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Tome II - Mon ami Pédar
XLIII - Je savais pas pourquoi on m’invitait, mais qu’est-ce que je bandais !

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 Article publié le 13 décembre 2015.

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Et ben vous savez quoi ? Mon loyer était payé. Ça me laissait un mois pour me la couler aussi douce que possible. J’ai même été à la communion de Balerinette. Bien sûr, on m’a détrompé à l’entrée de l’église. On m’a tout bien expliqué. Même que Balerinette était trop jeune pour coucher avec un type qui sait même pas son âge. Ah ! si je l’avais su, j’aurais été en prison. Et on m’aurait peut-être même coupé. J’ai vite compris et on m’a pas expliqué longtemps, preuve que je pouvais encore servir à quelque chose, même si j’avais pas de travail. Certes, j’avais fait ce que j’avais fait pour survivre, mais j’étais vivant et libre et Arto pouvait enculer Marine toutes les nuits que Dieu fait pour que le Front national gagne pas les élections.

Et je me suis pas privé de bouffer tout ce qu’il était permis de bouffer pour faire honneur au repas qui a suivi la communion. J’ai même montré à Balerinette comment que je faisais pour éjaculer sans en mettre partout. Et j’ai tout mis au même endroit. Ils l’ont alors éloignée de moi. Et on m’a raccompagné chez moi sans me demander si j’avais tué Pédar ou si je connaissais du monde en haut lieu.

Et après cette effervescence bien méritée, j’ai eu envie de dormir. Madame Crotal, remise de ce que Roger Russel lui avait fait subir, avait changé mes draps en autre chose et c’était justement ce qu’il me fallait pour que je trouvasse le sommeil, lequel j’avais perdu suite à un traitement non pas mauvais, mais trompeur. J’allais passer une nuit de l’autre côté.

Je sais jamais vraiment de quel côté je suis. Et puis ya tellement de côtés que je sais jamais si je suis de l’autre ou encore moi-même. Mais enfin, quand je dors, je fais pas semblant. Est-ce que j’avais vu l’hélicoptère ? Non. Alors ?

Alors je suis entré. Que voulez-vous, je suis comme tout le monde. Je ne recherche rien d’autre qu’un moment de bonheur et pour m’assurer que je me trompe pas de bonheur, j’en mesure le plaisir que ça me donne.

Suis-je différent du modèle du citoyen républicain que Manuel Valls encule pour se faire mousser ? Vous voyez bien que non. Alors je suis entré. Chez Popol. Et j’ai eu droit à une poignée de cacahuètes salées et à un verre d’eau garantie sans Javel par le gouvernement que préside un enculeur encore plus remarquable qu’Arto Lafigougnasse que vous connaissez aussi bien que moi puisque vous l’avez inventé avant que je prenne la parole. Quel merdier !

Bref, je dormais. Et qu’est-ce que je fais quand je dors ? Rien. Je veux dire qu’à l’extérieur, Rondelle a beau me regarder comme si elle m’avait jamais vu, je fais rien et même plus : je donne l’impression de pas travailler. Ça lui en bouche un coin. Mais à l’intérieur, Rondelle ? À l’intérieur, qu’est-ce que je glande ? Ça, tu peux pas le voir. Et pourquoi tu peux pas le voir ? Parce que tu n’entres pas. Je suis fermé. Ça me fait un anus tellement contracté qu’on dirait que j’en ai pas et qu’on va me demander par où je me vide. Est-ce que tu te vides quand tu dors, Rondelle ? Rarement. Et ça me réveille, alors.

Je dormais. La solitude. Rien ne bouge si je fais pas bouger. Et si quelqu’un parle, c’est moi qui dis. On me met des trucs dans les veines et ça revient au bon moment. Au bout d’un temps qui n’est pas celui des horloges, je rencontre quelqu’un. Non pas Balerinette, que je me fais les yeux ouverts à la fenêtre quand elle joue à la marelle, mais quelqu’un. Quelqu’un qui n’arrête pas de parler comme si je savais me taire. On se sent bien. On va attraper du poisson si ça continue.

Et ça continue. Une porte s’ouvre. Et je sais que si j’entre, j’en sors. Or, je veux pas sortir de là. Je veux comprendre ce qu’on me dit. Je suis mon propre mystère. Je jour où j’ai expliqué ça à mon toubib, il a amené des étudiants pour que je sois plus à l’aise dans les descriptions, que c’est le côté faible de mon imagination. Alice Qand, qu’il s’appelle. Homme ou femme, ou le contraire. Barraqué comme un homme et fuyant comme une femme. Et des fois le contraire, je veux dire.

On était en train d’en parler quand Sally Sabat est entrée, toute sucrée en commençant par les guiboles qu’elle a croisées pour que je regarde pas entre. Moi, je m’en foutais qu’on m’interdise. Du moment qu’on me demande pas de piloter un hélicoptère.

« Mais c’est ce qu’on vous a demandé ! fait Sally Sabat en me donnant un coup de pied.

— Qui m’a demandé une pareille connerie ?

— Roger Russel !

— Il existe pas ! Je l’ai inventé !

— Vous voulez dire qu’à force de l’inventer, il s’est mis à exister ? C’est banal comme affection. Je vais vous piquouser. »

J’en avais pas vraiment envie. J’ai la peau tapissée de trous et de bleus. Ça me donne envie de vomir quand je me regarde à poil dans le miroir qui est mis à ma disposition par le système.

« Quel système ? Ya pas de système ! Qu’est-ce que vous racontez ?

— Je raconte pas ! Je dors.

— Avec les yeux tellement ouverts que je suis obligée de serrer les cuisses ? »

Je crois que c’est à cet instant que Kol Panglas est entré. Il fumait toujours son Kolipanglazo de un mètre dix de long. Ça m’écœurait, moi, toute cette fumée pour rien. Mais ça faisait ouvrir les cuisses et je voyais. En plus, ça avançait.

« Vous êtes prêt ? me demanda Kol Panglas. L’hélico, lui, est prêt.

— Je le vois plus !

— C’est possible, ça ? » demande Kol Panglas à Alice Qand.

Et on a recommencé. Tout depuis le début. Vous imaginez la trotte ! On avait même plus la Cadillac pour se chauffer le cul. J’avais plus qu’une envie : me réveiller et plus jamais travailler pour les autres. Mais en revenant chez moi, l’œil noir et froid de Pierre Laval, crevé par les fléchettes, me lança un regard encore plus perçant. Je suis tombé à genou. Ou je me suis agenouillé, je sais plus. La cloche de l’église sonnait à toute volée pour que les invités se rendent en habit du dimanche à la cérémonie de la communion solennelle. Je savais pas pourquoi on m’invitait, mais qu’est-ce que je bandais !

 

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