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Goruriennes (Patrick Cintas)
Des fois que je touche la fibre et non pas le cœur

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 Article publié le 11 mars 2013.

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Il avait le destin voyageur, Frank. Et il comprenait rien à ce qui se passait dans ce Monde de merde qui appartient aux uns pour leur plus grand plaisir tandis que les coupés du Monde se lamentent sur leur sort tragique. Frank appartenait à une troisième catégorie : ceux qui comprennent pas que c’est foutu d’avance. Il était pas seul, mais le regroupement était improbable compte tenu de l’égoïsme partagé par ces voyageurs centripètes.

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J’étais pas le seul à me fanatiser, mais moi, j’avais des excuses.

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J’étais dingue ou quoi ? En apesanteur, les liquides se mettent en boule, comme moi dans les conditions de l’enfermement. Qu’est-ce que je savais de plus de la colère ? La mort me touchait sans laisser de traces. Je voyais ce fragment de peau. Il était agité de gonflements noirs où la douleur exprimait ses causes. C’était une leçon. On m’approchait de la mort pour m’apprendre à lui résister. Je deviendrais l’armure de l’homme que j’étais. Ça chlinguait, mais c’était dans la joie.

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En fait, j’avais pourri dans la fiction et elle envahissait mon agonie. Si j’avais su, je m’en serais tenu aux Fables de La Fontaine. Ou à celle des Hadits. J’aurais été un autre con, le même, mais sans la publicité de fiction massive.

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Comme quoi faut pas cracher sur le Coran. Ses rêves sont ceux que l’homme se souhaite. Ya rien de plus beau que ces descriptions. Je m’en gavais. Les bouddhistes disaient : t’as fait c’que t’as pu ; c’est pas réussi ; et bé tant pis ; ça s’ra pour un autre tour. Ah ! les religions. Ça promet et ça tient on s’demande comment. Le hic, c’est croire. C’est le moment d’être con ou moins con, mais dans quel sens ça se joue ? On saura jamais. Ça limite la science. Or, j’étais dans la science, au mauvais endroit et au mauvais moment de la science. L’Humanité se posait des questions et répondait par des actes.

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On finirait bien par être moins cons. L’existence n’avait plus de sens sans ce petit recul dans la pauvreté. On passait beaucoup de temps à mesurer la différence, mais c’était pas évident.

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C’est déjà difficile de devenir moins con que les autres, alors moins con qu’on a été, imagine ! C’est pourtant comme ça que ça se passe si on a un peu de cette intelligence qui se reproduit par héritage génétique ou hasard des répartitions systématiques. Un enfant, ça se jette comme un dé et ça tombe bien ou mal.

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— Mes amis, prononça le type qui nous accueillait, c’est ici que s’arrête l’expérience et que commence l’aventure. Ya d’la place pour tout l’monde et pas de honte pour ceux qui vont renoncer quand j’aurais tout expliqué. Les uns partiront pour ne plus revenir et les autres reviendront sans espoir de repartir. C’est la vie. On est tous des cons. Et on saura jamais qui est plus con que l’autre. Et inversement. Moi-même, comme vous le voyez, je fais partie de cette catégorie de cons qui acceptent de ne pas revenir ni de partir tout simplement parce qu’il faut des cons pour encadrer cette activité à la con qui consiste à mettre des idées dans la tête des cons pour que l’expérience soit tentée. Me demandez pas pourquoi j’ai fait ce choix. On vous demandera rien sur votre propre choix ni sur les raisons, pour certains, d’abandonner à une distance du but que personne ici n’est en mesure d’apprécier sans se tromper. On est tous de la même race et on est tous des cons, même s’il est impossible de trouver un lien de cause à effet entre la race et la connerie, et vice versa. Je vous souhaite un bon séjour initiatique et j’espère que vous ferez tous le bon choix

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On descendait. Ça bougeait sous nos pieds. Ils avaient enfoui toute la mécanique et elle se signalait par ses frottements, ses rotations décalées, une infinité de défauts d’usinage qui alertait l’esprit alors que le corps ne se posait plus la question du bien-fondé de cette assise technologique directement construite sur le Savoir et la Science.

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Le Monde nous précédait toujours. Je me demandais comment on meurt sur la route de l’infini où il faut compter sur les autres pour construire l’avenir.

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Elle avait ce désir de communiquer par la chair ce que j’avais aucune chance de comprendre avec les moyens de la conversation. C’est ça, l’amour : il en faut un pour aider l’autre.

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Il y en a dont l’histoire contient dans une réplique et d’autres qui ne sont pas à leur place dans la conversation. D’autres encore font parler le silence et l’obscurité.

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Et si je revenais, je revenais avec elle ? Si je choisissais de partir, me suivrait-elle ? J’étais dans l’angoisse et j’avais l’air d’un enfant parfaitement heureux de voyager avec les grands.

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Ça m’laissait perplexe, cette aventure de la reproduction de l’espèce dans des conditions qui n’avaient pas été prévues pour cette autre existence et ailleurs que sur la Terre. Les Grandes Révélations ne disaient rien de ce destin et les Martiens de Machu Picchu étaient en réalité des jardiniers en costume traditionnel à l’époque de la floraison de la courgette.

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J’allais jamais aussi loin que la prière. Je m’arrêtais sur les seuils de nos Temples pour me demander si j’allais un jour y faire la Noce. Elle préférait les gosses. Y avait pas d’religion pour ça, à part la Contraception.

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J’en avais rien à foutre de toutes ces théories paradoxales bonnes pour amuser les mémés en mal d’historiettes. Ma grande queue prenait des précautions. J’avais pas l’intention de résoudre des paradoxes au lieu de me concentrer sur des énigmes. J’avais au moins appris une chose de la vie : l’idéal, c’est quand même l’orgasme.

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Sous nos pieds, la « terre » frissonnait sans cesse. Je m’habituais pas à l’idée d’une énergie autre que tellurique à cet endroit de mon espace vital. Çame rendait nerveux et inapte à la conversation.

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J’aurais bien parlé, moi, juste pour me faire du bien, mais elle n’aimait pas les confidences, ni les miennes ni celles des autres. En fait, c’était ça notre point de rupture : j’avais besoin des autres et elle s’en passait.

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On discute pas longtemps avec elle. Ou alors il faut que ce soit très logique. Sinon elle finit par s’énerver. Elle tue quand elle s’énerve.

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J’avais toujours un temps d’avance sur la connerie des autres. Mais un autre con me contestait la primeur d’un attouchement qui venait de bouleverser ma conception du Monde. Il rouspétait dans les marges, tournoyant comme un singe qui retrouve sa banane dans la patte d’un autre singe. Un singe de trop dans un raisonnement antigène. Le ver me parlait, mais à cause de cet autre con qui était plus con que moi d’une fraction de seconde, j’entendais pas.

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Vous finirez par lui faire un gosse qui ne demandera pas mieux que de se reproduire parce que c’est un bon prétexte pour baiser.

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Encore une chose que j’ignorais. Un détail sinistre. À cette allure, je serais expliqué avant de mourir. Je laisserais une œuvre. Ça n’est pas donné à tout le monde.

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Un homme, une femme. Un ver, un ver ! Le futur est hermaphrodite ou n’est pas ! Non mais c’est qui qui choisit avant que ça soit clair ?

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J’étais pas fier. J’avais choisi de revenir dans la merde alors qu’on me proposait de jouer encore. J’avais cette possibilité de devenir un gossadulte et d’avoir une descendance de verhumains.

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Ici, les livreurs de pizza sont vraiment des livreurs de pizza.

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Du sans-gêne et de la souplesse d’esprit, il en faut pas plus pour devenir parfaitement socialisé.

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— J’étudie comment on nettoie les choses que les gens salissent, nous expliqua-t-il. Ça en fait, des choses !

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Ya des perplexités qui en disent long sur ce qu’on perd comme temps à accepter des exigences qui réduisent l’être à la dépendance.

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Ça m’revenait, des fois, les péripéties qui servaient de faits probants à mon jugement en attente.

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On était dans les gros calculs, les calculs de masse, les calculs qui nécessitent toute la capacité du cerveau à se mordre la langue avant de la donner au chat.

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Ya pas comme les excuses avant les reproches. Ça m’sauve rarement des coups mortels, mais j’essaie toujours, des fois que je touche la fibre et non pas le cœur.

 

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