Il y a dans Soulagement ce quelque chose de retourné, de vomi, de déjà mâché et pourtant intact, qui vient lécher les bords du réel pour le faire plier sous l’abjection. Non pas pour le plaisir du dégoût — ce serait trop facile, trop performatif — mais pour en extraire un chant. Un chant de glaise et de tripes, un Kyrie éclaté sous la défécation du monde.
Car Jacques Cauda ne joue pas. Il ose. Il creuse. Il gratte à la truelle du verbe la croûte des bienséances pour en faire suinter un langage corporel, démembré, purulent, mais mystérieusement lumineux. Ce poème est un corps profané qui respire encore. Un cadavre d’ange avec des ailes en haillons de matière fécale, qui refuse de pourrir gentiment.
Les images s’entrechoquent, comme autant de fragments dissonants d’une transe mystique inversée : « famine », « adoration de l’excrément », « bras amers », « porc enfoncé en terre », « cul sur le poing », « ordure sous la dent », « alluvions fécales », « fion étiré »… Rien ne sera épargné au lecteur. Mais sous cette matière, un ballet se dessine. Un balancier même, dit le poème, et ce mot compte. Parce que tout vacille. Le rire et la rosée. Le corps et l’écrit. L’humain et sa perte. Une valse grotesque, qui ne danse que sur un pied, boiteuse, sublime de salissure.
Le souffle poétique, ici, n’est pas celui de la consolation mais celui de l’étranglement. C’est un poème pour qui ne craint pas de perdre figure. L’écriture y est une torsion de la bouche et de l’anus — et ce n’est pas une provocation gratuite : Soulagement vient loger la poésie là où elle survit, là où le langage se débat encore dans ses spasmes posthumes, dans les coins sales du corps et de l’âme.
Et puis cette chute, cette dernière gifle : « entre l’écriture / et l’étron ». Voilà. Tout est là. L’écrit comme un reste, un rejet. Une crotte rafraîchissante. Oui. Jacques Cauda dégrafe le verbe jusqu’à ce qu’il saigne, qu’il rie jaune, qu’il pue. Et dans ce cri, il y a, contre toute attente, un soulagement. Peut-être même une forme de salut.
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Le crachat sacré
Il y a dans Soulagement ce quelque chose de retourné, de vomi, de déjà mâché et pourtant intact, qui vient lécher les bords du réel pour le faire plier sous l’abjection. Non pas pour le plaisir du dégoût — ce serait trop facile, trop performatif — mais pour en extraire un chant. Un chant de glaise et de tripes, un Kyrie éclaté sous la défécation du monde.
Car Jacques Cauda ne joue pas. Il ose. Il creuse. Il gratte à la truelle du verbe la croûte des bienséances pour en faire suinter un langage corporel, démembré, purulent, mais mystérieusement lumineux. Ce poème est un corps profané qui respire encore. Un cadavre d’ange avec des ailes en haillons de matière fécale, qui refuse de pourrir gentiment.
Les images s’entrechoquent, comme autant de fragments dissonants d’une transe mystique inversée : « famine », « adoration de l’excrément », « bras amers », « porc enfoncé en terre », « cul sur le poing », « ordure sous la dent », « alluvions fécales », « fion étiré »… Rien ne sera épargné au lecteur. Mais sous cette matière, un ballet se dessine. Un balancier même, dit le poème, et ce mot compte. Parce que tout vacille. Le rire et la rosée. Le corps et l’écrit. L’humain et sa perte. Une valse grotesque, qui ne danse que sur un pied, boiteuse, sublime de salissure.
Le souffle poétique, ici, n’est pas celui de la consolation mais celui de l’étranglement. C’est un poème pour qui ne craint pas de perdre figure. L’écriture y est une torsion de la bouche et de l’anus — et ce n’est pas une provocation gratuite : Soulagement vient loger la poésie là où elle survit, là où le langage se débat encore dans ses spasmes posthumes, dans les coins sales du corps et de l’âme.
Et puis cette chute, cette dernière gifle : « entre l’écriture / et l’étron ». Voilà. Tout est là. L’écrit comme un reste, un rejet. Une crotte rafraîchissante. Oui. Jacques Cauda dégrafe le verbe jusqu’à ce qu’il saigne, qu’il rie jaune, qu’il pue. Et dans ce cri, il y a, contre toute attente, un soulagement. Peut-être même une forme de salut.