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La calbombe céladone de Patrick CINTAS
Le SLAM de la RAL,M !

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 Article publié le 31 janvier 2011.

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Ce qui a déterminé marckellysmith.com/-Marc Kelly Smith a créer le greenmilljazz.com/-Slam movement n’est en rien le dégoût d’une poésie qui s’éloigne des penchants populaires pour se donner des airs de savante distinguée voire aristocratique. La poésie est ce qu’elle est, du familier au savant et peut-être même au grand. Ce que nos prédécesseurs arabo-andalous ont laissé finalement au Cante gitan qui se donne à percevoir partant du Cante chico, chansonnettes en tous genres, au Cante jondo dont la création n’appartient qu’à ceux qui ont le duende, passant par toutes les formes du Cante intermedio. Nos troubadours, plus vrais sans doute que les trouvères, n’ont jamais trahi cette vision de la chose à dire autrement. Ronsard lui-même n’eut pas de peine à entrer dans cette approche joyeuse en pratiquant aussi bien la poésie familière que l’ode ou l’hymne. Il est donc tout à fait idiot de fonder sa propre doctrine poétique sur des choix qui ne relèvent pas de cette tradition, mais d’autres données, souvent caractérielles, qui n’ont rien à voir avec ce qu’il convient d’appeler l’honnêteté intellectuelle. À bas, donc, les prophètes !

L’arrogance des poètes a choqué l’inventeur du slam. S’il est juste de concevoir qu’un poète s’adonne plutôt au trobar leu qu’au trobar clus, ou inversement, il n’est pas normal et même injuste que ce poète prétende détenir la clé de la poésie et par conséquent tenter d’imposer son choix comme une vérité indiscutable. Devenu par conséquent indifférent à la critique comme au jugement de l’auditoire (ou du lectorat), ce poète partisan fait son numéro et puis s’en va sans laisser d’autres traces que son insuffisance alors qu’on attendait de lui qu’il soit capable, comme l’immense Aragon, de chanter aussi bien que d’écrire, ou que malgré les limites de son art, il laisse la place à ceux qui font mieux que lui à d’autres niveaux de l’expression poétique.

 

 

La pertinence poétique n’appartient nullement au leu ou au clus sans autre alternative. Les moaxajas andalouses, compositions savantes par excellence, se terminent par une jarcha, couplet d’inspiration populaire ou carrément emprunté à la rue. Comme quoi il n’est pas mauvais que le poète savant descende dans la rue pour s’en inspirer et achever son œuvre. Et inversement.

Le slam est né d’une révolte contre le poète doctrinaire. D’un refus de son arrogance, qu’il soit un populiste convaincu ou un savant reconnu. Le contact de la poésie et du lecteur (ou auditeur) ne doit pas passer par le niveau de science (infuse ou inspirée), mais par l’attitude même du poète qui doit jouer carte sur table. Il est inquiétant d’ailleurs qu’en France on n’évoque le slam qu’à l’occasion du texte d’inspiration simple et simplement exprimée par opposition au texte d’obédience nobiliaire.

 

 

En somme, le slam est un modèle pour l’édition — limitée ici à celle de la littérature restreinte, bons et mauvais genres confondus seulement dans la qualité et peut-être même la profondeur.

Ce qui manque aux catalogues, c’est le professionnalisme de ses auteurs. Que d’amateurs ! Et pas des meilleurs ! Dans un éloge du terrorisme, j’écrivais :

Il existe deux espèces d’auteurs véritables : les auteurs de séries et les auteurs d’une œuvre. Je n’en conçois pas d’autres en tout cas.

Les auteurs de séries, policières ou autre, sont capables de produire un bouquin selon un emploi du temps qu’ils se sont fixé et que les faits contredisent rarement tant ces auteurs sont obstinés et talentueux. On leur doit, de Racine à Simenon (par exemple), des œuvres qu’on ne se lasse pas de lire. On peut compter sur eux pour éveiller notre intérêt. C’est une race rare et précieuse qui inspire l’imitation et plus souvent la vanité. Ils ne construisent rien d’autre qu’un catalogue, mais quel professionnalisme ! Et quel sens de la réalité !

Les auteurs d’une œuvre ne sont pas moins rares, des 50 pages mallarméennes aux 10000 de Balzac. Balzac qui commença par la série, comme si elle était nécessaire à son apprentissage, et dont l’œuvre lui apparut comme une évidence, seulement interrompue par la mort. Les auteurs d’une œuvre sont quelquefois appréciés au même titre que les auteurs de séries, je veux dire de leur vivant, mais ces œuvres se construisent plutôt en dehors des supports qui les rendent accessibles. Contrairement aux auteurs de séries dont l’existence même dépend des supports et de leur commercialisation, l’auteur d’une œuvre ne connaît pas ces affres. Il écrit, tout simplement, et peu lui importe que le texte s’achève dans un livre de papier ou dans les magnétismes obscurs de l’électronique. 

Comment veut-on construire des sommaires sans œuvres et sans séries ? Et comment en communiquer les complexités et les vérités sans laisser toute la place au champ qui couvre l’horizon des possibles façons de faire ? Le slam des sommaires de la RAL,M est net comme un fil :

— il invite les auteurs d’œuvres et de séries, les autres auteurs ne participant pas aux sommaires et étant invités ailleurs sur ce site de la diversité où la place ne manque d’ailleurs pas non plus ;

— il les invite à laisser leur arrogance aux vestiaires et à se comporter non pas en doctrinaires de leurs empires réciproques, mais en connaisseurs de leur limites parfaitement conscients que le travail qu’ils s’engagent maintenant à accomplir avec nous est éditorial et non plus littéraire.

Que s’engage ensuite la joute ou simplement la lecture.

 

 

Patrick Cintas.

Images de Daumier - commentaires de PC.

 

 

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