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Inventaire des pertes (feuilleton)
Journal, 1994

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 Article publié le 2 mars 2025.

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Journal, 1994

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  Journal, 1994 par Catherine Andrieu

Ce texte est un fragment de mémoire éclatée, un palimpseste de la pensée qui hésite entre le journal intime et l’expérimentation littéraire. Il y a quelque chose de spectral dans cette accumulation de notes, de tentatives avortées, de noms disséminés comme des échos flous d’un passé insaisissable. On sent un rapport douloureux à l’écriture, une oscillation entre l’envie de fixer l’instant et le rejet de sa propre voix lorsqu’elle devient trop descriptive, trop engagée dans la contingence du quotidien.

Le journal est à la fois refuge et piège : il devient un miroir où l’auteur ne se reconnaît plus, où l’acte même d’écrire se transforme en une mise en doute perpétuelle. On devine une tension entre l’expérience vécue et sa mise en mots, entre l’écriture immédiate, brute, et la nécessité de transformer ces bribes en matière littéraire, en quelque chose de plus grand que le simple relevé de faits et d’émotions. Il y a ici une hantise de l’illisible, une crainte de l’éparpillement, et en même temps un plaisir du cryptage, de la dissolution des identités, comme si écrire devait d’abord consister à effacer.

Les pages évoquées ressemblent à des strates de mémoire où le temps se dilate et se contracte, où l’expérience se heurte à son propre effacement. L’épisode de la fête de la musique en est une belle illustration : un moment d’intensité vécu dans la transe, qui, au matin, ne laisse plus qu’un vide frustrant, une absence de reconnaissance dans le monde extérieur. L’insistance sur l’oubli de la presse souligne cette impression d’inexistence : ce qui a été vécu avec une ardeur presque mystique n’a, objectivement, jamais eu lieu. L’écriture tente alors de conjurer cet effacement, mais se heurte à sa propre impuissance.

Et puis, il y a la douleur nue, celle qui affleure par instants, dans l’évocation d’un amour perdu, dans l’obsession morbide, dans la fatigue d’exister qui rôde autour des phrases. Le journal devient le lieu d’un vertige intérieur, où l’identité vacille, où les pensées se délitent, où le sommeil se refuse. On y voit l’émergence d’une sensibilité tourmentée qui, incapable de se poser sur un mode défini, oscille entre le constat, la révolte et la dissolution dans un jeu d’écritures.

Finalement, ce qui demeure dans ces fragments, c’est un rapport inquiet au temps et à l’existence : comment fixer ce qui fuit ? Comment transformer le journal en œuvre sans perdre la sincérité du désordre ? Comment écrire sans se trahir ? Ces questions restent suspendues, comme les pages éparses qui résistent encore à leur propre disparition.


 

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