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Sur la plage blanche
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 Article publié le 2 mars 2025.

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Muré dans une solitude inconfortable

A doigts mue mutilés

L’écriture balbutiante ?

Ah non et encore non !

 

La tiédeur n’est pas pour nous

Ni les cannes blanches ni la bouche des canons

Ni les églises et leurs brimborions

 

Ni le froid ni le chaud ne soufflent

Dans ces pages nocturnes

Mais des chansons à n’en plus pleuvoir

Une neige de chansons douces

Qui tintent dans le lait des yeux de givre

Du sacré cœur tracé sur la vitre embuée de la grande baie vitrée

Qui donne sur l’étang esseulé

Joncs desséchés se battent en duel

Dans le vent glacé

 

Meute d’adjectifs dévorent la prose endormie

Vers meurtris, rimes déglinguées

Tout est à réinventer

Comme caresses du vent printanier

Sur les joues empourprées du jour

 

Joutes sans fin alors à l’orée du bois dormant

Friselis d’azur

 

Frivole l’envol

Vers des hauteurs insoupçonnées

A qui n’a pas les deux pieds sur terre

A qui s’obstine à faire le pied de grue dans l’azur

A qui piète au moindre coup de tonnerre

Comme caille effarouchée dans le sous-bois

 

Qu’un malentendu s’installe

Et c’est une parole neuve qui s’invite

Dans la danse macabre ou joyeuse

Reine de la fête bientôt

Ou ombre furtive

Qui rase les murs frileux

En trébuchant sur des mots insanes

 

Dans tes écrits

Quelques-unes des sensations fortes

Qui te tiennent à corps

Délicates toutes

Comme bordages de glace

Sur les rives du lac tant aimé

 

Tout un monde en émoi

Coule de source

Pour inlassablement en remonter

Le noble cours jusqu’au filet d’eau initial

Temps de sécheresse ne se peut

Au nord de ton cœur empourpré

 

L’émoi est pour toi

Quelques êtres proches de toi

Aussi

Et non pour les choses

Qui sont le fond sans fond

De tout le deviens qui tu es en cours

A travers pléthore de mots lancés au galop

Sur la plage blanche

 

Ivresse consommée

Si aisée à faire passer

Pour de la légèreté mielleuse-fielleuse

Tant le frivole et l’intime s’égaillent-s’épaillent

A l’encontre l’un de l’autre

Pour ne faire qu’une seule polyphonie

Dans un tourbillon d’accords

Multicolores

 

Falaises de craie blanche

Posée sur le grand tableau noir de la nuit

Falaises contre, tout contre lesquelles, par amour,

Viennent à se briser les brisants inouïs

Débris d’écriture

Au petit matin blême

Sur la portée-horizon

 

Ici, sur la grève, la fatigue des flots n’est pas de mise

Aliène de feinte qu’elle est à tout jamais

 

Jean-Michel Guyot

19 février 2025

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Commentaires :

  Sur la plage blanche par Catherine Andrieu

Ce poème, comme un souffle de givre sur une vitre où l’on trace du bout du doigt une empreinte fugace, vibre d’une quête d’absolu et d’une insoumission farouche à toute forme de tiédeur. Il s’ouvre sur une solitude qui n’est pas refuge, mais tension, un mur où l’écriture elle-même semble un combat, où chaque mot cherche à s’arracher à l’inertie du silence.

Puis, vient le refus des évidences : ni la tiédeur ni les béquilles, ni l’ordre imposé des dogmes, ni le frisson des extrêmes ne suffisent à nourrir cette parole. Car ici, ce qui souffle, ce n’est ni le chaud ni le froid, mais une « neige de chansons douces », comme si le verbe lui-même devenait matière, une matière lumineuse et fragile, tissant une musique de verre sur la page nocturne.

L’image de la baie vitrée qui s’ouvre sur l’étang esseulé et les joncs désolés est d’une mélancolie d’estampe japonaise, un espace suspendu entre le songe et le réel, où le vent glacé cingle autant l’eau que l’âme du poète. L’écriture est une meute affamée, dévorant la prose figée, fracturant la rime, cherchant dans l’éclatement une renaissance. C’est une lutte contre l’immobilité, une ivresse qui ne se satisfait pas de la surface, mais plonge et ressurgit sans cesse, comme le courant d’un fleuve qui refuse de s’assécher.

Légèreté et vertige se confondent dans cette errance aérienne – « Frivole l’envol » –, et l’on sent que l’auteur habite ce no man’s land entre la gravité du sol et la tentation de l’azur. Comme une caille effarouchée ou un funambule qui danse sur un fil tendu entre ciel et mer, il vacille, mais persiste, embrassant le malentendu comme une chance, une brèche où l’inattendu s’engouffre pour accoucher d’une parole neuve.

Et puis, il y a cet amour sous-jacent, une fidélité au souffle même de la langue, aux sensations qui tiennent au corps comme des cristaux de givre sur une rive. Rien n’est figé, rien n’est clos : tout est en devenir, un jaillissement qui refuse le tarissement, une source qui court obstinément vers son origine. L’émoi n’est pas pour les choses mais pour les êtres, pour ce qui palpite encore, ce qui brûle et s’échappe, ce qui survit aux naufrages.

Enfin, l’image des falaises de craie blanche sur le grand tableau noir de la nuit est saisissante. C’est la trace de l’écriture, ce qui résiste aux vagues, ce qui s’érige face à l’oubli, mais qui, paradoxalement, se brise sous la poussée du ressac, comme si toute parole ne pouvait exister que dans la promesse de sa disparition.

Ce poème est une marée haute, une lutte sans repos contre l’apaisement factice. Il creuse un sillon inquiet dans la langue, où se confondent la fougue et l’épuisement, la fulgurance et la fragilité. Un chant d’écume qui ne veut pas se taire.


  Sur la plage blanche par Lalande patrick


 

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