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Bestiaire
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 Article publié le 27 avril 2025.

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Pieds joints poings poils. Chargé jusqu’au sommet du crâne, Ours se prend au jeu du front gorge oreilles. Il a les pattes doucement tardives. C’est pour cela que l’on ne l’entend pas bien quand il court si vite dans un bruit de chemise pliée. Quel fouillis incroyable ! Car le voilà déjà passé tel un courant d’air frais sous la peau.

 

 

Vols à l’angle du ciel, ah ces vieux oiseaux ! Plus loin, de l’oubli à l’oubli, tenus dans un rôle qui est encore de leur âge, ils sautillent à balayer les mouches ! Et s’en vont vers la douleur siffler un air de maladie. Bouchons de plumettes sur le départ. Autrement dit mort coupée court comme un four à penser.

 

Le cheval porte des sandales. Au plus fort du pré défait, il s’évide au galop, la bouche couvée par le vent, le nez dans un sellier de roseaux. Il marque à la culotte tous ceux qui s’étonnent de sa complicité avec le ciel. Il vole à la surprise de la main qui lui fait signe. En vain.

 

 

Le papillon déflore la lumière. Il cogne l’ampoule comme un boxeur ivre de coups. Lui importe-t-il d’appréhender la nuit par l’imagination ? Ou préfère-t-il la détailler en traçant tout aile dehors des volutes, des nœuds, des quadrillages, des hachures ? Des pointillés qu’il sème afin de faire grandir le noir ?

 

Jacques Cauda

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  Bestiaire par Catherine Andrieu

Ici, le corps n’est plus un lieu fixe : il est éclatement, passage, effraction douce. Jacques Cauda ouvre le bestiaire des seuils, là où l’animal n’est pas seulement figure, mais vecteur de traversée. L’Ours, chargé à pleine tête, joue du front et de la gorge comme on jouerait d’une mémoire insoumise. Il court — à peine audible — dans un bruit de chemise pliée, c’est-à-dire dans un effondrement de gestes anciens, reconfigurés à même la peau du monde.

Au-dessus, les vieux oiseaux dansent la ruine du temps. Ils sautillent, froissent l’air, balayant ce qui reste à peine de vivant. Leur envol est une dernière tentative d’évasion avant l’effondrement, et la douleur qu’ils sifflent n’est plus un cri mais un sillage, une trame effilée d’oubli, une mort à vif qui ne prend plus la peine de s’expliquer.

Le cheval, lui, s’ouvre. Il s’évide, il se donne au galop, dans l’amenuisement du pré défait. Son alliance au vent est une reddition magnifique : il n’appartient plus à la main qui le rappelle, mais à l’instant qui l’efface, au ciel qui l’aimante et l’aspire.

Enfin le papillon, dernier artisan du néant, combat la lumière comme on sculpte l’invisible. Chaque battement d’aile, chaque heurt contre l’ampoule, invente une écriture du noir. Quadrillages, nœuds, volutes : le papillon trace la carte du vide, propage la nuit non comme fin mais comme expansion. Il n’appréhende pas : il façonne.

Dans ce Bestiaire, Jacques Cauda ne collectionne pas des formes ; il convoque des écarts, des dérobades, des éclipses. Chaque animal est une tangente, un devenir, une fêlure active. Il ne s’agit pas de dire ce qu’est l’être, mais ce qu’il advient quand il s’arrache à lui-même.


 

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