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![]() oOo Muré dans une solitude inconfortable A doigts mue mutilés L’écriture balbutiante ? Ah non et encore non !
La tiédeur n’est pas pour nous Ni les cannes blanches ni la bouche des canons Ni les églises et leurs brimborions
Ni le froid ni le chaud ne soufflent Dans ces pages nocturnes Mais des chansons à n’en plus pleuvoir Une neige de chansons douces Qui tintent dans le lait des yeux de givre Du sacré cœur tracé sur la vitre embuée de la grande baie vitrée Qui donne sur l’étang esseulé Joncs desséchés se battent en duel Dans le vent glacé
Meute d’adjectifs dévorent la prose endormie Vers meurtris, rimes déglinguées Tout est à réinventer Comme caresses du vent printanier Sur les joues empourprées du jour
Joutes sans fin alors à l’orée du bois dormant Friselis d’azur
Frivole l’envol Vers des hauteurs insoupçonnées A qui n’a pas les deux pieds sur terre A qui s’obstine à faire le pied de grue dans l’azur A qui piète au moindre coup de tonnerre Comme caille effarouchée dans le sous-bois
Qu’un malentendu s’installe Et c’est une parole neuve qui s’invite Dans la danse macabre ou joyeuse Reine de la fête bientôt Ou ombre furtive Qui rase les murs frileux En trébuchant sur des mots insanes
Dans tes écrits Quelques-unes des sensations fortes Qui te tiennent à corps Délicates toutes Comme bordages de glace Sur les rives du lac tant aimé
Tout un monde en émoi Coule de source Pour inlassablement en remonter Le noble cours jusqu’au filet d’eau initial Temps de sécheresse ne se peut Au nord de ton cœur empourpré
L’émoi est pour toi Quelques êtres proches de toi Aussi Et non pour les choses Qui sont le fond sans fond De tout le deviens qui tu es en cours A travers pléthore de mots lancés au galop Sur la plage blanche
Ivresse consommée Si aisée à faire passer Pour de la légèreté mielleuse-fielleuse Tant le frivole et l’intime s’égaillent-s’épaillent A l’encontre l’un de l’autre Pour ne faire qu’une seule polyphonie Dans un tourbillon d’accords Multicolores
Falaises de craie blanche Posée sur le grand tableau noir de la nuit Falaises contre, tout contre lesquelles, par amour, Viennent à se briser les brisants inouïs Débris d’écriture Au petit matin blême Sur la portée-horizon
Ici, sur la grève, la fatigue des flots n’est pas de mise Aliène de feinte qu’elle est à tout jamais
Jean-Michel Guyot 19 février 2025 |
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Ce poème, comme un souffle de givre sur une vitre où l’on trace du bout du doigt une empreinte fugace, vibre d’une quête d’absolu et d’une insoumission farouche à toute forme de tiédeur. Il s’ouvre sur une solitude qui n’est pas refuge, mais tension, un mur où l’écriture elle-même semble un combat, où chaque mot cherche à s’arracher à l’inertie du silence.
Puis, vient le refus des évidences : ni la tiédeur ni les béquilles, ni l’ordre imposé des dogmes, ni le frisson des extrêmes ne suffisent à nourrir cette parole. Car ici, ce qui souffle, ce n’est ni le chaud ni le froid, mais une « neige de chansons douces », comme si le verbe lui-même devenait matière, une matière lumineuse et fragile, tissant une musique de verre sur la page nocturne.
L’image de la baie vitrée qui s’ouvre sur l’étang esseulé et les joncs désolés est d’une mélancolie d’estampe japonaise, un espace suspendu entre le songe et le réel, où le vent glacé cingle autant l’eau que l’âme du poète. L’écriture est une meute affamée, dévorant la prose figée, fracturant la rime, cherchant dans l’éclatement une renaissance. C’est une lutte contre l’immobilité, une ivresse qui ne se satisfait pas de la surface, mais plonge et ressurgit sans cesse, comme le courant d’un fleuve qui refuse de s’assécher.
Légèreté et vertige se confondent dans cette errance aérienne – « Frivole l’envol » –, et l’on sent que l’auteur habite ce no man’s land entre la gravité du sol et la tentation de l’azur. Comme une caille effarouchée ou un funambule qui danse sur un fil tendu entre ciel et mer, il vacille, mais persiste, embrassant le malentendu comme une chance, une brèche où l’inattendu s’engouffre pour accoucher d’une parole neuve.
Et puis, il y a cet amour sous-jacent, une fidélité au souffle même de la langue, aux sensations qui tiennent au corps comme des cristaux de givre sur une rive. Rien n’est figé, rien n’est clos : tout est en devenir, un jaillissement qui refuse le tarissement, une source qui court obstinément vers son origine. L’émoi n’est pas pour les choses mais pour les êtres, pour ce qui palpite encore, ce qui brûle et s’échappe, ce qui survit aux naufrages.
Enfin, l’image des falaises de craie blanche sur le grand tableau noir de la nuit est saisissante. C’est la trace de l’écriture, ce qui résiste aux vagues, ce qui s’érige face à l’oubli, mais qui, paradoxalement, se brise sous la poussée du ressac, comme si toute parole ne pouvait exister que dans la promesse de sa disparition.
Ce poème est une marée haute, une lutte sans repos contre l’apaisement factice. Il creuse un sillon inquiet dans la langue, où se confondent la fougue et l’épuisement, la fulgurance et la fragilité. Un chant d’écume qui ne veut pas se taire.
Dans ces pages nocturnes... https://youtu.be/GXV3FBXwrE8?si=Oa1XNF8I4wmwOMC2