Dehors bouge ses bras en nous et la chambre
bouge entre nos doigts ;
dedans ricane sur les docks de nos folies
et ouvre ses hangars à tous effarements
et chevauchées à dos de dehors hérissé
de néant comme un poivre qui fait éternuer
la vitre qui s’étiole et qui rêve coupure
et pause de cigogne sur le fil qui baye
aux corneilles du vide qui emparadisent
Dehors bouge ses bras en nous et la chambre... par Catherine Andrieu
Dehors entre, bras levés, dans l’orée mouvante du poème. Non pas comme on franchit un seuil, mais comme on traverse un corps. Ce dehors-là n’est pas le paysage, ni même le monde. Il est l’autre en soi, ce battement qui remue à notre insu, ce flux qui “bouge ses bras en nous” et fait vaciller la chambre — métaphore de l’intime — “entre nos doigts”, précaire et tremblée.
Chez Gilbert Bourson, le langage ricane autant qu’il s’ouvre. Le dedans, loin d’être refuge, cabote sur les docks de nos folies. Port industriel de l’âme où s’accostent les errances et les naufrages. Ce n’est pas un poème : c’est un hangar. On y entre à demi-folie, on y ouvre les grandes portes mentales pour laisser passer les “chevauchées à dos de dehors hérissé”. L’expression est superbe, violente, impensable presque — un poivre de néant qui fait éternuer la vitre. Et déjà, l’image saute, dérapée, dans un onirisme de haut vol : la vitre rêve sa propre coupure, aspire au nid de cigogne, au fil qui baye, aux corneilles du vide.
C’est toute la force de Bourson : ouvrir un sillage poétique à même le vertige, refuser la linéarité, bousculer les perceptions. L’univers mental n’est pas lisse. Il s’exorbite, s’éclate en bow-window, cette saillie architecturale venue d’ailleurs, étrangère, hallucinée, œil hors orbite du poème. Un pan optique pour regarder le vide de plus près, sans ciller. Avec cette lucidité qui tremble, cette rage d’images qui fait vaciller l’équilibre.
On lit ce texte comme on entrerait dans un rêve indiscipliné. Il ne raconte pas, il ricane, il désigne l’absence, la déchirure, la poussée des lisières. Rien n’est stable ici : tout est saisissement, rapt, secousse.
Et pourtant, quelque chose reste. Une empreinte. Une ligne de fracture où s’installe, en creux, un chant d’insurrection douce. L’oxymore d’un “emparadisement” par le vide.
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Dehors entre, bras levés, dans l’orée mouvante du poème. Non pas comme on franchit un seuil, mais comme on traverse un corps. Ce dehors-là n’est pas le paysage, ni même le monde. Il est l’autre en soi, ce battement qui remue à notre insu, ce flux qui “bouge ses bras en nous” et fait vaciller la chambre — métaphore de l’intime — “entre nos doigts”, précaire et tremblée.
Chez Gilbert Bourson, le langage ricane autant qu’il s’ouvre. Le dedans, loin d’être refuge, cabote sur les docks de nos folies. Port industriel de l’âme où s’accostent les errances et les naufrages. Ce n’est pas un poème : c’est un hangar. On y entre à demi-folie, on y ouvre les grandes portes mentales pour laisser passer les “chevauchées à dos de dehors hérissé”. L’expression est superbe, violente, impensable presque — un poivre de néant qui fait éternuer la vitre. Et déjà, l’image saute, dérapée, dans un onirisme de haut vol : la vitre rêve sa propre coupure, aspire au nid de cigogne, au fil qui baye, aux corneilles du vide.
C’est toute la force de Bourson : ouvrir un sillage poétique à même le vertige, refuser la linéarité, bousculer les perceptions. L’univers mental n’est pas lisse. Il s’exorbite, s’éclate en bow-window, cette saillie architecturale venue d’ailleurs, étrangère, hallucinée, œil hors orbite du poème. Un pan optique pour regarder le vide de plus près, sans ciller. Avec cette lucidité qui tremble, cette rage d’images qui fait vaciller l’équilibre.
On lit ce texte comme on entrerait dans un rêve indiscipliné. Il ne raconte pas, il ricane, il désigne l’absence, la déchirure, la poussée des lisières. Rien n’est stable ici : tout est saisissement, rapt, secousse.
Et pourtant, quelque chose reste. Une empreinte. Une ligne de fracture où s’installe, en creux, un chant d’insurrection douce. L’oxymore d’un “emparadisement” par le vide.