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Autres romans, nouvelles, extraits (Patrick Cintas)
Combustion spontanée

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 Article publié le 13 décembre 2015.

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Histoire extraite de BA Boxon.
Lecture du texte intégral [ICI]

 

Un jour Jean s’amène à la maison, tout débraillé. C’était la nuit, je sortais du lit, il me tirait d’un mauvais rêve, et voilà que c’était pour me traîner dans une sale histoire de son cru. Jean vivait avec sa mère, et je me suis tout de suite douté que s’il me réveillait en pleine nuit sans avoir pris soin de sa mise, c’est que, de deux choses l’une, soit il y avait le feu chez lui, ou bien sa mère agonisait.

— Les deux ! qu’il fait.

Je rassemble mes esprits (j’ai le sommeil difficile à réveiller), l’ombre d’une nouvelle plaisanterie plane un moment sur moi, puis, voyant à ses yeux qu’il n’avait pas l’air du tout de me faire une de ses blagues de mauvais goût, je dis :

— Bon dieu ! Mais qu’est-ce qui t’arrive !

— De l’incroyable, mon vieux. Enfile un manteau, et suis-moi.

— Et les pompiers !

— J’ai éteint le feu.

— Et le docteur alors !

— Je ne trouve pas la malade.

Je pense : affolée par le feu, elle a dû s’enfuir dans la nuit. Elle doit trembler de froid dans quelque fossé.

On entre chez Jean. Il y a une odeur de cendrier, mais pas plus que dans n’importe quelle maison où l’on entretient une cheminée. Celle-ci est allumée d’ailleurs, et sa bonne chaleur me réveille un peu.

— Regarde ! dit Jean. C’est incroyable !

Je regarde dans la direction qu’il m’indique, non loin du foyer de la cheminée, et qu’est-ce que je vois ? le fauteuil de la mémé, presque entièrement carbonisé, et pas de trace de la mémé.

— Putain ! je fais, elle l’a échappé belle !

— Elle a échappé à quoi ? dit Jean.

Il s’approche du fauteuil, se penche cérémonieusement, et ramasse quelque chose par terre, qu’il exhibe. J’ai failli défaillir d’horreur.

— C’est maman, dit-il.

 

Le lendemain, l’affaire fit grand bruit. Les uns disaient que la mémé était morte sans souffrir, et quelques mauvaises langues susurraient que son fiston l’avait liée au fauteuil avant d’y mettre le feu. On vit même un savant venu de très loin, qui prit des photos, des notes, des mesures, et parlait de "combustion spontanée", et que si c’était le cas, deux autres personnes de par le monde y avaient forcément passé, et qu’on allait le savoir bientôt, ce qui vérifierait son hypothèse. On ne le sut jamais, du moins personne ne nous en informa, mais je n’ai pas oublié la mort atroce de cette bonne mère. Jean souriait d’une façon très niaise, ce qui lui donnait l’air de quelqu’un que le deuil avait complètement abasourdi. Au café, il se tenait près du comptoir et, tendant au bout de son bras un objet quelconque qui figurait l’objet de sa surprise, il répétait : "C’est maman !", un peu comme l’acteur qui dit "être ou ne pas être", exactement de la même façon, sauf que ce qu’ils disent n’a pas le même sens.

 

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