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Goruriennes (Patrick Cintas)
Avec la science d’un chien enragé !

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 Article publié le 5 janvier 2014.

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Aux balcons, les revendeurs côtoyaient les femmes du Monde qui miroitaient dans leurs dorures. J’voyais pas les enfants. Et ça m’rendait nerveux jusqu’à la parano, parce que les mômes, c’est tout ce qui reste quand il reste plus rien. Enfin, le rideau tomba, interrompant le discours aux praticiens de la vente forcée. J’entrai en scène derrière le rideau.

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J’étais seul devant les feux de la rampe, et pas que seul, j’étais nu aussi, pour qu’on voit bien qu’yavait pas tromperie sur la marchandise. La pitié se lisait dans toutes les langues sur ces visages que j’aurais pas échangés contre mon malheur si on me l’avait permis.

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On voyait qu’elle venait de chier parce que ça se sentait.

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— Comportement sans reproche, dit Larra. Zaurez droit à un point de plus pour la retraite, mais attention John : une seule erreur et vous retournez au poste de pistoleur avec le risque aggravé de choper une maladie corrosive.

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Ça commençait toujours comme ça. Au lieu d’apprécier les avancées technologiques et leur incidence sur le comportement religieux, je m’démarquais, allant jusqu’à critiquer une situation que je changeais en merde médiatique.

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Les vendeurs étaient troublés. Ils se tenaient dans les allées, les mains dans les poches et un chapeau dans l’autre. Je pouvais voir à quel point ils étaient dans la préméditation. En plus, c’était une préméditation légale, licitement votée par le Parlement. L’ensemble de ces lois et des usages qui en découlaient formait une déontologie que j’avais pas intérêt de rendre obsolète par la pratique de la modernité et du bon sens, les deux mamelles de la créativité relative.

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— Depuis King Kong qui menaça l’équilibre précaire de la vente par correspondance, dit-il en secouant l’avertissement me concernant, jamais la Science ne s’est élevée aussi haut au-dessus des principes capitalistes qui fondent l’équilibre malheur-bonheur et le rendent vivable, voire nécessairement injuste pour les uns et jouissifs pour les autres. Voici ce que l’imagination de cet homme [moi] est incapable de concevoir dans la fourchette d’erreur qui nous est imposée par le système. Voici le Masque !

Et aussitôt le Masque se l’arrachait et je commençais à œuvrer dans l’improbable cohérence du Bien avec le Mal. J’étais tout excité ! J’en oubliais que le Printz se préparait à entrer pour enculer tout le monde, ce que chacun considérait déjà comme le sommet de l’expression médiatique. Et ça arrivait. Pourquoi je supportais cette douleur télévisuelle sans m’en prendre virtuellement aux écrans qui la reproduisaient sans me verser mes droits d’apparaître aussi digne que j’étais infâme ?

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On a même joué aux cow-boys et aux Indiens avec des militants d’extrême droite. On avait tellement envie d’jouer qu’on a pas regardé le prix qu’y fallait payer en nature. Moi, j’ai répondu oui à toutes les questions et on m’a expliqué après que j’avais pas assez regardé et que même c’était pas un jeu. Les flics qui sont venus m’interroger voulaient savoir si je comprenais la gravité des faits qui m’étaient reprochés par le magistrat.

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J’y comprenais queue d’alle. Il avala une pilule pour me montrer l’effet que ça provoquait chez lui au niveau de la marche à pied. Un flic le soutenait en pinçant une bouche qui autrement s’exprimait dans la critique sociale avec les moyens de la garde à vue. On pouvait pas avoir l’air plus con et il se surpassait pour prendre la place.

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Ah ! Si elle avait patienté un jour de plus ! On s’rait monté assez haut pour rien oublier, comme à Venise où elle s’était montrée patiente et même compréhensive. À l’époque, on se shootait au susucre trempé dans l’eau de vie. Et ça marchait, mec ! Ça marchait !

*

C’était pas l’plus heureux des hommes. Après un pareil fiasco, j’aurais opté pour la tentative de suicide sans mort qui s’ensuit, des fois que j’aurais de nouvelles chances à mettre sur le tapis de l’amour. Mais sans mes amis, sans le Masque Métopage et sans le Printz, je voulais plus rien dire, même aux enfants qui peuvent encore comprendre ce que c’est de pas être convaincant quand on a envie d’se faire plaisir.

*

Le flic me plia le cou à l’équerre, un peu sur le côté et surtout devant, pour qu’je participe à l’élaboration du portrait-robot en mettant toutes les chances du côté de la Police Justicière. Il m’avait dévissé un œil pour ajuster la cohérence rétinienne. Ma langue jouait à cache-cache avec les électrodes qui sortaient de son système prostress. Il était équipé d’une sonde Dites-Moi-Tout-Ce-Que-Vous-Savez-De-Votre-Enfance-Et-Je-Vous-Dirai-Pas-Ce-Que-Ça-Va-Vous-Coûter-Quand-Vous-Serez-Assis-Sur-Le-Banc-Des-Accusés. J’avais un cheveu sur la langue pour compter les coups. Et une paire de gants pour me faire mal sans m’ouvrir. Un pareil luxe de précautions m’arracha des remerciements que je réitérerais devant un jury composé de cons et de salauds, avec tantôt plus de cons et inversement pour empêcher l’esprit d’en penser quelque chose de cohérent.

*

Je le sais bien que j’avais promis ! Mais j’ai pas qu’ça à faire pour profiter de l’existence. J’étais bien et tout avant mal. Une belle queue à sperme et à pisse, que demander de mieux à cette vie qu’on ferait mieux de pas recommencer avec les femmes ! D’où le cucul qui construisait des nids d’amour pour qu’on manque pas de poésie au moment de crier à quel point on se sentait des fois heureux ! Ah ! J’ai pas eu d’chance avec le Métal !

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Y fallait vous tenir tranquille et pas foutre la merde avec ce papa qui n’est que l’image incongrue de la bite et de l’érection. Zaviez qu’à pisser avec les autres dans les pissotières du pouvoir législatif. Mais vous avez grillé les feux pour voir si c’était pas mieux de l’autre côté ! Et méfiant avec les connexions parallèles et les situations aléatoires gérées par l’incroyance et le blasphème ! Et vous vous plaignez d’avoir perdu le fil tétanique qui épargne les jugements hâtifs et les sentences probatoires ! Ah ! Si zavez pa zété mon fifils ! Si zavez pa zu une mère androgyne ! Je m’sens tout retourné rien que d’en parler devant des étrangers !

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En prime, on entendait les essais de freinage des gros engins intercontinentaux qui partaient à l’heure et revenaient avec des retards inexplicables. Sur le tarmac, que je pouvais voir de la fenêtre avec laquelle j’avais pris contact pour observer les conséquences de mes erreurs de jeunesse, des employés se croisaient sans se rencontrer, éblouissant des passagers qui savaient plus où ils allaient, mais qui savaient par contre ce qu’ils voulaient revivre aussi intensément que l’année passée.

*

Il voyait rien d’assez ressemblant pour vérifier ses thèses. Ça le rendait imperméable et susceptible. Il avait l’air d’une roue voilée dans une série de flaques d’eau qui s’annoncent comme la seule chronique et ça le décourageait, ce que je pouvais comprendre vu que la douleur qu’il m’infligeait par devoir n’impliquait rien de nouveau ni surtout de définitif. Il était sur le point de m’achever, mais tout ce mal pouvait être soigné avec du perlimpinpin qu’on vend dans les grandes surfaces au rayon frais. J’éprouvais rien qui ressemblât à la peur. Pas même une crampe ventriculaire, rien de giclant comme la dernière goutte d’air. Aussi, je lui parus impassible au bout de dix minutes et il s’en prit aux écrans avec la science d’un chien enragé.

 

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