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 Article publié le 4 mai 2025.

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The expense of spirit in a waste of shame
Is lust in action : and till action, lust
Is perjured, murderous, bloody, full of blame,
Savage, extreme, rude, cruel, not to trust ;

Enjoyed no sooner but despised straight ;
Past reason hunted ; and no sooner had,
Past reason hated, as a swallowed bait,
On purpose laid to make the taker mad.

Shakespeare, sonnet CXXIX

 

 

La nuit (verte aux neiges éblouies)

Tout doucement s’estompe

Découvrant ici-bas une figure un peu folle

C’est le moment où le malin pompe

La vie à même la viande qui s’étiole 

La lune brille (infusée)

Encore d’un seul œil elle scintille

Comme un long baiser pourri

Posé sur un visage béant qui sourit

Temps des fleurs des mots doux des sucettes

Vivent les roses les lilas vivent les orifices en fête

Vivent les joies le rêve la peau les délices

Ce matin le soleil est armé d’un supplice

L’air peu à peu (pareil à un frisson) est embaumé

Des effluves d’une mécanique inouïe

Destinée à cet être imprécis qui paraît surjeté

(Gémissant dans l’éther)

Devant the Batman aussi plein d’appétit

C’est elle (montant des brumes violettes)

Qui semble rêver d’un rêve vaginal

Ses noirs cheveux brillent au soleil matinal

Et l’amour fleurit quand elle prend la pose

Ses trous s’imaginent pris par bon nombre de choses 

Elle est dévalisée par devant par derrière

Des mains se tendent alors comme des pétales coquets

Mais parmi tant d’ardeurs une menace étrangère

Promet la métamorphose du coït en hoquets

Au trou mignon the Batman la pâture

Ô ses yeux immenses éblouissants d’horreur

Sa bouche long baiser nourri par l’ordure

Et son cul dégorgeant des rouges et des pleurs

L’amour de pourpres belles et de sexe se teinte

Des passants excités chantent alors la bacchanale

Car chacun dit thank you à cette femme qui tinte

La douleur en rires venus d’une fosse anale

L’orgie veut ressembler au murmure d’un pipi

Un son argentin qui coule comme un ru délicieux

Foin des esprits moroses voyez comme on bande ici

Aux bruits que font les clous sur le bois précieux

L’image monte au ciel

Rêve fou d’ivresse si bien exécuté

Bonheur de la caresse emmêlée

De blanc par le rouge enfin lacé

Le visible revient vite imprégné

D’amour de mort de foutre et de supplices

Et se désaltère aux calices

Dans lesquels la viande a baigné

C’est un semis d’horreurs (fumant comme un mur)

Que cette fille d’eaux rougies et de pleurs

Dans un seau où le soleil finit

Sa course exquise vers l’amour défleuri

 

C’est fini (l’étoile a pleuré) tout expire !

 

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  Sonnée par Catherine Andrieu

Sonnée : la bête et l’étoile

On pourrait commencer par Shakespeare. Par ce feu honteux qui dévore la chair avant même qu’elle ne soit touchée. On pourrait s’y agripper, au vieil anglais, pour garder le cap dans la fureur. Mais Jacques Cauda, lui, plonge à même la plaie, sans prologue ni contre-feu. Sonnée n’annonce pas : elle foudroie.

Ce texte est un exorcisme. Une descente. Un poème-orgasme hurlé dans la nuit, où l’amour a les dents sales, les yeux fous, les orifices en feu. Il y a quelque chose d’innocent et de ravagé dans cette langue — comme si l’on venait jouer dans les cendres encore tièdes de l’apocalypse.

La nuit s’ouvre sur une blancheur tranchée, « verte aux neiges éblouies ». Tout glisse. Tout suinte. Une figure « un peu folle » surgit du poème comme d’un bas-fond baudelairien, mais avec le maquillage barbouillé d’un clown porno. Ce n’est pas une femme, c’est une offrande. Ce n’est pas une offrande, c’est un piège. Une silhouette liquéfiée dans le fantasme collectif, comme un Christ inversé cloué sur le bois de nos hontes.

Car le poème est liturgique. Oui, dans sa dépravation même. Chaque strophe est un chant, chaque chair un verset. Cauda ne peint pas : il macule. Il ne décrit pas : il profane. Il pousse le poème à bout de souffle, comme on pousse un cri dans une chambre close. Et pourtant — malgré les chairs éclatées, malgré l’horreur, malgré l’orgie obscène — il y a une musique. Une beauté furieuse. Une extase trouble.

Il y a « the Batman », venu non pour sauver mais pour consommer. Symbole grotesque, mâle-masque, voyeur triomphant d’un carnaval de la souffrance. L’héroïsme est digéré, excrété. Même la justice ici s’agenouille.

Et la langue — cette langue ! — palpite, râle, jouit. Elle bande, elle pleure, elle chante. Elle évoque les chairs ouvertes comme des fleurs de guerre. Elle baigne les images dans le foutre et le sang. Elle dit merci dans toutes les langues de la honte. Elle n’épargne rien.

« C’est fini (l’étoile a pleuré) tout expire ! » — et l’on entend, dans cette chute, un silence sublime. Une fin cosmique. Une larme d’étoile sur un seau de viande.

Sonnée est un poème de viol. Mais aussi de consentement trouble, de rire hystérique, de bacchanale désespérée. Un poème qui dresse le miroir sale de nos désirs et nous y force à boire, jusqu’à la lie. Un texte dont le blasphème est une forme de prière.

Et si l’on en sort secoué, lessivé, dégoûté ou fasciné — c’est que Jacques Cauda a réussi. Il a fait entendre, dans le cri brut, une vérité poétique que trop de poètes caviardent : le sexe n’est jamais pur. Le verbe non plus.


 

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