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Histoire de Jéhan Babelin 33
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 Article publié le 8 juillet 2018.

oOo

Moi je passais par là,

Complètement inventé.

Par qui ? Mais par le chien !

Le chien m’inventait et,

Vous n’allez pas me croire,

Je vivais d’existence !

 

Je fus complètement surpris

De m’étonner ainsi,

Tout nu dans la forêt

Des symboles les mieux gardés.

 

J’étais un homme hérité !

Un objet de chien en vadrouille.

Au-dessus de nos têtes volait

L’étrange créature de nos rêves.

 

Car le chien et moi

Partagions cet espace

Où il est donné

A certains malfaiteurs

D’exister et de vivre

En même temps.

 

Sans Babelin nous étions trois.

Un chien, un être et un vivant.

Vadrouillant, cheminant,

Sous les arbres ou sans,

Dans le soleil ou la nuit,

La pluie, le vent, les hommes,

Beaucoup d’hommes qui

Ne nous ressemblaient pas

Tellement ils vivaient

De ne pas exister.

 

Moi, que voulez-vous !

J’ai cru que c’était le grand amour.

Celui dont parlent les romans.

L’amour à trois

Comme en religion.

Le vrai, le faux et le possible.

Ou le contraire et l’improbable.

J’y pensais mais comme on vit,

Sans trop me faire de souci

Quant à la cohérence

Des faits et des trouvailles.

 

Le chien parlait comme je parle.

L’oiseau lugubre avait plus l’air

D’un oiseau qu’autre chose.

Et le monde nous appartenait,

Un peu comme la terre

Contient la totalité des morts.

 

Le matin tout était clair.

Le soir on était gris

Et la nuit nous voyait noir.

Jamais je n’avais voyagé

En compagnie d’un chien

Et encore moins d’un oiseau

Qui faisait tout ce qu’il pouvait

Pour ressembler à ses ailes.

 

Nous parcourions toutes les distances,

Clairs, gris ou noirs

Selon les circonstances.

Et à force de tout pouvoir,

Nous nous sommes souvenus

De tout.

 

J’ai dessiné le profil

De Jéhan Babelin

Sur le miroir

D’une onde

Où l’araignée traçait

D’autres ondes.

J’étais seul alors,

Sans chien, sans rêve,

Sans rien à dire aux autres.

Presqu’enfant et déjà vieux.

Comme si l’existence

Ne connaissait

Que l’enfance et la mort prochaine.

Rien d’autre

Que cet amour insensé

Qui volatilise le présent.

 

J’étais devenu un autre homme.

Je me prenais pour un arbre.

Ou pour un fleuve entre les arbres.

Quelquefois même je voguais.

Je me laissais aller.

Je ne pensais plus, j’étais.

Et le plaisir m’envahissait

Comme les parfums du printemps

Qui valent bien ceux de l’automne.

 

Il fallait bien

Que je me raisonne

Pourtant :

Si je n’étais plus

Ce que j’avais été,

Je n’étais toutefois pas

Ce que je rêvais d’être.

 

Je ne troublais pas

La surface de l’eau,

Car ce n’était pas moi

Ce personnage

Qui n’était plus

Ce que j’avais été.

Je suis plutôt la tragédie

De ce que je ne serais jamais.

 

Et cela me plonge

Dans d’horribles souffrances.

Si mon visage n’existait pas,

On ne pourrait pas

En mesurer

L’intensité.

Hélas je suis

Comme les autres

Et l’apparence

Trahit ce qui

M’en différencie.

 

La forêt épuise les symboles.

Je voyageais avec

Le chien de celui

Qui ne m’avait pas connu

Mais que j’avais accompagné

Depuis le jour de sa naissance.

 

L’oiseau qui virevoltait

Comme s’il nous appartenait

N’était peut-être

Qu’un cerf-volant.

Qui sait

Si à ce moment

Précis de ma vie

Et de mon existence,

Je n’étais pas l’enfant

Que personne ne désire… ?

Qui sait ce genre de choses ?

Même le chien

Qui a nom Nano

Et qui a appartenu

A Jéhan Babelin

Ne peut répondre

A cette question tournoyante

Comme un oiseau

Sorti des rêves

Pour occuper

Cette place dans le ciel

De nos divagations.

 

Nous voyageâmes longtemps,

Que nous fussions trois,

Ou seulement deux,

Ou même un si je suis moi.

Je voyageais ou je rêvais.

Je rencontrais d’autres animaux,

Ce qui me changeait

De l’ambiance municipale

A laquelle le citoyen ordinaire

Soumet son apparence

Et ses possessions.

 

Je ne sais pas

S’il vous est arrivé

De rencontrer

Autre chose

Que la vie…

Je ne sais rien de vous,

Sinon que vous êtes un homme,

Ou peut-être même une femme,

Voire un enfant vieilli

Comme ne peut rajeunir

Le vieux qui s’apprête à mourir.

Je suis sincère

Quand je vous dis,

Quand je vous chante

Que ce qui m’est arrivé

Ne vous arrivera pas.

 

Bien sûr j’ai rencontré

D’autres hommes que le chien

Et son épouvantail volant.

L’homme me disait alors :

« Il est à vous ce chien ? »

Je ne répondais pas, je disais :

« J’ai connu d’autres chiens,

Monsieur,

Mais rien de comparable

A celui que vous voyez

En ma sinistre compagnie.

J’ai tué trop d’hommes

Pour ne pas en arriver là ! »

Et alors ils vous regardent

Comme s’ils vous avaient déjà vu,

Quelque part dans la forêt

De leurs jardins municipaux.

Vous y étiez vous aussi,

Mais vous avez bien changé depuis !

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