aime pas la nuit quand c’est le rêve qui s’en occupe.

Ben oui, Balerinette est la fille de Roger Russel. Je le sais depuis le début, mais pas vous. Même qu’elle s’appelle pas Balerinette. C’est moi qui l’appelle comme ça, Balerinette. Allez savoir pourquoi. Une réminiscence que ça doit remonter à quand j’en avais pas encore. Et je me souviens pas quand j’ai commencé à en avoir et si c’était Balerinette ou je sais pas quelle autre complication alors que tout était si simple.

J’ai des glandes comme tout le monde et ça me travaille de l’intérieur, tellement que ça se voit à l’extérieur et on me pose des questions. Je réponds que j’ai pas pris mes gouttes, 60 par jour en 3 fois. Goût métallique. Ça trouble pas l’eau. Et c’est incompatible avec la Javel. Voilà… maintenant vous commencez à comprendre que je vous ai pas attendu pour donner un sens à ce qui m’arrivait, en supposant que ça arrive aussi aux autres à la même époque de la vie.

J’avais un besoin incroyable de la fourrer dans tous les trous, tellement que papa a fait fuir le gruyère. Sans compter les passoires de l’existence et les rideaux que maman voulait pas ravauder sous prétexte qu’elle avait plus goût à ça. Pendant ce temps, je regardais la télé et je voyais que j’étais pas plus con qu’un autre. Il m’a pris une de ces envies de devenir star de cinéma que si j’avais réussi j’aurais épousé une autre star, même déguisée en pédé. Ça tournait, ah ! ça oui, mais dans le style que si j’ai pas mal à la tête c’est que c’est pas moi qui se demande pourquoi on souffre à la place des autres.

J’y racontais ça à Balerinette quand elle avait pas deux ans ni les poussières qui vont avec si on veut compter juste. Elle m’écoutait sur son popo. Et on regardait King Kong en train de tordre quelque chose de difficile à tordre sans tomber dans la fiction. Exactement le contraire de ce qu’on voulait voir pour oublier qu’on avait pas le même âge.

Alors Roger Russel m’a obligé à habiter chez lui, mais pas là où il habite avec Balerinette. J’ai emménagé, comme on dit. Avec les meubles que madame Crotal retenait à un autre locataire qui mourait d’angoisse au fond d’un autre puits. Comme j’avais jamais travaillé, je suis mort avant même d’apprendre à réclamer un salaire et des conditions de travail que la décence inspire à la paresse. Je me suis mis à croire en Dieu et je l’ai appelé Javel, juste pour avoir le plaisir de l’enlever de l’eau du robinet qui autrement se met à croire en faisant un bruit d’enfer chaque fois qu’on est poussé à boire. Avant, je savais pas que je serais poussé dans ce sens. Je pensais même qu’il faudrait pas me pousser pour que je prenne un sens.

Les trucs qu’on fait pour s’expliquer ! On passe de 60 gouttes à 80 et de 80 à 100. Avec le risque d’en mettre dans la Javel, même très peu de Javel, et alors on comprend ce que ça fait et ce que ça fait pas. Je comprenais tout du premier coup et j’ai même fait usage du popo de Balerinette qui a changé de couleur.

Et puis on est allé à la pêche aux haricots de mer sur une plage que je vous dis pas son nom pour pas lui faire de publicité, bonne ou mauvaise selon qu’on sait de quoi je parle quand j’en parle plus. La tête que je fais ! Balerinette enfonçait son index et son majeur bien serrés l’un contre l’autre dans le sable après que l’écume se fût retirée. Il fallait que je lui dise si c’était un haricot ou un crabe, même que des fois c’était ni l’un ni l’autre et je savais pas moi-même. Dans l’eau, elle avait l’air de s’amuser mais c’était pas moi le rigolo. C’était toujours un autre et je savais pas qui. Alors, je retournais au popo et je me prenais pour un type de son âge, ce que je n’étais pas sinon tout le monde l’aurait su.

Bref, elle a crû. Et moi j’étais déjà comme je suis. Avec une queue qui fait plaisir à voir, mais qu’on a pas tellement envie d’essayer. Elle préférait la marelle. Avec les cailloux, plat de préférence, des cailloux qui glissaient et moi je disais pas non. Pédar m’encourageait mais lui, il peut payer son loyer et de toute façon il le paye pas à Roger Russel qui ne l’emploie pas non plus puisqu’il travaille à la ville comme pompiste d’essence ou de gas-oil, je me rappelle plus.

Vous rigolez parce que je suis con comme un autre. Si c’est tout l’effet que ça vous fait de savoir que Balerinette est la fille de Roger Russel, qu’est-ce que ça va vous faire de savoir qu’elle est sa fille unique. Je sais pas d’où il la sort. Personne le sait. Il est arrivé avec et il veut repartir sans. Quand il m’a dit ça, j’ai cru qu’il voulait que l’épousasse. Mais non.

Donc, je la vois ce jour-là, que je devais payer le loyer à son père et que j’avais pas encore travaillé pour lui. Forcément, j’étais dans la Cadillac de madame Crotal en route à partir de l’endroit où on avait causé de je sais plus quoi avec monsieur GU. Je crois même qu’il faisait tellement nuit que j’allais pas m’en sortir sans ouvrir l’œil, parce que ça chlinguait. À quoi ? Mais au popo ! Balerinette faisait dedans, en plein enfer de la Marelle, ou Enfer de la marelle, je sais plus. Je vous laisse cette initiative.

Madame Crotal arrête la Cadillac parce que ça chlinguait trop. Elle baisse la vitre automatiquement et met sa tête dedans, une prouesse que si on me demandait comment elle fait, je ferais pas pareil.

« Alors, ma petite Balerinette, il paraît que tu vas faire ta communion solennelle ? »

Avec qui, je sais pas, mais j’y suis pour rien et je m’en mords les doigts.

« Je vais la faire, madame Crotal ! J’ai demandé une montre en or et des patins à roulette.

— Demande-leur l’impossible, ma petite ! C’est tous des […] ! »

Elle me regardait même pas, Balerinette. Elle savait peut-être pas que j’étais de l’autre côté de la Cadillac, en train d’essayer de baisser la vitre et Popol me faisait des signes pour m’expliquer comment on la baisse. Il s’agitait derrière la vitrine, ayant écarté le rideau jaune qui avait glissé sans bruit sur ses anneaux. Je pouvais voir la table avec le tapis dessus. Et la cruche jaune. Et Roger Russel qui parlait à un mec qui me tournait le dos. Il me tournait tellement le dos que j’ai pensé que c’était Pédar.

Vous savez comment c’est, les Cadillac. Vous poussez un bouton et elles vous montrent ce qu’elles savent faire. Mais je savais pas sur quel bouton il fallait appuyer pour que Balerinette prenne le volant. Et j’ai appuyé sur un truc qu’était même pas un bouton. Et tout a disparu !

 

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