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Mazette et Cantgetno - Un opéra de Johnny Rasco
Mazette et Cantgetno – ACTE XX et dernier - Droits de l’homme, au viol !

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 Article publié le 18 mars 2013.

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« Vous savez, je n’ai pas pour habitude de mâcher mes mots ! » - Louis Marette sur le point de passer un savon aux entrepreneurs dont il est, comme chacun sait, le maître et l’inspirateur... C’est que, avec sa formation de cheminot, il en sait des choses sur l’entreprise ! et de les arroser pour les ramollir, les mots... À partir de la semaine prochaine, nous entreprenons la critique des mots de campagne de ce Gugusse au service de Paillasse. Et nous inaugurons Les Huniers, aventures prodigieuses de l’âne Mazette et du canasson Cantgetno, mais cette fois-ci sur le ton du conte et avec moult allusions à la vie privée.

 

Et voici le dernier acte de MAZETTE ET CANTGETNO ! Cliquez sur l’image pour le lire. Et voyez après l’image un article qui servira assez bien de conclusion.

Mazette et Cantgetno ACTE XX et dernier

 

IL NE MANQUAIT PLUS QUE ÇA !

 

La magistrature française vient encore de se faire taper sur les doigts par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour rien moins qu’une « violation de la liberté d’expression ». Cette manie bien française est en général approuvée par les Français eux-mêmes qui, par héritage ou par paresse, ne voient pas d’inconvénient à ce que leurs « princes » soient traités comme des princes. Anachronisme qui repose sur une idée inacceptable en démocratie, je cite : « L’offense adressée à l’occasion des actes politiques atteint nécessairement la personne. » Commodité et non pas droit légitime, que la Justice française, avec une constance digne de la mule du pape, continue d’infliger à la liberté au nom de rien moins que le « respect dû aux notables », d’autant que le mot « politique » peut être aussi remplacé par « judiciaire »... L’affaire a opposé monsieur Hervé Éon, citoyen militant, à une Justice à la fois zélée et… convaincue d’avance sans autre forme d’analyse. Acharnement, certes, et pas sans méchanceté. Et dans l’ombre encore vivace, mais ce n’est qu’une ombre heureusement, de Vichy. Le mépris du domestique pour l’ouvrier n’est-il pas un des aspects de l’œuvre proustienne ?

Voici le jugement de la Cour :

Droits de l’homme, au viol ! Arrêt de la CEDH

Ce texte est exemplaire à plus d’un titre. Il ne serait pas vain, messieurs les députés, que vous y jetiez mieux qu’un coup d’œil pour remettre nos autorités judiciaires, qui ne forment toujours pas un pouvoir séparé par votre seule faute, à la place qui est la leur, c’est-à-dire dans la démocratie telle qu’on l’envisage en Europe. Mais il est vrai que vous êtes des princes, que vous le veuillez ou non et parce que nos mœurs françaises et nos lois ne sont après tout, comme disait justement un procureur de Paris il y a quelques décennies, lequel choqua tous ceux qui ont le défaut d’être de Vieux Français comme on était de Vieux Chrétiens du temps de l’expulsion des Morisques, que celles que « nous méritons ». Eh oui, messieurs, tous les magistrats ne sont pas des pourceaux comme le prétend Quevedo.

On appréciera donc la justesse et l’écriture du jugement publié par la CEDH, d’autant que les circonvolutions estudiantines produites par la justice française sont remplies, comme le révèle cet arrêt, non pas d’erreurs de droit ou carrément de bêtises, mais des séquelles d’une idéologie qu’on qualifiera de conservatrice, de monarchiste, d’impérialiste, de pétainiste ou même de fasciste selon la nature de sa propre idéologie.

Et pourtant, de quoi s’agit-il ? Et bien de pas grand-chose… en tous cas de pas grand-chose jusqu’à ce que la Justice s’en mêle dans le seul souci de donner raison coûte que coûte à la Tradition et non point au Droit comme ce doit être l’usage en démocratie, du moins au sein de l’Europe.

Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais brillé par son intelligence ni sa courtoisie, a eu ce qu’il convient d’appeler un mouvement d’humeur relatif à l’attitude d’un citoyen qui ne l’a d’ailleurs pas insulté, mais simplement remis à sa place. Il ne s’agissait même pas d’une querelle. Ce citoyen s’est exprimé librement et nous sommes tout aussi libres d’en penser ce qu’on veut. Quant au président Sarkozy, il a accompagné son haussement d’épaules (geste tout aussi caractéristique de la magistrature dans ces exercices d’imitation) d’un petit mot qui aurait pu être un autre ou qu’il aurait pu garder pour lui. C’est tout. L’un comme l’autre de ces personnages se sont croisés et n’ont pas, comme cela arrive souvent, échangé des amabilités. Plus tard, Martine Aubry, qui recevait le même président dans sa chère ville de Lille, refusa de lui serrer la main et on ne doute pas que Sarkozy eût les mêmes mots, mais cette fois en pensée, car il est beaucoup plus grave d’insulter un maire qu’un simple voire modeste exploitant agricole. Telle est la fameuse légèreté française. Des broutilles, quoi.

Mais, par souci purement satirique, comme c’est l’usage en démocratie, et avec beaucoup d’esprit mêlé de désespoir, comme il sied au militant, monsieur Hervé Éon a retourné son mot à Sarkozy : « Casse-toi, pov’ con ! » Au lieu du sourire de circonstance qu’on s’attendait (ou pas) à voir se former sur les lèvres du président qui eût pu profiter de l’occasion pour s’exercer lui aussi à la satire face à un opposant politique, voilà-t-y pas, comme aurait dit Françoise, que la police nationale, créée par Pétain, saute sur celui qui est déjà considéré comme un délinquant et on le jette au cachot, ne le libérant qu’avec le coup de pied au cul d’une convocation devant le Tribunal correctionnel. Eh bé !

À ce stade, on attendait, dans toute l’Europe et même au-delà de ses mouvantes frontières, que le ministère de la Justice fît le nécessaire pour étouffer l’affaire et laisser monsieur Éon se livrer à ses critiques sans autres contraintes que les limites de la vie privée et surtout celles de la vérité qui est autrement essentielle que le contenu des slips et autres dessous pharamineux en usage chez Dominique Strauss-Kahn. Au contraire, le Parquet, secouant sa royale perruque, envenima l’affaire et le Tribunal condamna monsieur Éon à une peine « de principe » au regard « tant des circonstances que des revenus modiques du requérant (quatre cent cinquante EUR par mois) […] Un simple avertissement s’imposait… ! » On se croirait dans le bureau du dirlo. Parodie de chevalerie de la part d’un tribunal qui rêve d’adoubement ! Mais comme cette comparaison ne suffisait pas, la Justice en rajouta en justifiant ses attendus par une série de béotismes aujourd’hui remis à leur place par la CEDH dans l’Album de la Marquise. Le jugement du TGI de Laval, confirmé en appel, relève de l’élevage des huîtres perlières d’une idéologie qui n’a pas sa place dans la démocratie et qui en est même la violation pure et simple comme le souligne la CEDH. À l’injustice flagrante s’est ajoutée la condescendance de chevaliers par délégation de pouvoir !

Inutile de relever ici ces insultes constantes à l’esprit des lois, la CEDH s’en chargeant parfaitement, presque avec plaisir (mais ne s’agit-il pas du mien ?), dans ce texte qui servira, espérons-le, l’intelligence des prétendants à la magistrature, dont on dit que le niveau baisse, autant que de leurs aînés qui doivent impérativement, sous peine de faire honte à la Nation patrie des Droits de l’Homme, se débarrasser des défauts qu’une lourde tradition de l’aristocratie leur a transmis, à eux qui ne sont guère que des bourgeois éligibles par automatisme à la Croix-de-Saint-André !

Certes, et d’ordinaire, l’administration de la Justice, si elle ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions faute de moyens, s’exerce le mieux possible. Tant que la « police » se plaindra du « laxisme de la Justice », on pourra considérer qu’elle n’est pas si mauvaise que ça. En effet, plus elle est laxiste et plus elle se rapproche de la perfection. Mais, hélas, quand la politique s’en mêle, et avec la politique le poison d’idéologies non seulement obsolètes mais aussi et surtout ignominieuses, le bas blesse.

Et parmi les nombreuses fautes de jugement (d’intelligence et de culture) qui forment les abcès de cette maladie transmissible, ma joie, je ne le cache pas, est de constater que cette magistrature déficiente intellectuellement quand elle brandit le Petit Robert pour justifier de ses connaissances lexicales et donner raison à ses idéaux d’un autre temps incompatible avec l’esprit des lois, à Laval n’a pas pu s’empêcher de faire la même chose, mais cette fois avec un autre produit commercial destiné à l’enfance : le Petit Larousse ! Ah ! Les cons !

Patrick Cintas.

 

 

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