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Tome II - Mon ami Pédar
XXXIX - Dans un cas comme dans l’autre, j’aurais angoissé selon le principe cartésien

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 Article publié le 15 novembre 2015.

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Y avait plus rien. Mais ce qui s’appelle rien. On aurait éteint la lumière, j’aurais su, même sans voir, qu’il y avait au moins quelque chose. Et si on avait mis tellement de lumière là-dessus que ça m’aurait rendu aveugle, j’aurais bien vu que j’étais pas seul. Dans un cas comme dans l’autre, j’aurais angoissé selon le principe cartésien. Ça fait pas de bien par où que ça passe, mais ça empêche pas d’exister. Mais là, c’était le vide ou je savais pas ce que c’était. Heureusement que quelqu’un a dit que je pouvais pas payer le loyer sans l’aide de l’État, sinon je serais pas revenu pour protester.

« Qu’est-ce qu’il a ?

(C’était la voix de Pédar, mais Pédar était crevé et donc quelqu’un l’imitait. Mais alors à la perfection ! Que ça me refoutu des boules là où personne n’en a sans se forcer.)

— Il veut ouvrir la vitre et il peut pas, dit Popol qui était sorti et s’agitait sur le trottoir avec des gestes que si on comprenait pas c’est qu’on était venu pour rien.

— Il a pas l’air de vouloir l’ouvrir, si quelqu’un d’autre. Ça se voit, quand quelqu’un veut ouvrir une vitre. Il y met du sien.

— Ces mecs qui foutent rien de la journée, à part d’être soupçonnés de meurtre, on sait jamais de quoi ils sont capables.

— Moi je l’ai vu reluquer Balerinette avec un que si c’était ma fille, je sais bien ce que j’y ferais… »

C’était un mot de trop ! Et Roger l’avait entendu, malgré que la radio était à fond. Alors il sort sur le même trottoir que Popol et il se met à sa place. Mais au lieu de gesticuler pour expliquer comment qu’on baisse la vitre, il explique autre chose et je comprends pas quoi. Ah ! merde ! que je me dis. J’aurais préféré qu’on s’en tînt à la question déjà épineuse de la vitre qui est déjà pas si facile que ça à baisser, même que j’y arrive pas. Et qu’est-ce que je lis sur les lèvres de ce proprio intransigeant ? Que j’aurais mieux fait de pas aller voir monsieur GU pour lui tirer dans le dos à lui, Roger Russel. Ça me fait baisser la vitre.

« Je fais ce que je peux pour payer mon loyer, monsieur Russel !

— On s’en fout puisque c’est l’État qui paye, dit Popol qui se fait une place sur le trottoir. L’État, c’est-à-dire nous. Et on a pas envie de payer !

— Il faut bien que quelqu’un paye ! proteste Roger Russel.

— Oui, mais c’est toujours les mêmes.

— Forcément, je dis. On est logé à la même enseigne ! »

Qu’est-ce que j’avais pas dit ! Pire que si j’avais avoué avoir tué Pédar. Et pourtant, je l’ai pas tué. On m’a enfermé pour ça. Et j’en suis sorti pour écrire ce que vous lisez, sinon j’aurais continué d’écrire pour pas être lu. Comme la vitre était baissé, j’ai mis ma tête dedans, comme elle faisait madame Crotal du côté du volant qui est moins risqué selon les statistiques.

« Il vous a offert une carte du Parti socialiste ? me demande Roger Russel sur un ton narquois.

— Il a bien sa carte du Front national, Arto !

— Vous voulez pas ma carte plutôt ? »

C’était tentant. Ah ! c’était une belle carte. Elle donnait droit à épouser Balerinette même en état de légitime défense. J’avais tellement envie de coucher avec elle ! Me tenir debout sur la marelle avec un caillou glissant au bout du pied suffisait plus à calmer les ardeurs qui me bouffaient mon temps de loisir. Madame Crotal me pinça discrètement.

« Pourquoi qu’elle vous pince ? demanda Popol.

— J’y pince pas ! grogna madame Crotal.

— Je suis bigleux peut-être ? rugit Popol.

— Non, mais vous savez pas ce que c’est pincer !

— Je me fais pincer quand je veux moi !

— Et ben monsieur Hartzenbusch est libre, lui ! »

Ça commençait à chauffer. La Cadillac frémissait à l’idée d’une fusion qui me donnerait raison. Roger Russel se tenait prêt et Popol agitait un siphon. Mais c’est Balerinette qui pissa et le Métal se figea comme il était venu.

« Ya des fois où qu’on parle pour rien, » nota madame Crotal.

J’étais descendu de la voiture pour retracer la marelle, à même le pipi. Balerinette retint ma main, celle qui tenait le morceau de craie.

« Fais pas ça, Giton ! Inutile de provoquer un scandale. Rentre chez toi et bois un bon coup de ton eau déjavellisée. Ça te fera dormir. Tu as besoin de sommeil. »

Arto n’était pas loin. Il fumait sa pipe blanche. Rondelle tenait encore la boîte d’allumettes. Elle en frotta une pour éclairer son visage. Et je vis alors qu’elle en savait plus que moi. Forcément, c’est elle qui avait tué Pédar.

 

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