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Voir aussi la [Galerie de peintures] de Jacques Cauda ![]() oOo
Ça commence en musique. Elle écoute Just a perfect day assise sur son cu (sans l ; serais-je vieux chien sans œil mais Qui pine l’air malmené À son parvis posté comme un gland En gésine où la candeur s’enconne ?)
Je dis : « J’ai veillé sur vous cette nuit. À chaque réveil : je dors par brisures, morceaux, petits bouts, ça vient de la médecine qui a bricolé sur moi, ôté la vésicule, ajouté une prothèse à la hanche, une valve ferrée au cœur et d’autres choses qui métamorphosent mes nuits en combat ; celle d’hier fut douce à vous imaginer cuisses ouvertes. Clitoris ? Godemiché ? Doigt propice à l’anus ? Soudain rond dans l’être Hanté par la perspective vitrée De votre sein qui vendange le cu Pour tremper et s’ouvrir au sillage De l’étant qui viole en riant.
J’ai vu aussi ma langue vous ouvrir, vos jambes passer autour de mon cou, vos yeux chavirer ! »
Je persiste. L’acte se fait feuille de rose Mortes chairs vous habillant le trou Vous vous levez à cru et c’est la source … Silence. La chambre ouverte au ciel bleu-turquin. Je vais vous alcôver derrière les rosiers, des fleurs du bon qui vous éclairent, qui s’osent jusqu’au chemin, à moi la verge droite au premier soupir vous voici dans ma crasse Esprit passant foutre Vous êtes ma môme lèvres d’orage.
J’insiste : « Je m’évade. Je bade autour de vos curiosités impudiques. Les pigeons tremblent dans la prairie et moi je te dis tu, je pourrais être ton père grand. Allez môme fais-moi ba(n)der ! Ô soleil ! » Ô tendresses profondes, je vais te remplir, bonne à tout ! Des doigts de douceur propres au vieil idiot que je suis. J’ai été jeune et con moi itou.
Yeux clairs et crin noir. Je m’accoude à votre mail. La question est le désir de la pensée. Ça te dit ? On continue ? On joue ? À la brêche ? À la fossette ? Au cœur fendu ? Au désir ouf ? Au miam ? Ou bien préfères-tu rondiner ? Saccader ? Piquer ? Vervignoler ? Carilloner ? Mes questions sont navrantes ? Moi non plus ! Tant que ma tige éclate, ma jolie !
… nue sur le ventre les jambes entrouvertes sur un velours visage d’innocence fesses pleines et bien fendues… c’est Vous rose et pourtant blanche… c’est toi… ma sœur lumineuse…
Viens, je n’ai plus que deux affaires : l’une de savoir être vieux, l’autre de savoir mourir …
J’ai des lettres grosses comme la main dans la bouche ; elles me demandent que je les libère. L’atmosphère est toute blanche. Dans mon lit, il y a parfois des poissons qui glissent… J’entends des râles, des voix de mourants, puis je me vois, habillé de bleu neige… |
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Entre actes, ou l’agonie en veilleuse
Cela commence par une chanson, et c’est peut-être déjà la fin. Une voix flotte dans l’air — Just a perfect day — et soudain, tout vacille. Le corps s’assoit, la pensée s’enfonce. L’espace se replie autour d’une femme qui écoute. Elle écoute et elle est là, au seuil d’un regard, dans l’ombre portée d’un désir ancien qui cherche encore à se dire.
Jacques Cauda écrit à la lisière. Lisière du corps raccommodé par la médecine, de l’âge qui s’avance avec ses béquilles de nuit blanche, de la mémoire qui mêle l’amour au vertige du départ. Ce n’est pas un récit : c’est une longue incantation haletante, défaite de ses attaches, qui laisse passer les images comme autant de reflets sur une vitre embuée.
La voix du narrateur y est celle d’un homme abîmé mais encore vibrant, dont les mots cherchent moins à séduire qu’à conjurer. Le désir n’est pas ici une simple affaire de corps : il devient question de survivance, d’élan, de trace. Ce qu’il reste à dire, il faut le dire maintenant, avec cette langue pleine de silences et de torsions, une langue qui n’a plus peur de nommer ce qui traverse, ronge, consume.
Et pourtant, sous les plis de cette parole fragmentée, il y a une immense tendresse. Une tendresse rugueuse, souvent désespérée, mais profondément humaine. Une chambre s’ouvre sur le ciel, un sein devient vendange, une hanche devient vallée : tout est image, tout est passage. Ce n’est pas l’érotisme qui prime, mais le sacré du contact — cette manière qu’a le langage d’embrasser ce qu’il ne pourra jamais tout à fait retenir.
Ce texte est une offrande. Il ne cherche pas à plaire, mais à révéler ce que l’amour devient lorsqu’il rencontre la finitude. Il y a là, mêlés, la maladresse, l’aveu, le feu d’un souvenir, la prière d’un vivant déjà presque ailleurs. Il y a aussi cette phrase bouleversante : « Je n’ai plus que deux affaires : l’une de savoir être vieux, l’autre de savoir mourir. » Alors tout est dit. Entre les actes, il n’y a plus que cela : apprendre la lenteur, la disparition, et continuer d’aimer quand même.
Entre actes est un texte de seuil. Un texte où le poème et la chair s’épousent dans une lumière trouble. Mais cette lumière-là, si vacillante soit-elle, continue d’éclairer nos ténèbres.