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La calbombe céladone de Patrick CINTAS
Vive le pouvoir judiciaire !

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 Article publié le 7 février 2011.

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Les magistrats font grève comme de simples employés. Les députés font-ils grève ? Les ministres ?

Interrogée à la télé, une magistrate s’insurge : « Le président de la République ne respecte pas la séparation des pouvoirs ? »

Pourquoi la télé ne lui demande-t-elle pas alors de poser son doigt de fée à l’endroit de la Constitution qui évoque la… séparation des pouvoirs ?

Simplement parce que la Constitution ne prévoit pas cette « séparation ».

La magistrate en question a peut-être été formée dans une école de Droit, mais sa culture de l’Histoire de France et sa conscience sociale laissent à désirer comme c’est souvent le cas des cadres à qui on confie des tâches supérieures dans le fonctionnariat comme dans l’entreprise privée.

En vérité, le seul pouvoir « séparé » en France, c’est le pouvoir législatif, encore qu’il soit soumis au bon vouloir du président de la République qui est actuellement, comme l’a révélé Wikileaks, un mauvais joueur, surtout avec ceux qui ne sont pas invités à jouer.

Le pouvoir exécutif est opaque, mêlé de « conflits d’intérêts », défaut de la cuirasse que l’élection du président au suffrage universel pallie un peu, du moins au niveau du sentiment.

Quant au « pouvoir judiciaire », il n’existe pas.

Ce qui existe, ce sont des « autorités judiciaires » dont le président de la République est le patron. C’est d’ailleurs lui qui les désigne. Il n’existe aucun lien direct d’autorité entre le pouvoir législatif et les autorités judiciaires. Autrement dit : le peuple ne touche pas à la justice. Ce qui est parfaitement injuste.

Alors, contrairement à ce qu’affirment ces magistrats grévistes (insurgés en chausson), le président est dans son droit le plus strict quand il les admoneste.

Du coup, le vent de révolte qui inspire ces grévistes fort bien payés et pas très engagés dans de réels efforts au travail se nourrit sur deux plans :

— la quantité de travail ;

— l’indépendance du magistrat.

C’est-à-dire qu’on a affaire à des employés du pouvoir exécutif qui prétendent travailler moins sans être soumis au jugement de leur travail.

Une situation idéale quand on est employé : une bonne paye qui dépasse largement la moyenne nationale, une quantité de travail très en dessous de ce qu’on exige de l’employé ordinaire et une immunité totale quelquefois soumise aux remontrances sympathiques d’une autorité interne qui fonde d’ailleurs la corporation.

Oui, mais, dira-t-on, ces gens-là ont fait des études. Non. Le Droit est loin d’être une science et d’exiger autant de qualités intellectuelles que les métiers scientifiques. Ce sont des études faciles, confortables, quoique la connaissance parfaite des usages et des rouages demande une forte adaptation au système sectaire qui se fonde sur ces pratiques à la fois obsolètes et obscurément protégées par le « mystère » qui les enveloppe.

Les singeries occasionnées par le port de déguisements imités des pratiques religieuses et sectaires s’ajoutent au jargon, aux interprétations douteuses du point de vue éthique, sans compter les apparences enfantines et les index qui s’agitent comme preuve de gros problèmes comportementaux.

Réagissons :

— En période de disette, il est normal que les mieux nantis sacrifient un peu de leur opulence pour la céder aux plus démunis. Une réduction claire de ces salaires serait la bienvenue.

— Quant à l’indépendance qui cache en fait le seul souci de ne pas se faire taper sur les doigts, elle n’est pas constituée et réduit les magistrats à une condition de simples employés que d’ailleurs leur insurrection ne remet pas en cause. Pas si fous !

Hors, sadat ou sadati, si le peuple est bien content d’avoir droit à la parole sur le plan législatif qui ne lui échappe pas en principe malgré quelques entorses flagrantes, si le peuple cerne assez bien la question du pouvoir exécutif en ne fermant plus aussi facilement les yeux sur les manœuvres des « familles » qui possèdent l’État, — ce peuple est en droit d’exiger, après plus de cinquante ans de pratique gaullienne, la mise en place claire d’un pouvoir judiciaire, c’est-à-dire d’un pouvoir clairement élu par le peuple. Avec quelques adaptations on s’en doute, car il n’est jamais question ici-bas, hélas, de trop lâcher du lest dès qu’il s’agit de pouvoir.

Pourquoi cela ne se fait-il pas ?

Il y a bien sûr des raisons historiques. Par exemple, le comportement collaborationniste de la magistrature pendant l’occupation allemande nous pousse à nous méfier de cette gent. De plus purs historiens, mieux informés, nous rappelleront dans quelle situation de guerre civile se trouvait la France de 1958 (de la IVe République).

Mais tout ceci est bien loin maintenant. Ce n’est pas ce qui nous préoccupe, nous, citoyens de la République.

 

 

Ce qui nous paraît problématique, dans le cas où un amendement ou une nouvelle Constitution devait changer le cours du pouvoir, c’est comment donner le pouvoir à des gens qui se comportent comme des employés — aux revendications d’ailleurs parfaitement légitimes, mais dans la mesure où ils demeurent des employés et non pas de potentiels hommes (et femmes) de pouvoir.

Le pouvoir ne se sépare que par l’élection populaire. C’est la condition de sa souveraineté.

Par conséquent, il nous faudrait distinguer, dans la corporation des juges, ceux qui ont les épaules d’hommes de pouvoir et ceux qui ne sont que des lampistes bien heureux d’ailleurs de l’être, d’être bien payés pour ça et de ne pas avoir à trop travailler en échange de ce gain de temps fort utile aux acquisitions et autres loisirs.

La difficulté serait insurmontable.

De plus, que faire de toute la valetaille judiciaire une fois choisis les futurs édiles du système ?

Autant il paraît facile de s’attaquer au travail de réforme du pouvoir législatif et même de tempérer un peu les ardeurs des familles impériales qui pèsent sur le pouvoir exécutif, autant il est clairement impossible de réformer un système judiciaire qui s’est transformé avec le temps (et peut-être aussi avec le droit de vote qui est acquis à ses employés depuis quelque temps déjà) en corporation de salariés qui ont droit, en l’état actuel des choses, de négocier leurs conditions de travail et de rémunération (les deux mamelles du salariat) avec les moyens qui sont ceux de tous les salariés de ce pays.

La réforme du système judiciaire ne peut se faire qu’avec l’accord de ces employés ordinaires, car il n’est pas question, si l’on est un tant soit peu humain, d’en sacrifier la majeure partie qui, compte tenu de la fragilité de leurs études, ne trouverait pas de quoi s’occuper dignement dans cette société qui préfère les sciences et les résultats nets.

Nous sommes donc dans l’attente de l’émergence d’une quantité suffisante de magistrats capables de créer enfin le pouvoir judiciaire en lieu et place de ces autorités qui ont perdu leur sens depuis que la société française se garde bien de revenir aux pratiques d’affrontements civils qui l’ont plusieurs fois mise à genoux devant les réalités du monde et même de l’existence.

 

 

Images de Daumier.

Paroles de Patrick Cintas.

 

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