|
||||||

| Navigation | ||
![]() oOo C’est l’histoire d’un réalisateur en perdition lâché par son producteur et ses affres ses coups de gueule ses coups de tête sa façon de diriger un tournage C’est aussi la merveille d’une feuille trouée dont le trou devient objectif qui clarifie les situations et les spectacles qui fait voir le monde comme un objectif improvisé dans une forêt des Cévennes C’est aussi la possibilité de refaire le montage à l’envers et d’en voir sortir des réalismes et des significations objectives/subjectives C’est l’incapacité du réalisateur bipolaire alternant crise de création et crise de dépression à voir son propre film (ce serait se voir soi-même) à relire sa création à survivre au spectacle de soi à se considérer cinéaste Comme une création douloureuse une façon de recommencer de raturer de tout refaire d’improviser d’intuiter de faire confiance Avec tous ceux qui gravitent autour dans la création élective et la monteuse et le perchiste qui tousse et la tante patiente et vieille La partition d’une musique se lit sur le corps du cinéaste exalté Dans le camiontage les producteurs ne verront pas les écrans c’est cool La création est libre elle sursaute elle se prend les pieds dans le réel elle cherche du scotch pour assembler les solutions et les miracles elle explose à chaque instant visite de vieilles maisons dans les forêts envoie voler les assiettes de pâtes puis décroche le ciel Elle se bricole à trois ou quatre lâchée par les maisons de production mais tellement vivante dans la campagne et la quête tellement voyance qu’un rat énorme traverse l’écran gris avec un homme qui court hors sens juste la folie qui décalque un réel abyssal juste l’hypnose survivante et seule La création c’est un livre pages blanches juste un titre et tout à dessiner/écrire/filmer |
|
|
Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs | [Contact e-mail] |
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
Il y a dans ce texte le vertige d’une main qui filme plus vite que la pensée, une main qui rature, recommence, jette, ressaisit — une main pleine d’éclats, de silences et de pâte trop cuite, une main qui n’a plus peur du rien ni du rat, ni de l’écran gris, ni du film qu’on ne verra pas. Une main qui se veut plus vivante que parfaite. Une main d’homme, mais aussi de femme — car Anne Barbusse écrit à la hâte comme on écrit à même le vivant, sans s’accouder à la beauté mais en l’embrassant dans ses refus.
Le poème épouse l’errance sans la juger, comme on tiendrait la main d’un bipolaire en crise de lumière, refusant de lui tendre un miroir. Car se voir, ce serait tomber dans l’œil du cyclone, s’écrouler dans le puits de son propre tournage intérieur. Le cinéma ici n’est pas une salle obscure : il est une forêt, un camion, une cuisine, un rat, une tante. Il est la lumière perforée d’une feuille comme œil troué du monde, qui reconstruit l’objectif avec un bout de scotch et une croyance primitive : celle que le miracle tient, s’il est porté par l’élan.
Anne Barbusse fait vibrer la caméra du verbe. Elle ne décrit pas : elle tourne. Elle ne commente pas : elle monte. Par éclats et désajustements. Ce n’est pas un poème, c’est un montage sauvage, un cut libre, une voix off qui colle à la peau du réel jusqu’à ce que ça saigne — ou que ça perce le ciel.
On lit dans ces phrases longues comme des plans-séquences le souffle du réalisateur perdu, le battement de son cœur comme métronomique désespoir. On lit aussi le chant des invisibles — la monteuse, le perchiste, la tante — qui ne sont pas là pour meubler la scène mais pour en être les piliers muets, les respirations. La création devient collective, oui, mais sans grands discours : elle se donne en miettes, en soubresauts, en gestes qui tiennent de la foi bricolée. Elle se glisse dans une maison oubliée comme dans une idée de lumière. Et elle explose, comme une assiette de pâtes projetée au mur — fracas d’absurde, geste de survie.
Ce que le poème fait entendre, c’est qu’il n’y a pas de solution — et que Le Livre des solutions est peut-être d’abord celui du chaos, du bégaiement fertile, de l’improvisation comme seul espoir. Le réel est trop large pour être cadré, trop bancal pour être sauvé. Et c’est tant mieux. Car dans cette impossibilité à finaliser, à stabiliser, à ordonner le chaos, quelque chose de vital survit : la grâce d’un homme qui court sans sens à travers l’écran. Un homme qui court hors champ, qui traverse l’abîme avec pour seule boussole le tremblement d’un sens possible.
Et soudain, Anne Barbusse dit tout :
« La création c’est un livre pages blanches juste un titre et tout à dessiner/écrire/filmer »
Il n’y a plus de critique possible ici. Il n’y a que l’acceptation bouleversée de ce qui tremble à l’origine de tout art : le vide et la nécessité. Ce que Gondry filme, ce que Barbusse écrit, ce que nous lisons, ce sont les éclats d’un regard incapable de se refermer sur lui-même. Et dans ce regard-là, il y a toute la beauté nue d’un monde qu’on ne veut pas corriger. Seulement recevoir.