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![]() oOo Mes moires d’O
L’eau n’a pas de mémoire, l’eau ne sait pas si la ville qu’elle baigne s’appelle Venise ou Rome. Mais sa mémoire enrichit la boue, pousse dans les bas-fonds immondes, s’enferme dans les sédiments, se disperse mais ne disparaît pas dans la vase des marais et des lagunes. La mémoire surgit des bas-fonds ou nous encombre à nouveau de ruines submergées, de la confusion des pierres, des débris, des coquillages et autres débris sur lesquels la marée monte. La mémoire recommence sous l’eau et se découvre l’origine là où l’histoire s’est brisée, là où les choses ont coulé. Les Sirènes inconnues des lagunes sont des divinités féroces qui détestent les traces évidentes, les noms, les siècles, les empires, les villes. Le trophée de leurs prouesses de chasse est déposé dans les crânes et dans la barbarie des choses traînées sous l’eau. C’est là que grandit le ventre de la lagune. Existe là un mélange dans lequel il semble impossible de pouvoir découvrir le chef-d’œuvre noyé mais séduisant ni saisir la beauté d’une magnificence en marbre ou en bronze. Tout est saccagé par les Sirènes des lagunes, gardiennes invisibles de ce ventre dans lequel elles-mêmes jettent continuellement des carcasses et des épaves brisées par leurs mâchoires.
Sweet Old Virginia
Pochades torchées à la va-vite et au jour le jour pour ne pas perdre pied. L’image du naufragé revient dans le bastion de Moundsville. Au-delà de ses tours, ses barreaux de ferraille, entrevoir le passage d’une femme. Sa tunique sable laisse parfois passer une forêt d’étoiles sur sa peau. Penché sur mon écritoire, je tiens entre les murs chaulés. L’esprit s’oublie dans le regard privé d’horizon. Ici le Gin interdit coule à flot. En de tels moments : estouffades de paroles, trouvailles langagières. Levé tard, et en profond abattement, je place un pied devant l’autre sur le béton que fréquentaient jadis. On entend parfois parler de leurs décès. Pas de lamentation ni d’interrogation. Juste l’envie étouffé : l’espoir, la baudruche. Dur désir de durer face au va-et-vient des mésanges. Du noir sur bleu au-delà gris perle. Mon soixantième 13 janvier me laisse pantois. En guise de cadeau d’anniversaire, est offert deux heures de promenade sans la moindre destination sinon la circulation du soleil. En retour dans la cellule j’ai le sentiment d’avoir reçu une largesse. Je lis Virginia Woolf, « Une Chambre à soi ». D’une seule image, d’une simple image, peut naître l’idée d’un livre.
Ouest terne
Au désir touristique répond le « désœuvrement » cher à Blanchot. Les déserts sont les portes d’une attente qui n’espérait pas la fascination. Leurs seuils ouvrent le rien et le tout, suspendus dans l’espace et le temps. Les atteindre n’est pas le but, c’est l’échéance de de la pensée. Elle va à sa rencontre et son recommencement. Mais les déserts ne sont pas des aboutissements. Ils ne meurent pas : ils prolongent l’infini dans leurs diverses théâtralités qui ignorent le moche. Nul besoin de s’abandonner au regard de la paresse. Chacun est sidéré face ce qui ne devait « a priori » rien receler de l’absolue puissance de l’émotion. La vastitude, la vacuité, l’ocre des monuments minéraux sont moins exotiques que radicaux. Ils offrent la hantise du Lieu. L’homme y est mort, mais les déserts deviennent notre père : leur silence toise le monde bavard. Dans leurs entrailles baroques, les signes dépassent le puritain. Ils incarnent notre part maudite et notre négatif heureux : ils n’appartiennent pas à la tribu des hommes aux oreilles bourrées de bibles et de talmud.
Aire heures Tu lis tous les livres de Samuel Beckett. Tu alternes ses textes divers, les uns tentant d’éclairer les autres sur l’extinction. Ils laissent passer de la lumière et tu les dévores ; tu es sourd-muet même lorsqu’ils sont joués – car tu sais lire sur les lèvres de leurs héros. Leurs mots deviennent des pigments où les couleurs passent au noir sur blanc. Ses blessures, tu les grattes ou écorches. Mais aussi ses songes et parfois des lapsus – Souviens toi de Loti. Il a écrit : « la mer vient de m’ouvrir » en lieu et place de « ma mère vient de mourir ». Les mots sont incontrôlables : du désir, ils tentent de s’échapper.
Quinte et sens Commençons par la fin puisqu’avec l’œuvre de Beckett tout reprend. Dans son ultime livre (une seule feuille A-4 offerte gratuitement et en promotion par les éditions de Minuit), le passé l’encouragea et le présent l’électrisa en craignant peu l’avenir pour délivrer un dernier message : celui du savoir mourir et de se taire - à la lettre près et sans fin de point final. Un tel apprentissage à mourir aide le temps qui nous est imparti et permet de vivre plus librement des mots qui insufflent un ciel impassible. Son passage va nous hanter longtemps. Ses moments, ses instants attirent notre pensée. La composition est parfaitement écrite. Il a su en découdre avec l’image sans pitié. Quant à son corps - un peu recroquevillé ou gauchement allongé dans son Ephad hantée _ il finit entre l’angle fiché dans le mur clair et l’angle opposé dans le plancher, visage et sexe cachés derrière du vieux papier-peint déchiré. Il avait déjà enfermé dans l’espace vidé de ses textes tout corps flouté.
Chausse-trappes pour très passés (Littérature et cinéma)
Le cinéma nourrit l’écriture. l’inverse est vrai aussi . La seconde fait son cinéma et elle entre, non devant, ni en face, en miroir ou en reflet, ni en l’autre, mais en soi, sur la ligne de séparation, entre l’avant, l’après, entre l’avant, l’arrière, comme un pendant à ce qui accède, précède. C’est le jeu du passage par le labyrinthe scriptural. Il laisse filtrer le perfide, voire l’érotisme en allusions délicieuses. Chaque texte s’en amuse au besoin et y devient trompeur, prometteur entre transparence et obscur. Après tout, Janus est une femme enfourchée entre voyance et insolence, pour remettre ou déplacer un peu d’ordre au désordre. ,Dans cette immersion, le temps lui-même se détache de ses pieux sans qu’il nous importune. Il y a là quelques éclaboussures non obligatoires pour respecter ou suivre le verdict. Sous l’effet d’une immense boucle, le cinéma fait des swings et la littérature des signes. Les deux selon des structures à la Escher. Le monde entre plafond et plancher, liberté ou prison, est dehors ou dedans, dessus-dessous en un charivari potentiel où ce qui charrie varie, en double vie. Au cinéma, la vue et le sens de ou des histoires deviennent cosmiques, collectifs voire cataclysmiques mais en littérature et dans son fonctionnement, des personnages ne se laissent plus jamais faire défaire ni refaire, imaginant au besoin qu’ils ont vécu. L’écriture filmique ou scripturale propose donc dans une synthèse habile, non l’annonce d’une époque sereine, mais le chaos et l’inconnu voire leur après à reconstruire. C’est astucieusement proposer une solution qui se mord la queue. Mais elle reste éloquente. Rien n’y manque entre K.O. et O. K. A chacun de récupérer ses mises avec une élasticité de la pensée qui s’affranchit de toute contraintes. Nous pouvons espérer mieux mais quoique. Les habiles traitresses et les farceurs ne connaissent pas forcément le fin mot de leur histoire. Que chacun reste sur ses gardes. Epars-pillé tout se joue en Up, Down ou In Fine, quitte à caresser des fragments définitifs de la fin de partie. Si bien que des survivants réapprennent à vivre. Mais une fois qu’ils meurent, c’est bien fait pour eux.
Axe et l’air
Amours torches fauves des bêtes splendides qui rugissent dans l’interdit. Ils brisent les codes et les os, saignent, brillent, trop vastes pour les cages, trop fous pour la lumière, se brûlent avant d’être dits. Les ombres dessinent des visages au creux du silence. À la marge, il n’y a ni vérité ni conclusion, seulement la persistance d’un éclat. Une harpe-pie déchire la nuit et un regard suffit pour plonger dans l’abîme. Ils laissent des empreintes de sel dans les draps. Quelque part, un ventre murmure, un souffle ancien s’emmêle dans le sang, des lambeaux de lignées rôdent sous la peau, chimères dormantes dans la chair des vivantes. Qui étais-tu avant que l’enfant ne t’arrache ? Le cri a coulé en elle comme une rivière noire, et les murs n’ont rien su. La nuit venue, en recherche, elle est partie en stop. Dans le cockpit, elle retient enfin son souffle. Son pilote rêve d’espace. Sous le nocturne, sa voiture et les nuages bougent sans chaînes, il sait qu’ils n’en n’existent plus sur un tel fantôme de soie.
Aurore Vacui
Le diable est toujours chaud. Comme un lapin – mais sans oreilles. Pas besoin de monter jusqu’ la garrigue mais il brait sans fin pour un peu d’amour et un terrier. Je crois qu’il veut un bief en creux comme bien. Son imaginaire y abonde et entre en farandoles dans ce que certaines mères nomment à leurs filles des marmitonnes de l’enfer. Mais qu’à Dieu ne plaise ! – au moins pour éviter de troubler le sommeil de leurs maternelles. Même si parfois, dans leur gorge, Méphisto se fait ogre. Il est sans doute trop tard pour fuir et les mères n’y peuvent rien. Dans leur écrin, brille le pur joyau qu’au passage leur langue caresse.
J’Anne (Le si n’aima qu’Ackerman)
Venu dans son film, son cinéma me hante et j’en deviens le partenaire d’elle-même comme si je ne l’ai que trop vu ou pas assez ni vraiment tant mes images mentales sont affrétées pour le vivre, la regarder. C’est donc rester pour voir ce qui nous occupe dans une salle de cinéma, ou dans sa maison où je la désire image puisqu’elle affecte de son cinéma ma passion. Je lui rends visite, pèlerinage en espérant d’abord la croiser, l’attendre en bas, ou devant la porte où je sonne et préparant ce que je voudrais lui dire en une expérience du cinéma lui-même. Je la vois aussi (image de l’image) nue devant son armoire à glace avant notre rituel. C’est ce qui précède notre avancée là où déjà son miroir précède la réalité du monde où je suis invité non pour conjurer le temps, ni par catharsis, mais pour la comprendre afin que notre expérience renouvelle déplace en un tel scénario. Ce qui nous occupe dure bien plus qu’un programme long de lessive à la machine. Nous laissons du désarroi des aléas pour notre ascension de vie. Elle ressemble parfois à l’attente avant que, dans la matérialité la plus poétique du vertige, nous rejetons les spleens d’une telle actrice, de sa fatigue et des contrariétés, des choses qui s’étirent et qui parfois l’épuisent. Parmi nos bruits de succion, une énigme subsiste, taraude, annonce l’orgasme qui s’entame progressivement et dont le vacarme ne sera pas camouflé. A un tel moment la bouche ne conduit aucune discussion. J’Anne et ses images m’assiègent dans cette position de cinéma. Je ne peux qu’habiter son film dont elle s’éprend aussi de son espace. Il est en commun et l’interstice du "ensemble" de notre proximité. Notre rencontre est celle du plus grand film. C’est une expérience physique du cinéma et d’une approche empirique de l’une à l’autre quand notre imaginaire de l’attente s’assouvit peu à peu chaque fois que grimpons des escaliers. C’est une montée des marches de notre festival de Cannes de cinéma avec les impressions du rouge et du soleil. Les images ritournelles défont et refont notre presque pudique hésitation. Une délicate caresse, le partage de baisers attisent le feu de notre fascination sidérée. Et dans de tels gestes d’amour je devrais considérer une manière de l’’épouser. Imaginer chaque détail la nuit de noce avec minutie par nos touchers impressionnistes. Ils nous désaxent à l’invitation de nos regards et par l’insistance de nos répétitions. Sur les draps jonchés, leurs abscisses, leurs ordonnées nous sommes saisis, abasourdis, sonnés. C’est un film presque muet où tout est dit et donné.
Manie fait station
Aimant si passion
Plus que les bottes, tout moteur est fait pour marcher – comme l’homme d’ailleurs : il est lui-même un appareil. Néanmoins sans les façons d’exister de chacune ou chacun, nous nous confrontons toujours à la question du Comment ça marche ? Dans les livres de technologie, le moteur est aussi compliqué que le corps – quant aux bottes, cela l’est beaucoup moins – même si, marchant par leur bien-être, elles gardent leur apparat. Mais que plus la conservation, l’entretien et le soin du moteur assurent une sauvegarde et un principe vital. Pour nous aussi. Les deux attirent des vocations et des métiers de savoir-faire professionnels et des lieux adaptés. De l’hôpital au garage. Le dernier servit à protéger les voitures d’attelage et les chevaux avant de devenir mécanique. Les instruments de leur entretien ont suivi. Le garagiste est devenu médium, le sorcier médecin. Tous sont des organistes officiels de santé mécanique. Ils ressemblent à des chamans contemporains capables d’opérer dans les antres de telles intimités. Prélats de la réparation, ils se vouent au culte de la résurrection. La main, l’ordinateur et divers outils opèrent ensemble afin de retrouver une seconde ou troisième vie. Elle marche « comme avant », dit un mécanicien. Le médecin est moins péremptoire.
Houx ?
Quoique attachée à son nom, la maison de notre être sur lequel nous devions compter recule à l’envers des couleurs. Le bois de rose de ses charpentes se transforme en bois flotté où se distinguent, à l’aube, deux seins de nacre qui pointent de l’eau au sourire de lune d’argent. Sarment, vulve, vanille brûlent nos cœurs par nos veines. Elles marmonnent leurs brouillons. Nos visages s’y renversent car notre mémoire est en fuite vers l’horizon sous des cristaux de nos larmes où tout notre corps est l’œil. Les halètements de sanglots secouent nos épaules jusqu’aux bras. Mais nous cherchons à dessiner des murs de notre lieu matriciel. Il allonge nos ombres jusqu’à son seuil. Nous restons transis, lézardés d’inquiétude. Restons immobiles avec notre peu de mots. Au creux des songes, ils ne sont que le sable de nos os dans le squelette de la terre. Dessus, des étoiles dansent et rejoignent notre chaos.
Beau A
Je modifie le calendrier, j’engage ses conditions traduites en huit langues avec un tirage d’un million d’exemplaires signés au nom d’un empereur pour conférer par la nouveauté calendaire le plus grand honneur – quoi que resté à l’état de brouillon. Le premier janvier est aboli comme les jours de nativité des saintes, saints, déesses et dieux. Reste celui des Ecce homo qui sont incapables de dépasser l’humanité et la nature. Réglons les affaires des Dionysos et autres farceurs. Il n’y a plus de hasard à leur place, pas plus que des De Lesseps Fernand et Eiffel Gustave allongés plus que haut qu’à la verticale comme tous les grands noms de l’histoire (à une seule exception nommé Chateaubriand), toujours bien habillés pour leurs enterrements. De ce nouvel opus faites ce qui vous plaira (loin même des correspondances de Joyce pour sa Nora). En un tel projet, toute chose et tout homme vivent, se développent, se meuvent et meurent dans leur imperfection puisque la nature n’est plus la providence. Et ce, depuis Spinoza. Il ne se souvint que de l’âme. Mais celle-ci n’imagine plus rien, ni se souvient des choses passées ou de la durée du corps. Chacun devient une hérésie caractérisée dont il y eut souvent à son propos bien des verbatim. Mais désormais A-brégeons
Allegro - Gêne et tics Son beau-frère Robin (qui boit) a un gros derrière , soit deux grosses bajoues, couleur de saucisse. Ecumeur de bières, râleur et théoricien des complotismes, il éructe sous une forme écrasée et assise dans une chaise de jardin devant un pylône électrique qui grésille autant que les côtes de porc épique sur un barbecue. En yeux de phacochère il sourit avec douceur, voire condescendance. Il ne comprend rien mais parle du génome humain qui sera modifié et transmis à ses enfants. A l’entendre on le pense docteur en chimie moléculaire même si, par son popotin, il se sent profondément blessé dans son orgueil. Reste à se demander comment, gonflé de sa panse, il n’a jamais pratiqué la gymnastique mais donne des leçons de génétique. Allez gros ! Cas d’astre A pas feutrés il traîne avec elle et ses questions obsolètes ou déformées du remords ; « Vous avez raison » répond-il. Parfois jusqu’à préciser : « Mes entrailles brillent désormais de leur transparence et répandent autour d’elles une saine odeur de calcaire ». Elle s’agrippe, se frotte à lui, ses yeux interrogateurs soulignés d’ombre. Son corps dégagée de sa robe se dégrade vers l’invisible sous la lumière granuleuse de carrelettes avalés par l’opacité. Des oiseaux sortent de sa poitrine comme des gouttes s’échappent à ses côtés de sa main, peau pâle. Mais l’homme, inachevé, tête comme un masque d’outre-monde, n’est fantôme que fantôme. Quelques grammes d’air caillassent son visage. Devant cette mare salée, la femme se noie. Doué de parole, il s’exprime toujours – au besoin, en se contentant de réciter la recette d’une sauce tomate italienne aux olives qu’il aurait inventée. Mais une telle femme aurait décidé de la tenir secrète.
As sans dents (Que savoir ?) Vos premiers mots vous propulsent dans ceux de vos mères. Ils s’insèrent par cette voie dans le monde qui vous porte sur ses ailes jusqu’à la fin de vos jours. Que vous vous en rendiez ou non, votre mère vous serrait dans son vocabulaire. Elle a vécu seule avec vous pendant soixante-dix ans dans la ville qui vous a tous vus : père, mère et vous. Depuis la mort de celui-là, elle a dédié sa vie à ses enfants jusqu’à mourir dans l’hôpital. Vous voyez encore sa face étrange à cause des soins et des tubulures.Vous a-t-elle demandé pourquoi les écrivains n’écrivent sur leurs mères qu’après qu’elles sont mortes ? Vous ne saviez pas quoi lui dire, car dans ce moment-là vous ne pouviez pas le savoir. Maintenant, vous le savez : de leur vivant, eux-mêmes ne peuvent pas comprendre. Même si elle eut le don de toujours offrir et demander jamais.
Casse Pipe
Ignorant, je hume toute foi que le monde n’a été créé ni des dieux ni des hommes. Va donc pour le big-bang qui fut une flamme devenue vivante mais qui quoique embrasée peut s’éteindre selon des lois déterminées moins par Épicure que par les Sceptiques. Au mieux, imaginons l’époque suivante si nous échappons au cauchemar de l’Histoire. Depuis tant de temps, elle s’assassine en dialectiques et labyrinthes là où se mêlent hurlements et flâneries disruptives. Tout s’enroule en spirale dans le noir annoncé déjà par les points de suspension céliniens. Voici la ponctuation fondamentale. Elle est utilisable à toutes variations, même pour les livrets des opéras des fous ou des gueux. Grace à elle, se touche un ordre déconstructif que désormais les tweet déponctuent en une expérience de pensée aux points morts de l’espace. Néanmoins lisibles et divisés en trois, ils cherchent sur leur possible l’incertain : quant au tissu du texte, il échoue de toute sa solidité de bronze.
Gras miné ( Droit d’haine est-ce ?).
Rester-chez-moi est la forme de ma-vieillesse. Ce n’est pas une idée “neuve” : je m’étais déjà confiné sans être Saint Sébastien ni son archer. L’important n’était pas d’être mais de demeurer en mon désordre tout en rattrapant son mixage sans refus de présenter un certificat d’insémination de littérature. Mais c’est un rare plaisir que d’écrire en solitude. Sur ma table. Il n’y a rien à regarder – sinon quelques plans supposés qui exigent une vraie conscience. Mais je m’affaiblis : ni homme ni humain, sans crainte et sans espérance. J’abandonne les marques de mes doigts lors de mes injections d’encre et leurs virus. Tout cela n’est bon qu’a
Les adjas (A qui les mettre ?) Afin ne pas ajouter à la confusion que peuvent engendrer nos blablas, débarrassons-nous des scories de l’adjectif par nature jamais essentialiste pour éclaircir notre pensée. Leur mettre la pâtée est plus concret, vécu, senti que pratiquer de la dentelle. Cette friche mentale toutefois n’est jamais proscrite, même si les politiques, nos chiens de garde, abusent si bien que leur Wouah ! Wouah ! pourraient suffire. Offrant des roses, ils aiment les épines sans comprendre qu’ils remplacent leur discours par un roncier. Leur langue fait sous elle tant les adjectifs restent une pompe à merde qui ne sent pas la fleur. Mais les Narcisse en font leur gorge profonde (parfois un trou remplace l’autre). Cette nomenclature dévore de l’intérieur notre cerveau, y fait main basse, par son usurpation d’imposteur. Elle rend tout mot accouplé fatal. Elle crève les pneus du logos : avant de partir, il est déjà en fin course. L’entourloupe est castratrice. Elle sert à enjoliver tout le toutim en faisant le deuil du réel par ce traitement magique. Comme tout virus, les adjectifs se propagent et se multiplient afin de nous rouler dans la farine. Ce n’est pas nouveau mais ils deviennent les stupéfiants pour renforcer les commodités (au fond de couloir) de la conversation : oxymore, palindrome, contrepèterie et autres malveillances. La respectabilité conceptuelle régresse par ces attributifs et « dys-qualificatifs ». C’est le défaut de fabrication du sens. Sous son arc et son caprice, il tire les noms communs vers le bas. Sous prétexte de chair, reste une chaire vide.
Gré long (Combien coûte le faire ?) Ma sphère vissée sur mes vêtements menace mes horaires. Je fais respirer sa roseraie dans le jardin public du Vernay. La nuit je voudrais simplement m’y poser pour écouter vivre le fer dans mes membres qui cache la tendresse de mes gestes quoique recouverts d’un rideau de rouille.,L’air respire difficilement entre mes pistons et ses roues y calculent d’autres roues pour sauver le séant de la place du mortel. Quant à la place des amours disparus, j’invoque le nom des anges. C’est comme remettre du charbon dans la mer pour attiser les vagues sous des arches surchargées de pétale.
But inné En pleine canicule je te récitais par cœur notre Graal avant de grapiller les raisins de ta volupté près des cafés au bord des voies ferrées. Nos trains y déraillaient car nous étions leur chaos. Mais ce destin tu vas l’étouffer loin du vent de ta colère. Il n’y aura plus de place dans la maison de ton être pour empiler mes plaisirs de satrape. Va et redessine ta carte de lucarnes méridionales loin de mon âme sans lueur. Glisse plus loin que mon désir même si mes mains voudraient te rattraper. Mais tu as de la vitesse et tu seras le temps, ses allées, sa verdure. Prends le TGV pour le retrouver l’amour et un tableau marin de Klimt. Tu y navigueras enfin sans implorer mes vagues laides. L’estuaire s’élargit.
Pause cas fée
Flaccidité de mon existence dans la plus complète nudité et la bienveillance de l’œil du photographe qui me déshabille pour la puissance de la lumière. Elle donne sur le fini de ma chair un filtre doux sur sa découpe. La suite, je ne la connais pas encore même s’il existe une richesse aux hommes comme aux femmes dont les têtes s’enflamment et les corps se courbent ne pouvant retenir leurs pulsions, creusent nos traits et usent et abusent la voie lactée jusqu’au fin fond de ses gouffres. L’artiste frôle ma poitrine dont la peau s’ébranle tirée de l’ombre des regards souvent barricadés mais qui voudraient participer à la présence de mon corps émancipé. Celui qui avance en son sourire sur ma page blanche recycle sa mémoire jusqu’à l’enfance utérine et reprend l’ivresse de mes errances. Leurs cordes à nerfs rompus de scrupules veillent au secret exclusif de mon épaisse ligne noire, ombre bouillante dont plane le pli au ciel. Un tel front assène de périlleux motus crépusculaires Nos membres lacés sont pleins du rêve fixe d’installer, en noir et blanc, l’azur.
Oh rage ! (Comment se réincarner) Que les hommes et accessoirement les dieux en témoignent quand des nuages en tempête font rage autour de ma porte. Je la tiens pour éviter qu’elle s’ouvre. Mes orteils et mes oreilles la touchent et je ressens le poids. Mes muscles se resserrent pour ne pas laisser passer le vent. L’air siphonne jusqu’aux insectes qui se nourrissent de sang et parfois meurent sous la paume de ma main. Mais à force, ma conscience se détache de moi, elle flotte et je disparais ou me transforme, écrasée comme une tache magique, mystérieuse. Mais elle peut – qui sait ? – incarner en un personnage labyrinthique défendant mon château contre l’assaut du néant. Je suis en tel état, vaniteuse, lamentable, strictement hiérarchique, en rang, faisant la queue aux portes de l’Inconnu. Mais des gens déjà me piétinent à coups de pieds dans mon cul de ciment.
Chat, Hue ! (Comment la fermer ?) En fort marri entretenu, j’apprends à me servir des mots pour ne rien à dire. C’est un raid dans l’inarticulé et l’inaudible. Et ce, loin des équipements sophistiqués des logichiens chats grains et hâbleurs miteux. Dans le fouillis général de leurs escouades, par force et soumission, ils baragouinent ce qu’ils croient. A coup de prières dans les religions ou en panégyriques de leurs guerres. Dans ces conditions, tout m’est impropice. Je me dégage en langue des ans gagés. Sans gain. Et bernique le reste ! De chaque mot, les écailles explosent. Reste du jazz mince sans parfums ni lendemains. Bref, je rame in à gros bis aphasiques donc je ne miaule plus.
Pousse hier Le temps de m’arrêter en chemin et te voilà caillou dans mon pied : je te vois danser à la fête de la musique pour oublier tes pensées. En ce crépuscule tout devient une question d’ombres. Je change de place près de la piste pour te regarder et soupçonner les cavaliers qui te parlent, encore, toujours, une éternité. Maintenant tu dors, tu déroules ta main. J’y glisse une petite madeleine au ventre blanc pour la tremper dans ton thé du matin. En ton sommeil, elle ressemble à une colombe, partie duvet, qui ne prendra jamais terre. Sel si (Comment vivre ?) Je deviens plus fragile, je trébuche sur mes syllabes, j’oublie mes mots, mes phrases. Mon corps est moins tendu, fatigué d’avoir bandé pendant autant d’années. Je ralentis d’avoir trop accélérer. Mes mots sont comme des herbes mélangées avec du limon séché amené par les eaux. Je n’ai plus besoin des autres par contradiction et confusion. Je rentre seul dans mon petit appartement médiocre et vide. Nul ne sait si les visiteurs vont arriver ou partir. D’après leurs mouvements, on ne comprend pas grand chose. Je me dépêche de m’approcher de l’âge tant mon indifférence et mon manque d’implication sont à égalité. À percevoir le monde, je ne sais pas exactement quoi faire. Dehors, sur les escaliers, le courant d’air déplace les feuilles sèches. L’espace est habité, il a de la densité. Ces feuilles de bronze brisé s’attachent parfois sous mes souliers, l’un après l’autre dans un état d’inconscience. Ils ne savent rien de leur déplacement.
Marre y vaut d’âge (Comment rompre ?)
De notre amour ne restent que des miettes et pour les mouettes. Elles ont - comme nous à l’hôtel l’Embarcadère dit de charme - vue sur mer et sur le cimetière Mais en raison d’un budget limité, nous n’avons à l’inverse d’elles et d’ailes, ni le choix ni chipoter. Face à notre chambre, les étendues éternelles sont l’abri des insolations et sans se faire la gueule. Certains parfois mettent follet le feu avec tendresse. Dans notre modeste voyage, la mer est mince tant sa peau est rocheuse. Y serpente un faux fleuve peu fauve qui sort comme une veine. Quant à l’hébergement, il est plus kitsch que beau. Beaucoup rient, parlent trop, sans effort. Nous passons notre temps sans demander pourquoi. D’autant que nous n’avons plus grand-chose à nous raconter. Surtout en basse saison (à cette période, on n’attend ni n’envoie des cartes postales). e moment est compliqué, je l’admets volontiers. Chacun rentrera chez soi. Arrivé à maturité, l’amour est beaucoup plus long. Surtout vers la fin et l’absence de curiosité.
L’autant tique (Comment se soigner ?) Aux thermes d’Aix-les-Bains pour apaisent les rhumatismes, ablution faite, tenue propre exigée et ray-ban réfléchissantes, je file au bar proposer des avances à des femmes à l’air ennuyé et amusé. Je leur offre des cocktails aux noms invraisemblables comme celles de leurs maladies tout en m’improvisant jongleur d’opinions et convictions douteuses quant aux soins. Je regarde devant moi, je regarde en arrière et en quand qu’âneries jusqu’au moment où elles s’épuisent. J’enlève mes lunettes, je fixe l’horizon ou mes voisines à la peau flétrie et aux mains potelées qui s’endorment pompettes. D’autres ruminent leurs peines de cœur sans que j’en perdre la moindre goutte (alcool compris). En bienveillant je leur conseille le divan d’un ami psychiatre qui parfois feuillette le catalogue d’Ikéa lors de ses séances, se ronge les ongles, impatient de rentrer chez lui. Certaines auront un air sévère et contrit, d’autres retrouveront leur enfance, la tête pleine de pensées magiques, parlant à leurs poupées ou marchant à la main de leur père disparu. Dans un tel cabinet réservé aux invalides, elles portent une robe à fleurs, le regard mystérieusement fixé vers le plafond qui approche de ses soixante-dix ans. Parfois elles pensent à la mort, parfois à la vie, et après trente bonnes minutes les voici de se demander si un tel psychiatre est suffisamment âgé. Il ne leur répond pas et se contente de les écouter. A son gré les plus belles femmes du monde vivent dans les autobus et n’en descendent plus. Brave haut
Enfourchant la moto avec Satan ou copulant avec un amant, Trotula se fait goutteuse. Son mari urologue et espion reste content lorsque son jupon se soulève quand un autre lui tient lieu de remplaçant. Il prend au son sujet de sa Lombarde des notes sur son endroit secret et ses va-et-vient avant de l’examiner plus tard avec attention. Une telle maîtresse femme experte en langue latine pratique des coïts peu admis par l’église. Mais sa santé sexuelle vaut bien plus qu’une messe. Se croyant stérile, elle ne craint pas d’accoucher dans la douleur et active sa circulation du sang dans des bains de mer. Toute solution vaut une prière puisque faire de telles choses est possible. Le Mâlin lui-même et ses deux oignons peuvent servir de médication. Intuitif, le fabuleux mari n’en doute pas, même si sa propre insuffisance d’érection n’est pas contre l’idée que le sperme crée des enfants. Il se voudrait généreux mais la déception de son épouse attise sur lui ses foudres. Le temps s’ouvre en spirales affamées, dévore ce qui tremble, ce qui s’accroche, avale les noms, ronge les mémoires jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un goût de rouille sur la langue. La femme laissant une Harley-Davidson et qui n’a peur de personne, glisse et rit s’effondrant en plusieurs lits ; l’époux si peu perché arrache mes songes comme des ronces et les tord en lianes noires pour ligoter le vide.
Dix cordes Les yeux marrons, le nez fin et un anneau dessus, la peau douce et le sexe un peu rasé, elle porte du noir tous les jours. Cela lui va bien car elle est dure et sait où elle va. De son amant elle pénètre la fenêtre de son âme et voit tout. Il parle trop vite, en se foutant des virgules tellement il est toujours pressé d’arriver jusqu’au point final (vous voyez ce que je veux dire). Mais comme il dérive ils se jointoient même si Jane elle attende bien peu de lui. Mais instinctivement elle accorde sa voix à celle de qui tente de s’enrouler. De face elle fait les mots comme ils font l’amour : en montagnes russes dans les tympans. Elle murmure ou s’écrie un peu lyrique avant de se taire sans prévenir à coups de poings de suspension. Un tel amant n’a pas le temps de la comprendre mais elle devine son vide. D’une certaine manière elle s’en approche pour qu’il tombe mieux et l’enrouler. Il tombe à genoux et son cerveau le quitte en trouvant sa perle rosie. Chose commise, elle roucoule et succombe.
Os tee Non sans vapeurs des femmes extraient et agitent l’objet masculin pour qu’il pleure dans leurs mouchoirs. Parmi elles des intrus (dont les chefs de gare) portent des cornes. Leurs histoires alimentent les trains aux horaires précis des arrivées et départs. De telles pies tees s’enlacent en vibrant d’amour aux laids preux avant que les trains prennent leur vitesse. C’est comme au cinéma : on voit vingt-quatre femmes par seconde, qui s’animent sous la marquise. Des formes planent, s’élèvent et se mélangent. Chaque calice est plein de rosée et leur clitoris est une perle, le matin au petit jour de la nuit finissante. Les chefs de gare lance à chaque épouse : « qu’est-ce que tu fous là ? » . Elles ne répondent pas. Agiles et sournoises, elles se tapissent comme des chauve-souris près de l’épi derme tout le temps bien qu’il soit, comme lui, vite lâche.
As sommés (Qu’entreprendre ?)
De ses franches freluches, passant entre les mains de milliers d’hommes sans qu’elle ait le temps d’en prendre conscience, elle sort épuisée. Cela ne date pas d’hier, néanmoins à chaque retour elle sent la bête et à l’oreille ses bêlements. Mais elle crache sur eux qui ont laissé un bras, une jambe ou autre chose dans son volcan. Impotents, ils sanglotent de nostalgie mais, nihiliste, elle les oublie. Ils restent comme la roue d’un vélo qui frotte l’acier du patin lorsque le caoutchouc a disparu. Avant, une telle femme attaque à l’acide leurs émotions faciles qu’elle réduit en verre pilé de ses coupes de Champagne. Qu’ils en ramassent tous les morceaux, pour que d’autres ne se blessent d’un obus amorcé ! Mais, fous, les voilà privés d’elle. Les uns riches de leur mal-être. L’autre jouisseuse potentielle de son vide à combler en accès dans sa moisson de soi, le rejet du monde extérieur et l’irruption d’une mer céleste. Celle-ci reste nécessaire à la pensée de l’imaginaire pour inventer de nouveaux schèmes.
Défense d’y voir
Souvent je regarde les paysages cousus à mon rêve par ton dos. J’y lifte ton cœur pour l’écouter au verso de la rumeur de ta poitrine et de son pouvoir. Adosse-toi et chavire dans les roulis invisibles de mes mains. Elles sont des échos pour ton corps au coucher, à l’aube, voire à certaines heures creuses du jour et de la nuit. Il trempe dans mes mains souples comme de l’eau en une perspective transparente hors du barycentre. Te voici écume. La profondeur de ton âme s’élève et décline en soupirs. Je la contemple. Ma voix ne saurait l’exprimer et se tait. Un autre serait-il le comprendre ?
Bât de l’aine
Par sa chevelure noire bouillonnante parfumée plus lourde que le reste de son corps dépravé, sans tenue, elle semblait imbibée et bue par sa masse capillaire. Elle était à la fois toute cérébrale et mon modèle absolu. Nous sommes partis en Bretagne et la vie a de nouveau changé. Chacun est parti de son côté sans théorie d’ensemble. Elle abandonna la philosophie pour les arts et les sauver avec une pincée de monde et des rêves plus forts. Capable de sertir ses sensations, la précision de ses lignes ont traversé le ciel gris qui s’accrochent à leurs élans. Ma pensée se mobilisait pour la route afin d’unifier mes idées divergentes. Mon automobile n’avait pas de côtés : juste un nez et un front et le reste suivait. Agités du bocal, je roulais au plus vite avant de devenir attentif à la clarté autour de celle qui m’apprit le sens des ombres et de la lumière. Et dans sa vie, tout au long de son travail plastique, la clarté est venue s’asseoir auprès de l’écrivain. Je transposais mes notes en un roman sans trouver de titre. Il demeura qu’un jeune chêne à peine éveillé de l’avant-printemps mais pour rendre hommage à ceux (dont Chateaubriand vivant t encore six ans pour conclure ses Mémoires) qui étaient des charpentes.
Deux zèles du désir Le rêve de l’avenir se passe du présent en un outre passé de chienne de vie toutouchante dont les fleurs sont l’ombre de leur pare fumet. Entre taille à telle et sa coupe rose la femme vérifie la flamme dans son cœur pour voir s’il est toujours dedans. D’où son roman de rosse et sa gare ne ment. Sans périmés du périnée les âmes ans sautent comme des pommes de taire. Qu’importe quelques doigts de six lances, leur peau d’orange et les bas d’avaricieux tant ils sont licencieux. Ils prennent leurs pieds sans pantoufler en Charentes aises. Dans leur roman, en barres à basses, ils ont droit aux chats pitres dont tels des est-ce cargo ? ils rentrent dans leur coquille quand leur raie alité, d’avoir été leur moi doute.
Pulpe fiction (Que déguster ?)
Le moindre regard l’effraye. Elle est âgée, ou bien plutôt sans âge. Née comme ça, sans raison. Ou bien d’une histoire ou elle a trouvé sa place. Elle s’incruste dans le doute, attentive au moindre soubresaut qui n’est pas que de conscience. Il suffit de lui parler pour qu’elle s’en aille afin de ne pas souffrir d’amour tant son cœur écorché ne peut pas se soigner. Toutefois, son désir parfois envie celui des hommes, de leur engin et couilles propices à son vagin et clitoris. Mais elle n’a rien d’une méduse et vire un monsieur dès qu’il l’ennuie. Depuis, il ne manque pas d’autres queues. A une table de la terrasse d’un restaurant, ils défilent, offrant un verre de taire ou de parler quitte à lui casser les noix. Mais au besoin, elle les fracasse avec un marteau puis les mange en oiseaux domestiques avant de goûter une glace du même fruit et dont elle enlève la peau pour ne garder que la pulpe. Le tout en craignant de ne pas tacher sa jupe tandis qu’un autre coq court déjà après sa poule.
Cas vide pour âne gnostique
Si vous sentez que vous êtes en route, l’ici et maintenant sont déjà déchiré et usé. C’est absurde, certainement, mais c’est aussi la meilleure chose que vous puissiez faire. Sauf si vous êtes appelé vers la relique du religieux chargé de réveiller les autres et vous-même. Celui qui ne cherche que le salut reconnaît Jésus comme prince hors-la-loi qui sut et - qui sait ? – sait encore. Ses aventures singulières font de vous le sage puisque vous pensez (chanter serait idiot). Cependant vous louez moins Dieu au ciel que les jolies filles sur terre. Preuve que quelque chose se prépare, dans le néopaganisme extravagant où les rouleaux de Nag-Hammadi parlent de « perception hantée de la chose qui reste à jamais innommable ». Elle constitue vraiment la principale lamentation. Mais vos propres idées ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Certes vous reconnaissez des prédécesseurs à travers votre temps très long, très bref ou en présent résurrectionnel. Néanmoins aimer les jolies filles, voilà la bonne nouvelle gnostique qui met fin à la lamentation et son interminable remise. Ouvrez-vous désormais au récit euphorique où les filles sont nues. Renversez-les (avec respect absolu) pour qu’elles attendent votre piqûre sans passer à toute vaccination abusive.
La valeur des arbres, (vie ou vue de chien)
Pour beaucoup, ce qui intéresse c’est de dire et de penser. Soulignons dans ces deux données leur hétérogénéité de matière. La seconde est théoriquement une réflexion profonde et fascinante. Mais elle se retrouve bien souvent révoquée. Beaucoup en effet ne bénéficient que d’un échantillon rapide ou une cacahuète. Les clients du logos en font le commerce, preuve que le cerveau est un fruit sec. Produit de commerce extérieur, il reflète la diversité de notre inépuisable couche de bêtise. Quelle que soit son épaisseur, elle est l’inspiration de l’ascension sociale. Bloy remarqua qu’elle s’élève dans les cieux chaque fois qu’un homme coiffe ses cheveux comme s’il peignait la chapelle Sixtine. Enfilant ses glaouis dans un short, il sifflote, l’air entendu sachant différencier d’une règle de trois un pont ou d’une femme, son chien. Celui-ci défèque devant les yeux fascinés de celle qui se munit d’un plastique comme d’un bout de bas. Elle le dédaigne, n’érotisant sa vie que par contemplation d’étrons canins sauf à qui est myope comme une taupe, voyant mal mais flairant bien. Ces instants oubliés dans l’ombre n’atteignent ni ne valent pas un mot dans la presse locale qu’un cerf cueille. Il dit sec ses besoins. |
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« Cas d’astres » (et ses satellites)
Il y a, dans cet archipel de fragments, un art de la dérive souveraine : la phrase y marche comme on sonde une lagune — à la corde, à l’aveugle, avec la certitude qu’au fond quelque chose palpite qui n’a pas renoncé. Ce texte n’énumère pas des pièces : il ouvre des ventres de mots. Et sous chaque titre, un détroit : « Mes moires d’O », « Sweet Old Virginia », « Ouest terne », « Aire heures », « Quinte et sens »… Autant d’écluses où l’on passe d’un milieu à l’autre, salin et su, souvenir et suint, pensée et pulpe. L’auteur ne raconte pas : il infuse, il met à nu la mécanique affective de la langue et son bestiaire d’outre-nuit.
Dès l’abord, l’eau. « L’eau n’a pas de mémoire », dit-on — et pourtant, tout y sédimente. La phrase retourne le lieu commun comme on retourne une vase : la mémoire n’est pas au fil clair de l’onde mais au fond, dans les « bas-fonds immondes », les coquilles, les crânes, les trophées muets des Sirènes. Ici, la métaphysique prend l’odeur de la bourbe ; le concept s’épaissit en limon. Ce n’est pas une pose : c’est une méthode. Elle s’impose comme la première loi du texte : la vérité ne se tient pas dans la surface qui reflète, mais dans l’opacité qui retient, dans la réserve qui ne cède pas à la visibilité. Le lecteur est invité à fouiller — et à accepter que la beauté, quand elle surgit, sente parfois la saumure et le fer.
Puis vient le roc — l’« Ouest terne » — et avec lui le désert selon Blanchot, cette attente qui n’espérait pas la fascination. L’opposition n’est qu’apparente : vase et roc procèdent du même refus de l’ornement. L’un comme l’autre exigent un regard désencombré, presque ascétique. On croyait voyager : on apprend à durer. « Dur désir de durer » : la formule, placée plus tôt dans la geôle de Moundsville, rejoint ici son champ magnétique. Car le texte tisse des ricochets : le carcéral et le désert, le marécage et le minéral, la cellule et la dune — autant de chambres d’écho où se forge le motif majeur : tenir, sans décor, quand le ciel n’a plus de verbes pour nous couvrir.
La littérature est appelée comme témoin — non pour faire joli, mais pour éprouver la langue à sa limite. Beckett n’est pas une citation : c’est une pratique. On « commence par la fin » parce qu’avec lui tout recommence. Le texte, lui aussi, décide de « se taire à la lettre près » : il parle en s’entaillant. On y lit des lapsus vrais (« la mer vient de m’ouvrir ») comme des révélations de couture : la phrase sait ce que la bouche n’admet pas. Dans cette tension, l’auteur atteint une haute justesse : la littérature n’est plus la lampe qui éclaire l’obscur ; elle est le noir sur blanc qui consent à être noir, noir jusqu’au papier, noir jusqu’au rire.
De Beckett, le texte glisse au cinéma — non comme fable illustrative, mais comme machine optique. L’image n’est pas devant, ni en face : elle est « en soi, sur la ligne de séparation ». On songe à Escher, oui, mais surtout à la matière même des plans : leur capacité à faire et défaire les corps, à mouvoir les angles, à exhiber les « abscisses » et « ordonnées » des draps où se rejouent nos rites. Le chapitre consacré à l’actrice aimée (et à l’aimée actrice) dit la vérité sans la ponctuer : le désir s’y filme à hauteur d’épiderme, et la pensée garde la pudeur d’un « presque muet ». D’où l’érotisme d’ensemble : jamais posé, jamais complaisant ; un eros de laboratoire, qui vérifie les intensités, note les défauts d’allumage, assume la panne comme un style.
Car la grande affaire est là : la langue comme atelier. C’est pourquoi l’auteur se méfie des « adjas » (les adjectifs), ces travestis du réel ; il préfère la scie, la clef, la clé de 12 : garages, EPAD, cabinets, thermes — autant d’espaces techniques où l’on démonte et remonte des moteurs et des vies. Le médecin et le garagiste deviennent frères d’huile : même geste précis, même écoute du bruit, même croyance dans la seconde chance. Une poétique de la réparation traverse le texte — et c’est très beau. Quand tout vacille, on revisse ; quand la mémoire lâche, on graisse ; quand la phrase grippe, on ponce. Cela n’annule pas la catastrophe : cela la rend habitable.
La mère affleure, verticale, en clair-obscur : « de leur vivant, ils ne peuvent pas comprendre ». Alors on écrit après, on apprend à nommer la perte depuis l’après-coup. Le texte n’en fait pas un pathos mais une clairière : la douleur est dite dans une syntaxe qui tient droit. Plus loin, l’amour s’écaille — motel kitsch, basse saison, « l’Embarcadère dit de charme » — et la mer, de l’autre côté de la vitre, devient une radiographie : « mince tant sa peau est rocheuse ». Ici, l’auteur excelle : il ne pleurniche pas, il examine ; il collecte les restes et, d’un débris juste, tire une phrase qui éclaire.
C’est que la pensée, dans ce texte, n’a pas peur de l’angle mort. Elle consent à l’indignité, au grotesque, au trivial. Elle sait qu’un beau-frère Robin peut ruiner un dîner et pourtant donner matière à penser le ridicule comme force tellurique. Elle sait qu’un bar thermal abrite des tragédies minuscules, que les autobus portent peut-être « les plus belles femmes du monde », que la gnose n’est pas l’ascèse de l’abstinence mais la reconnaissance d’un corps parlant — et que Jésus peut apparaître, tout prince hors-la-loi, au détour d’une ironie. Elle sait aussi qu’un chien qui défèque sur le trottoir en dit long sur notre « fruit sec » cérébral et nos liturgies pauvres. Rien n’est trop bas pour cette prose : elle y descend avec la lampe de mine et remonte, sale et juste.
Reste la musique, qu’on n’avait pas nommée : c’est une musique de coupes franches, de reprises, de riffs. Les titres eux-mêmes frappent comme des accords (Axe et l’air, But inné, Beau A, Brave haut) ; la langue jazzifie, syncopée, parfois volontairement bégayante, laissant grimper un humour féroce qui rétablit l’air. On passe du choral métaphysique à la scie burlesque, du « K.O. / O.K. » à l’étymologie sauvage, de la madeleine glissée dans une main endormie à la « pulpe » gardée après avoir ôté la peau. Le texte sait tout faire et n’en tire aucune fatuité : sa virtuosité sert la perception, pas la parade.
Que fait ce texte au lecteur ? Il l’agrandit. Il lui apprend une hygiène du regard : aller aux fonds, accepter la lagune, traverser le désert, ne pas confondre le plan et la peau. Il lui propose une éthique du montage : relier sans coller, penser sans boucher, aimer sans posséder. Il lui répète, à voix basse, cette phrase qui rase les murs : « comment vivre ? » — et lui montre, sans posture, quelques gestes : respirer dans l’atelier, ne pas s’empoisonner d’adjectifs, préserver la précision du verbe, préférer la mécanique à la morale, tenir à l’ironie comme à une rambarde, et, parfois, simplement regarder quelqu’un dormir, une « petite madeleine » dans la main.
« Cas d’astres » : titre magnifique, qui dit bien l’affaire. Non pas l’astronomie pure mais ses cas — ses anomalies, ses chutes, ses météores. Non pas le ciel immaculé, mais la pluie de pierres, la poussière qui s’aimante aux cils. La constellation que trace ce texte n’est pas au-dessus de nous : elle passe dans nos membres, dans les pistons du quotidien, dans les draps froissés, dans l’encrassement tendre des lieux. Ce n’est pas un traité, c’est un organe : on y bat, on y cale, on y repart. On y vieillit, on y rit, on y recommence.
Catherine Andrieu