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![]() oOo Ah ces fameux poètes Mais que dis-je ? Allez, je reprends Ah ces poètes fameux Qu’on ramasse à la petite cuillère Le moment venu
On les apprécie ainsi, Vannés puis hachés menus Passés à la moulinette des ans Amplement conchiés de leur vivant
Sur la grand-place de la cathédrale de Fribourg Artisans et commerçants comme depuis toujours Jacassent et gesticulent au milieu de la foule des chalands et des badauds
De poète dans la foule point Hormis moi qui passe inaperçu Mais moi, on ne me ramassera pas à la petite cuillère Ni à la louche ni à rien de tout Sur mes lèvres, on peut lire : Je vous emmerde tous ! * A la foudre, depuis longtemps Je préfère le foudre de paix Semaine après semaine Ouillé comme il convient
Tout à mon ivresse J’y prends des bains de vin vieux
Foudre de guerre parfois Le féminin s’enlise dans de mauvaises manières Mais la féminité de quelques déités charnelles Ecarte toute ambiguïté C’est le sexe, parfois, qui est ambigu, Pas la sexualité Ainsi de foudre en foudre Fais l’éloge de tout ce qui est et se fait En matière de charmes ! * Les yeux vineux de la bête blonde ne trompent personne Je lui assène un bon coup de machette sur la tête Et la voilà qui se métamorphose en sucre d’orge
Himmler avait parfois de ces airs doucereux Propres aux pâtisseries viennoises Ce gros con déclara un jour, avec l’accord de son gros menteur de mentor, Que la Bourgogne baignait dans la vinasse C’est que ce buveur de bière comptait bien annexer La Comté au profit de Tyroliens du Sud Devant eux-mêmes être expulsés du Sud-Tyrol Par l’Italie fasciste
Dôle devait s’appeler Brixen Besançon Bozen Et Pontarlier Mals Ça ne s’est pas fait finalement Car Hitler avait conditionné la chose A sa victoire sur l’Angleterre Ah merci, messieurs les Anglais On vous doit une fière chandelle par ici !
Ah les revers de l’histoire ! Ce sont finalement de bons Allemands Qui furent expulsés de Silésie et de Prusse orientale Par de braves Polonais et de gentils Russes Pas mécontents de leurs méfaits
Constantinople devint pour notre malheur Istanbul Königsberg Kaliningrad J’en passe et des meilleurs Sans que personne ne trouvât jamais à y redire Les Comtois ont eu chaud !
Et ce gros con de Roosevelt Qui voulait regrouper Alsace, Lorraine, Luxembourg et Wallonie Sous un même drapeau Vous trouvez que c’est mieux ? A quand un Canada et un Groenland Etatsunien ? Taiwan communiste chinoise Et l’Ukraine pacifiée-russifiée ?
Jean-Michel Guyot 19 mai 2025
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Il y a des poèmes qui surgissent non pas pour bercer ou consoler, mais pour secouer, déranger, réveiller. Bouleversements de Jean-Michel Guyot appartient à cette veine-là : une parole qui refuse la tiédeur, qui mêle gouaille et lucidité, qui navigue entre l’intime et le politique sans jamais perdre son cap.
Dès les premiers vers, Guyot s’attaque à la figure du poète — non pas l’icône célébrée, mais le vivant broyé, moqué, ignoré. Sur la place de Fribourg, parmi les artisans et les badauds, le poète passe inaperçu, et c’est peut-être tant mieux : il refuse d’être ramassé à la petite cuillère, refuse l’éloge posthume. Il est vivant, irrévérencieux, capable de dire sans détour : « Je vous emmerde tous ! » Cette provocation n’est pas gratuite : elle signale un positionnement, un regard critique, une liberté intérieure inaliénable.
Mais ce qui frappe dans ce texte, c’est l’ampleur du spectre abordé. Du foudre de paix (le vin, l’ivresse, le plaisir sensuel) au foudre de guerre (l’Histoire, les conflits, les annexions manquées), Guyot fait tenir dans un même souffle le trivial et le tragique, l’érotisme et la géopolitique. On passe d’une machette assénée à une bête blonde à l’évocation d’Himmler, des ambitions hitlériennes, des revers historiques qui ont modelé l’Europe. Tout cela sans lourdeur, avec une ironie mordante et une intelligence vive, comme si le poème refusait de céder à la plainte ou au désespoir.
À travers ces glissements de ton, c’est toute une vision du monde qui se dessine : un monde d’injustices, de renversements absurdes, de jeux de pouvoir où les peuples sont déplacés comme des pions. Mais au milieu de cette vaste comédie, le poète reste debout. Il lève son verre, non pour oublier, mais pour se rappeler, pour interroger, pour refuser la résignation.
Bouleversements est ainsi un texte de veilleur : une poésie lucide, tendue, qui refuse les silences convenus et qui ose nommer les choses. Guyot y déploie une écriture dense, nerveuse, où la mémoire du vin, du sexe, de l’histoire et de la parole s’entrelacent, rappelant que la poésie n’est pas un luxe, mais une nécessité — une manière d’habiter le monde debout, contre vents et marées.