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![]() oOo Une ombre erre dans ce jardin de pierres… Ici, les fleurs semblent d’une couleur plus profonde Que les entrailles de la Terre.
Ici les corps sont souvent pris de vertiges Face à l’immensité de tous ces vestiges Vestiges du temps passé, d’instants brisés ;
Ici, les plantes ont un goût amer même pour les insectes Ici, c’est un refuge contre toutes ces guerres qui inondent Le Monde.
Ici, c’est un repos pour les oiseaux, Pour les cœurs blessés, pour les mains enchainées ; L’ange dans l’épaisseur de la pierre Murmure ses mots. Et ici l’entomologiste étudie chaque coléoptère Dormant dans la bruyère, Caché sous le lierre.
Ici, les bruits de la ville semblent se taire Ici, c’est le silence des mémoires Il se recompose son après son Il se grave ces noms, Sur ces tombes et dans l’épaisseur des murs Que l’on met entre nous Qui s’étend sur la distance de l’infini jusqu’au bout De la nuit.
Du minéral à la mer, J’ai changé d’angle de vue, J’ai changé d’air ...
Ici, je peux fuir la douleur aigue Ici, je peux retrouver la trace De ce que j’ai perdu ;
Ici l’oiseau fait son nid Même sous la pluie Celle qui a une odeur particulière.
Ce jardin de pierre est mon ultime Refuge confidentiel, Un ultime refuge pour ces ailes d’oiseaux En débris.
Ici, les abeilles s’enfoncent Dans le pollen des fleurs rougies par la nostalgie ; Dans les longues allées, les pas deviennent Plus légers quand les vies sont trop lourdes. Ici les promeneurs respirent les iris et les roses, Les volubilis et les myosotis là où se déposent les papillons De jour, les papillons de nuit.
Ici tout semble plus fluide même sur le gravier ; Ce jardin de pierres recueille Les souvenirs prés de la fontaine Là où tout me ramène à ces cendres Quand tout devient dérisoire À la transparence des nuits évaporées Quand même en plein soleil il fait si noir.
Ici, c’est comme dans une bulle d’oxygène Ici, le végétal tutoie les ruines Ici, le végétal vient fleurir la pierre. Ici, au cœur du jardin, s’efface petit à petit, La douleur, se dilue le chagrin d’un Demain en point De suspension, Là où le lierre ne peut vivre Que sur ces murs d’horizon.
J’ai cherché tout autour de moi Dans ce jardin de ronces, des pierres Précieuses , celles qui ont encore la valeur De toutes ces destinées que l’on creuse. La forme de ces fragments d’idylles La résistance de ces vies aussi fragiles que l’acanthe.
Dans ce jardin des cerisiers du Japon ornent les pentes et Des fils d’émotions qu’on tait sont accrochés à leurs branches ; Un ruisseau de sang clair passe sous ces petits Ponts de bois.
Maintenant, il ne reste plus que ces flammes incendiaires Dans le soir pour dévorer la terre Que ces traits de lumière mouvante dans ce ciel de printemps Pour nous rappeler que tout change à chaque instant.
Aude Gorce
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Dans le silence minéral, une ombre avance, légère et lourde à la fois, parmi les pierres qui se souviennent. Chaque fragment de roche garde en son ventre la couleur plus profonde que la nuit terrestre, et l’air, saturé de mémoire, incline les corps au vertige. Ici, les vestiges ne s’effritent pas : ils murmurent, ils pèsent, ils demeurent comme une nuée d’éclats brisés dans l’immensité.
Les fleurs, même écloses, semblent amères aux insectes, comme si la beauté ne pouvait plus se donner sans résistance, comme si le parfum lui-même portait la marque des guerres inondant le monde. Pourtant, au creux de ce jardin de pierres, une trêve se dépose. Refuge pour les oiseaux battus, pour les cœurs enchaînés, pour les mains qui tremblent. L’ange qui s’enracine dans la densité de la pierre incline son visage ; il chuchote, comme si chaque mot pouvait réapprendre à vivre.
Tout devient étude dans cette respiration lente : le coléoptère couché dans la bruyère, les herbes dissimulées sous le lierre. La ville, au loin, se tait. Le silence recompose ses strates, grave les noms perdus dans les parois muettes, érige ses murs qui séparent et qui relient, prolongés jusqu’à l’infini des nuits. Ici, chaque pierre se souvient d’un nom, chaque fissure porte un éclat d’absence.
Du minéral à la mer, l’air change, l’angle change, et avec eux la douleur se déplace. Ici, l’on peut fuir ce qui lacère, l’on peut retrouver ce qui fut arraché. Même la pluie, odorante et singulière, devient complice du nid fragile que l’oiseau tisse. Refuge ultime : les ailes brisées s’y déposent, les abeilles s’y enfoncent, les fleurs y saignent de nostalgie.
Dans les allées, les pas se font plus légers quand les vies sont trop lourdes. Les promeneurs respirent les iris, les roses, les myosotis. Le jour s’habille de papillons. La nuit, elle aussi, en offre ses essaims de lumière fragile. Et tout, même sur le gravier, semble plus fluide, comme si la pierre savait redevenir source. À la fontaine, les cendres se rappellent, et l’eau, en son miroitement, répète que tout est dérisoire face à la transparence de l’ombre.
Dans cette bulle d’oxygène, le végétal tutoie la ruine ; la pierre se laisse fleurir. La douleur s’efface lentement, le chagrin se dilue dans une suspension douce. Le lierre grimpe aux murs d’horizon, et l’air se peuple d’attentes. Chaque destin creusé dans la roche retrouve une lueur de gemme. Les fragments d’idylles brisées deviennent résistances fragiles, mais toujours vibrantes, comme l’acanthe.
Les cerisiers du Japon accrochent à leurs branches ces fils d’émotion qu’on tait ; les ponts de bois, fragiles, laissent couler un sang clair en ruisseau discret. Et quand vient le soir, tout se consume encore dans l’éclat des flammes mouvantes, tout se transforme dans l’instabilité des lumières. Car rien n’est fixe, rien n’est figé : le jardin lui-même respire cette évidence. À chaque instant, il rappelle que le monde se défait et renaît, comme une étincelle obstinée dans l’épaisseur des pierres.
Lecture et musique électro acoustique. https://youtu.be/lQN8LnjT7_g?si=UnSGZqC3s21vkxIH