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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
Le tour de la tour

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 Article publié le 1er octobre 2012.

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« Quand ça tire, on tire ! On sait pas qui tire. Pris entre ces crapules de gaullistes et ces salauds de l’oasse, qu’est-ce qu’on pouvait faire ? Si ça se fait, c’est un de nous qui a tiré le premier, peut-être qu’il était payé pour ça… Mais nous, on a tiré parce que ça tirait. Rien d’autre. » Conscience blessée par les dénis de l’Histoire. Ses enfants auraient pu le haïr. Les autres enfants le haïssaient. « Qu’est-ce qu’on est con quand on est jeune ! » Je lui montrai la blessure. Du 12.7. « Vous avez tiré sur des civils. Et ce n’était pas la première fois. Vous aviez tout de même un peu conscience d’être manipulés ! » Il craque une allumette et l’éteint. « Des ratons et des espingouins. On avait pas le choix. On était Français, nous ! Et on avait un pays. J’ai rien d’autre à dire. » Dehors, le temps est clair et tiède. Je vais faire un tour du côté des statues. Cette manie de statufier ! De fixer l’Histoire pour qu’elle ait un sens, sinon elle ne dit rien et ce silence est une provocation. Autour des statues, l’existence circule selon les graphes de la conviction. « Vous l’avez encore emmerdé avec vos questions ! C’est un pauvre type, merde ! » Je passai mon chemin encore une fois. Après tout, si on ne vous demande rien, c’est comme si on vous le demandait. Heureusement, on ne m’a jamais rien demandé, à part de ne pas trop casser les pieds à ceux qui ont répondu à l’appel et qui auraient pu tout aussi bien ne pas satisfaire aux exigences étatiques. « Qu’est-ce que tu fais de ta vie, mec ? Tu vas et tu viens. Eux, ils ont été et ils ne sont jamais revenus. — La belle excuse ! » Ils étaient là. Pris au piège du silence et de la mauvaise conscience. Avec une « bonne place » pour ne manquer de rien après avoir donné ce qui était perdu à jamais : leur dignité. Mais ici, dans ce pays de merde, dignité et honneur sont soigneusement superposés pour former la conscience modèle. Salauds typiques. Salauds modèles. Quelquefois je monte là haut pour jouer. Je joue avec le ciel des oiseaux. « Tu comprends, fils, le crime est plus ou moins grave. On peut pas les comparer aux nazis. C’est pas la même chose ! Il faut oublier. » Là haut, je songeais plutôt à les éterniser. « Tu sauves d’abord ta peau ! » L’humain dans la machine du pouvoir et son degré d’implication. En temps de paix comme en temps de guerre. « Tu ne fais rien, toi ! » Et en effet, j’en faisais le moins possible. Mais il n’y a pas de solution dans cette espèce de pétrification. Prends un crayon et dessine, dessine le plan des lieux et le trajet des personnages. Il en restera une écriture, la tienne. Si la paix existe, elle t’engage à ne jamais commettre l’irréparable. Crève plutôt ! Et je redescendais, croisant les visiteurs dans une autre langue pour les élever à hauteur du rêve national.

 

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