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Goruriennes (Patrick Cintas)
Ne vous suicidez jamais sans suicider les autres

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 Article publié le 26 mai 2013.

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Première leçon : pas faire de l’humour au second degré. Yen a qui prennent ça au degré zéro de la liberté d’expression. Qu’est-ce qu’on y peut ? Les profs deviennent politiciens pour changer ce qui change et les ratés du bac scientifique des amateurs de Droit qui siègent debout ou assis (tu parles d’une différence !). Ya peut-être des mauvais genres en littérature et ailleurs, mais on sait d’où vient la mauvaise influence. C’est déjà ça !

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…devant un miroir. C’est-à-dire entre la traversée et l’abîme. On a beaucoup écrit là-dessus, mais pas dit que ça me faisait chier d’emblée. Rénovons ce thème usé jusqu’au tain. Ce que je voyais dans le miroir, c’était moi, mais retourné. Le vrai thème, c’est l’effort considérable qu’il faut produire en souffrant pour remettre les choses où elles sont en réalité. Les autres te retournent plus facilement. On dirait même que ça leur coûte rien, alors que tu penses le contraire. Sur un écran, tu peux te voir tel que tu es pour les autres. Mais si t’as pas vécu l’expérience du miroir, l’écran n’enrichit pas ton expérience globale. Et t’as pas besoin de savoir écrire pour comprendre ça.

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Faut avaler avant d’avoir mal. Après le miroir, c’est l’expérience du bonheur. On glisse de la surface au remplissage. La question est de savoir si c’est les autres qui remplissent, avec du vin par exemple, qui est une substance dangereuse autorisée, ou si c’est toi, avec le risque de prendre goût à d’autres substances qui seront autorisées quand saint Glinglin aura des dents et quand les autres cesseront d’imposer la vie aux embryons et aux malheureux.

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Voilà tout ce que je sais de la philosophie : son côté intello, le miroir ; et le côté pratique. Après ça, on est bon pour le service, même si ça va pas loin.

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Ça fait du bien d’être seul quand on a été plusieurs trop longtemps.

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Elle disait« ici », pas « avec moi ». On peut pas tout avoir du premier coup. Faut négocier avant de posséder ce qu’on n’a pas volé.

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Sous le Domicile des Financiers, un statut qui donne droit à rien qu’à des bouteilles vides qu’en plus il faut nettoyer, comme Acatone dans le film de Paso.

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Ah ! Ya des fois où on regrette d’avoir pas choisi la campagne ! On y meurt plus tranquille, avec des papillons sur le nez et des coups de crosse dans la gueule. Je connaissais l’effet de ces gaz. On les avait essayés sur des peuples rebelles qu’il vaut mieux pas citer ici des fois que ça finisse par arriver. Ya rien de plus pire que de déconnecter l’homme de son cerveau. Ah ! Je souffre pour eux et j’en ai honte !

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Qui c’était, l’ennemi, cette fois ? Elle en savait rien. Elle savait même pas qu’on avait des ennemis. Des pauvres oui. Et des inutiles. Mais des ennemis ! Ça dépassait ce qu’elle pouvait comprendre si elle en avait fait l’effort. Elle avait l’air con dans son masque !

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Deux Mondes qui avaient besoin l’un de l’autre, avec une araignée qui crevait quelquefois de faim et un insecte qui avait rarement l’occasion d’apprécier sa compréhension du piège.

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L’homme, c’est les doigts, pas le cerveau qui est une annexe de l’intelligence.

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C’est dans les moments tragiques de la Nation qu’on se révèle bien au-dessus de ce qu’on croyait être. On n’est plus le même après les massacres et les destructions.

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— On va mourir ensemble !

Autre refrain. On n’est pas seul. On va mourir ensemble. Les clichés de la trouille. Des paroles en l’air du temps. Elle tenait pas le bon bout. Mais je me promettais de lui enseigner à pas compter non plus. Si tu meurs avant moi, je te tue !

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On parlait de moi. J’étais pas un expert et j’étais pas libre non plus, ce qui fait beaucoup pour un seul homme qui porte l’enfant et le géniteur dans les mêmes entrailles.

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J’en avais marre de leur expérience sur l’autre. J’avais besoin d’un nombrilisme sain. D’une cure de désintoxication ludique.

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On vitpas longtemps à l’étroit sans éprouver la sensation du large. Ça commence par le sommeil et ça finit en plein jour. On passe insensiblement de la spéculation au délire.

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Yen a qui voient des petites étoiles en provenance de l’espace. Paraît qu’ça fait une petite musique et que ça ouvre la fenêtre. J’avais pas cette chance. J’allais m’écrouler mort dans un pet, plié par l’anéantissement de la douleur, définitivement détruit par la volonté.

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Voilà ce qui arrive quand on baise son fils : un personnage prend naissance à la racine du problème. Il naît tout habillé. Et on est à deux doigts de la mort pour ne pas avoir à expliquer ce qui s’est réellement passé.

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Nous vivrons tous de terribles moments. Il n’y aura plus jamais de générations sans ce sacrifice à la douleur. Le plus grand champ d’expérience sera celui de l’analgésique. Chantons la névralgie et l’autoaccusation. Il n’y aura pas de place pour les paranos dans ce nouveau Monde !

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La paranoïa est la maladie des religions. Ya pas comme la parano pour les détruire. Mais maintenant il est temps d’agir. Nous allons au combat avec des idées neuves. Tuez-les tous ! Ils doivent disparaître ! C’est ma faute ! C’est ma très grande faute ! Il faut connaître le paroxysme de la douleur pour vaincre les idées fausses sur lesquelles ils ont construit le Monde. Nous en kronstruirons un nouveau sur les ruines de leurs mensonges. Alléluia !

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— Démocratie ! Démocratie ! Kronstuisons le Monde ! Mais détruisons d’abord la civilisation ! Détruisons ses religions ! Détruisons la Paranoïa !

— Vive la Douleur ! Autoaccusons-nous ! Voici la première pierre de l’Industrie Névralgique !

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Je buvais bien à cette époque. Ça m’rendait pas plus intelligent. Peut-être même le contraire. Mais ça me nourrissait là où j’avais faim : un endroit où le corps et l’esprit se retrouvent de temps en temps pour des discussions informelles au sujet des raisons de vivre. Vaut mieux faire ça dans la bonne humeur. Sans compter que c’est bon au goût.

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Les élus ! Les élus ! hurlait la foule qui montrait ses visages innombrables comme un seul. Je me penchai pour voir ce masque immense. J’avais jamais rien vu d’aussi grandiose. Ah ! Les ceusses qui sont capables de provoquer de pareilles illustrations de la connerie humaine sont assurés de régner en maîtres du Monde sans se soucier du lendemain. Pour un type comme moi qui s’est jamais couché sans prier pour son salut à court terme, c’était à la fois impressionnant et humiliant.

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Sans soif et sans amour, on n’est plus grand-chose. C’est là que les thaumaturges poussent devant les miraculés de l’espoir. Si t’écoutes bien ce qu’on te dit, tu te sens ridicule de tenir à la vie alors que la mort est synonyme de plaisir et de bonheur impossible ici bas. Mais c’est pas à la vie qu’on tient. C’est à l’existence. À ses petits détails. À des riens qui ont un sens. Si tu lis bien ce qui est Écrit, là-haut tu ressembles à tous les autres parce que c’est aussi écrit. Alors tu réfléchis et tu veux rester encore toi-même. Après, on verra. Si Dieu m’a parlé, il a pas dit autre chose. Ou alors je suis sourd. Dans ce cas, qu’on me coupe la langue.

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Entre l’espoir que l’enfant n’est pas viable et celui de le voir régner sur la partie du Monde à laquelle on tient le plus, ya rien que de la merde existentielle. Ne vous suicidez jamais sans suicider les autres.

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Faut faire attention à soi quand on boit pas assez. Mieux vaut boire trop que de risquer le vertige et l’hallucination. Si c’est trop, la médecine connaît le truc pour que ça soit assez. J’ai toujours été à l’aise dans l’assistance. Mais en temps de guerre, on se sent bien seul quand on n’a pas les moyens du marché noir.

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Quand je pense qu’on est des cons prêts à avaler les conneries des charlatans providentiels ! Et j’suis pas plus con qu’un autre. Même que j’ai été un chasseur. J’ai pas eu l’occasion de détruire du matériel humain, c’est vrai. On n’a pas tous de la chance. Ça s’rait trop d chance. On fait pas la guerre en jouant. On joue à la faire.

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J’avais tout pour être heureux et le calcul veut que je tombe sur des discussions qui s’enveniment en plein mon âge adulte. Si c’est pas un manque de pot !

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Je reconnaissais le matériel que j’avais utilisé toute ma vie d’adulte. Oui, tout était à sa place. On pouvait compter sur moi. Mais qui servais-je ?

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— Ça s’est mal passé, dis-je.

— Ça s’passe jamais bien, allez !

— Ça se passe peut-être pas.

 

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