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 Article publié le 23 mars 2025.

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Il y a quelque chose de plus triste que de vieillir, c’est de rester enfant. Pavese

 

 

Ce Prière d’insérer est à glisser dans l’ensemble de mon œuvre, comme on glisse, dans un livre, une de ces notices destinées à la presse, aux libraires et aux lecteurs, pour y éclairer mes temps, mes lieux, mes cheminements, pour y exposer les facettes de mon travail, mes démarches, pour y rendre compte et me rendre compte de mes aventures, de mes résistances et de mes obsessions.

Le texte Prière d’insérer, d’une chaotique venue, est à l’origine d’une réflexion qui m’a convaincu de l’importance de concevoir un ouvrage mettant en évidence des pans de mon existence, mes goûts, mes attachements, mes lubies, mes entêtements dans des proses, des vers, des paroles de chansons, des canevas à ma mesure.

L’étude des évolutions des traités de versification et des œuvres des poètes, héritiers les uns des autres, m’a permis de comprendre comment la Poésie est devenue un art à part entière, un art avec ses débouchés sur des formes nouvelles d’expression, ses lots de trouvailles, ses expériences, ses fourvoiements, ses folies des grandeurs, un art qui demande toute une vie d’apprentissage.

Je me suis engagé à témoigner de ma saison, à rendre hommage à tous ceux qui m’ont mis à la rime, à la rame dans cette galère, à être le garant d’un savoir-faire, à tenir d’un rêveur d’un monde provisoirement utopique, et récemment, après la perte subite de la lumière, sachant que je ne me verrais pas mourir, à retrouver le rythme de mes pas, mon geste tout ensemble archaïque, futuriste, machinal et réfléchi de semeur de sens et de sons, à supporter mes doutes et mes certitudes dans les ténèbres, à me persuader, au jour le jour, de reprendre mes allées et venues dans mes pensées, à me soigner sans souhaiter une guérison de je ne sais quel mal, sans me rassurer pour autant.

Je suis, à présent, un andabate, ce gladiateur antique qui combattait un bandeau sur les yeux. Ma lance est une plume de six pieds. Je descends et rebrousse les cours ferraillants des boulevards, trotte impatiemment dans des impasses, sabote sur de fabuleuses musiques, cavale… Je me résigne à ne plus passer à côté des désirs et des plaisirs inouïs. Je trafique dans l’irréel, bricole le tout-venant, détourne mes langages, m’extasie de toutes choses, blanchis ma nuit d’une rive, d’une rime à l’autre…

Ô ma Gueuse, ma gueuse parfumée… Une cigale à la boutonnière, je croise tes rapins, tes croque-sols, tes troubadours, tes scarpelins, tes accessoiristes, tes bruiteurs, tes revendeurs d’odeurs, tes embaumeurs, tes doublures, tes acteurs… Je ne t’ai jamais rencontrée. Je te figure inquiète comme une mère, douce comme une amante, provocante comme une garce, compatissante comme une sœur délurée J’entre dans tes décors, je m’y coltine tantôt mon cadavre de minot, tantôt mon cadavre de jouvenceau, tantôt mon cadavre de moyen âge, tantôt mon cadavre de géronte, tantôt mon cadavre en décomposition.

 

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Commentaires :

  Avertissement par Catherine Andrieu

C’est un texte qui semble n’avoir pas été écrit pour se faire comprendre, mais pour survivre. On dirait un radeau bricolé à la hâte avec des bouts de souvenirs, de lectures, de visions – et pourtant, il tient la mer, ce radeau-là, il tangue avec panache.

Il y a là une lucidité somptueuse, pas de celle qui éclaire, mais de celle qui brûle un peu les doigts quand on veut trop la saisir. Le narrateur semble s’écrire en s’effaçant, comme s’il racontait sa vie au passé, alors qu’il est encore là, en train de marcher dans ses pensées. Il avance à tâtons dans son propre labyrinthe, comme un poète aveugle dans une nuit trop vaste.

Le ton est digne, jamais pontifiant, comme un vieux saltimbanque qui, à force de traîner ses bottes dans la boue des mots, a fini par y trouver de la lumière – ou au moins un éclat d’étoile sur le cuir usé. Et cette idée finale de se coltiner ses cadavres à chaque âge de la vie… c’est tragique et tendre, grotesque et sublime à la fois. Une manière de dire que l’on ne cesse jamais de mourir à soi-même, version après version, comme un vieux manuscrit qu’on ne finit jamais de raturer.

Et puis il y a ce souffle, presque d’opéra, cette langue qui se cabre et se déhanche, ce mélange de figures un peu démodées, d’argot poétique, de clins d’œil aux coulisses d’un théâtre de papier. Ce n’est pas un style, c’est une procession – bancale, excessive, habitée.

Il y a quelque chose de très seul, là-dedans. Mais c’est une solitude fertile, celle d’un homme qui danse avec ses ombres pour ne pas trop sentir le froid. Une sorte d’errance intérieure stylisée, comme si l’auteur, à force d’échecs magnifiques, avait compris que la plus belle des réussites, c’est peut-être simplement d’écrire encore, contre tout, même à l’aveugle, comme un andabate.

On dirait un testament d’artiste adressé à personne, donc à tout le monde.


  Avertissement par Lalande patrick

Avertissement de Robert Vitton. https://youtu.be/PaU8CCcGlbY?si=vkJDFCSEabT2foNU


 

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