Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
Navigation
Seriatim 2
Seriatim 2 - Oui oui les romans (Patrick Cintas)

[E-mail]
 Article publié le 22 mars 2020.

oOo

Oui oui les romans

De la gare au tripot

Et du trottoir à la télé

Les romans sans virgules

Comme le vin de messe.

 

J’en ai lu j’en ai lu !

Avec des personnages

Et de fameux voyages

En enfer en croisière

J’en avais l’âme en feu !

 

Comment que ça s’écrit

J’en sais rien je m’en fous

Mais si jamais je peux

Moi aussi décrocher

Les étoiles du ciel :

 

Faudra alors que tu existes

En chair en os et en sommeil

Dans notre villa andalouse

Avec jardin mi anglais mi

Arabe : et un beau barbecue

 

Made in USA : raconte-moi

Ton histoire : avec la mienne

Ça fait deux : en faut-il plus

Pour exister et ne pas regarder

À la dépense ?

 

Ça fait combien d’épaisseur

Une vitrine en ville avec l’éclairage

Et les reflets de la curiosité ?

Petits pâtés des pendus du jour

Sur la tartine de pain perdu.

 

Pas de sucre dans le café STP.

Tu ne me connais pas mais j’écris.

Les pieds dans le raisin de ma vigne

Je bois le vin de l’an passé (à quoi ?)

Ce rhum vient de la Martinique.

 

Personne ne tue personne sans enfant

À la clé : un monde enfin stérile sans

Rien d’autre à faire que l’amour et

La lecture / oui oui les petits romans

Du kiosque Hachette avec abonos.

 

Comme la ville est nulle pour les yeux !

Et pour les oreilles c’est la conversation

Et les regards en coin : qui est la plus

Belle ? Extraite d’un roman à deux sous

Par un sociolote et une sociololote.

 

J’aime les petits romans de ma gare.

Les quatrièmes pour commencer.

La transparence des réalités quo

Quotidiennes et si mortelles ! / oui

Oui je sais tout de toi et c’est pour ça

 

Que je donne mes sous au libraire.

 

Les rancuniers font de longues carrières dans l’édition

Et de si courtes dans la littérature : cadavres des acrimonies

Dans les fossés aux vieux égouts.

 

Oui oui j’aime vos romans / leur sociolotie /

Esclaves de l’État mais heureux en ménage.

Qu’est-ce qui se vend mieux que les petits pâtés

/ à Séville ou ailleurs les pendus comme à Murano

/ barbouzes léchées par les noirs corbeaux

(comment voulez-vous qu’ils ne soient pas noirs ?)

Sans Pallas et sans fenêtre : la vitre nue de l’amour.

 

« Ah ! Ces retards qui s’accumulent !

On n’en finira donc jamais ! Ursule !

Changez de nom avant qu’on arrive

À bon port : j’ai blessé mon genou

Contre votre pied de table : appelez

Le capitaine ! Je souffre de douleur ! »

 

Si finalement le meilleur des plaisirs

Était le plus infime et le moins rare /

 

Grands vents ! Ça oui ! Un enbata du tonnerre !

Tournait les pages d’un exemplaire oublié.

Là sur le sable comme un coquillage : la marée

Menaçant son intégrité / « ya pas d’images

Maman ! » Poursuit vers le parapet où l’attend

L’équipage familial : le glacier coupe le jus

Et enfourne ses baquets dans son fourgon.

Fuite sans ordre des petits romans / quoique

La possibilité d’un hôtel peut expliquer

Ce qui se passe : touriste abolira les lois locales.

Reviendra et en lira le petit roman exemplaire :

Nuevaedición de nuestras novelas ejemplares.

Qui va plus vite que la feuille d’automne ?

Plus vite que la goutte qui n’a pas encore

Rencontré sa vitre ou son visage ? / Que d’amour

En théorie ! Va pour l’intuition qui nourrit le feu

Universitaire ! / Attendait sur le quai qu’on lui parle

D’autre chose que d’actualité et de nouveaux produits.

Du forum au tweet même les plus précieux esprits.

« Ça te raccourcit le roman de Pynchon

Et du coup tu comprends ou il veut en venir »

Raccourcissement ou circoncision / « c’est une question

De religion littéraire : pas le temps de te lire : j’ai

Tellement de choses à écrire ! Des pensées plein

Les couilles ! Sans prépuce je m’en sors. Barman ! »

Peurs et aversions /

telles qu’on ne sait plus

à quel saint se vouer /

vous vouez-vous vous ?

au roman mais j’en passe !

un chapitre, une branlette

et au lit jusqu’au matin

que le gréviste peint à la main

comme carte postale.

 

Nous aurons des extases devant les morts

De nos voyages / que d’acuités dans ce roman !

Tombes sans oiseaux pour chier dessus devant

La mer indifférente parce que morte / morte

Depuis longtemps : on n’y croit plus alors

On en revient toujours avec le même roman.

« Chantez de temps en temps mais pas tout le temps ! »

Ainsi vous aimez

Tourner les pages

Et sucer des bêtises.

Loukoum anal ça

S’intitulait je crois.

Peut-être pas loukoum

Mais anal j’en suis sûr (e)

Comme si j’y étais encore.

Ainsi vous lisez

Ce que les autres

Écrivent sur le cul.

Si nous nous aimions

Plutôt ? Ces toits

Sans oiseaux ni pères

Extraits de l’ombre

Pour donner la leçon

De leurs propres pères.

Ces toits sans vent,

Sans âge ni robes

D’été pour voler avec.

Ces pins qu’on dit parasols.

Ces coquillages vus de loin.

Ces canons que la guerre a laissés

Pour compte. Ces pages nues

Qu’on s’attend à noircir

Un jour ou l’autre : la vie

Comme spectacle de l’autre

En proie à sa possibilité

De retour. Toits sans piliers

Ni murs. La sente serpente

Parce que c’est son rôle

De serpenter avec les mots

Qui l’ont inventée il y a

Si longtemps que tout le monde

Est mort depuis. Orgasmons

Une dernière fois

Si tu le veux bien :

Et sans arrière-pensées.

 

Beaux calligrammes des reflets de vitrine.

 

Qui n’aime pas les murs de sa maison ?

 

Bel orage aussi / qui promet un doux repos

Derrière les vitres / envoyant la fumée

Vers le plafond / la langue tout excitée

Malgré sa pauvreté prosodique / appelant

Le vers à la rescousse / et sa rime si possible

Aussi léonine que la turgescence en cours.

 

Qui n’aime pas les murs de sa maison ?

Ce qu’ils appellent de leurs vœux.

Au sein de quelle expansion aussi

Sphérique que possible : circularité

Des obsessions. Vous n’irez pas plus

Loin que ces murs / même vus du jardin

Que la raison clôture par décret.

 

Beaux arbres sans intervalles de taillis.

Oiseaux s’y taisent en attendant la paix.

Surprit deux pinsons dans l’acte d’amour.

Sans amour mais avec passion.

Vit le nid en construction sur l’autre branche.

Veilla à sa pérennité tout le temps du printemps.

Trouva l’oisillon dans la broussaille

Et le donna au chat qui joua avec

Avant de se le faire piquer par la concurrence.

 

On aime les murs qui définissent l’habitation.

On ne pense qu’à ça au travail, en trajet,

En vacances et en cavale quelquefois.

 

Qui n’aime pas ses murs n’en possède pas.

 

Oui oui oui je les aime

Mes petits romans-pâtés

De sable sur la plage.

Avec de l’écume et des nacres

Mes petites histoires de cul

Entre bénitier et hôtel.

Nous n’avons pas d’enfance.

Ce qui est mort mort mort

Ne nous appartient plus.

Petits pâtés de nos pendus

Pour la cause : faut avancer

Si on veut trouver le moyen

De ne plus perdre notre temps.

C’est vivant vivant vivant

Qu’il faut exister pour aimer

Relire et même écrire

Nos petits romans de guerre.

 

« Ne marchez pas sur mon trottoir (dit-il)

/ c’est le quai de mes partances même

Si vous n’y croyez pas comme j’y crois »

 

VOUS AIMEREZ CE QUE JE VOUS VENDS.

JE L’AI AIMÉ AVANT DE DEVENIR PAUVRE.

 

Non non pas d’amertume ni de colère.

Des mots aussi simples que possible.

De petites constructions successives.

Je n’ai pas la dent dure à la morsure.

Ma langue connaît des douceurs

Que vous n’imaginez pas ô lesbienne !

 

Je m’attends à une douleur passagère.

Sur le roof de l’attente le bleu du ciel

Pour chapeauter les derniers mots.

Les reflets d’une peau humide de piscine.

La vôtre si la patience est à ce prix.

 

Une dernière métaphore et puis s’en va.

Votre oreille sur ma bouche sans langue.

La mort vous la coupe avant la fin.

Sachant que le cri peut s’en passer.

Raréfiez l’air et obscurcissez les lieux

Comme le veut la tradition.

Allumez le brasier au milieu du roman :

Oubliez ce que j’ai dit entre le début

Et la fin.

 

 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Servez-vous de la barre d'outils ci-dessous pour la mise en forme.

Ajouter un document

 

Site officiel [>>

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2020 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -