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![]() oOo à Gérard Larnac
Il n’y a plus de dehors. Tout respire à travers moi. L’air, la pierre, la goutte suspendue au ciel — tout s’appelle en silence.
Je n’ai plus de nom. Il s’est dissous dans le passage des souffles, dans la lente coulée des métamorphoses. Le corps, ce grand animal patient, m’a reprise à mes propres limites. Je ne marche plus : je me prolonge.
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Quelqu’un, en moi, se souvient d’avant le langage. Une pulsation d’eau et de sel me guide vers l’origine sans repère. Je ne prie plus : je me souviens de ce qui priait avant moi.
La terre, lorsqu’elle parle, ne parle pas à l’oreille, mais au sang. Et j’écoute — non pour comprendre, mais pour devenir.
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Rien n’a lieu, tout a lieu en même temps. Les pierres pensent à leur manière, le vent arrange les morts dans ses replis, et la lumière, en moi, se tord pour se souvenir de sa nuit.
Ce n’est plus un monde : c’est une respiration. Une seule, immense, où chacun se réinvente dans l’autre.
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Je n’attends plus d’être sauvée. La rédemption est un fruit mûr qui tombe à l’instant où l’arbre se tait. Je suis cette chute lente, ce dénuement qui éclaire.
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Le corps n’est plus une frontière, mais un passage. Tout ce qui souffre y entre, tout ce qui aime en ressort. Je sens sous ma peau la lente intelligence du vivant, l’éclat sans nom du feu qui nous traverse.
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Ne me demande pas ce que j’ai vu : j’ai vu l’unité sous la forme du tremblement. J’ai vu le visible devenir chair de l’invisible. J’ai vu l’espace se souvenir de son centre. Et j’ai su que nous étions faits de cette matière claire qui rêve à notre place.
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Il n’y a plus rien à atteindre. Seulement la vie — dans sa brûlure exacte, sa beauté qui s’efface en renaissant.
Je suis le souffle d’avant le souffle. Et tout recommence.
Catherine Andrieu |
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