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Goruriennes (Patrick Cintas)
Se regarder dans un tuyau...

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 Article publié le 2 février 2014.

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C’était incompréhensible. Ça collait pas entre les faces. Et si je collais comme on m’avait appris, je reconnaissais rien, ça ressemblait à rien, c’était comme si je me regardais dans le miroir d’un autre et que c’était justement son intention.

*

Ils avaient oublié l’horloge. Paraît que j’en avais une interne. Je sentais rien question tic-tac. J’avais l’impression de glisser, sans intervalles de souffrance. J’étais peut-être déjà mort. En tout cas, d’après le prompteur, j’avais beaucoup pêché. J’voyais des poissons partout. Et ça m’donnait soif. Mais si j’avalais des choses pas catholiques, mes trous giclaient aussitôt dans les poubelles de l’Humanité et les dames me le reprochaient strictement en cessant de me sucer la bite.

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J’croyaispas qu’c’était compliqué comme truc magique au service de la survie et de la chance de se refaire. Je touchais rien, O. K., K. K. K. Et j’étais assis sur le plus gros trou que j’avais jamais pu imaginer. On peut pas s’imaginer un trou pareil avant que ça arrive. Vous savez rien à ce moment de ce que la mort signifie vraiment. Yen a qui crèvent en l’air, avant même de toucher le sol. Ils vous montaient illico le film de votre vie avec générique de fin et versement des droits aux pauvres qui vivent dehors comme d’autres meurent dedans. Une p’tite signature et hop ! vous vous retrouvez au bord du trou avec un rôle à jouer qui va durer 30000 pieds divisés par le rapport accélération/vitesse maximum autorisée. Ils m’avaient pas dit combien ça faisait, mais j’en connaissais le prix. Douze heures dans un zeppelin avec des dames en chaleur et un équipage aléatoire doublé de transparences extrêmes que des fois on se sent dingue d’y croire au profit des indices.

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Yavaitde la lumière en bas, dans le genre chaumière avec des enfants dedans et un trou d’cheminée que j’aurais pu m’enfiler en dehors de la nécessité d’aimer ce qui se laisse enculer sans déposer plainte. Je voyais les arbres de la clairière et le commencement prometteur d’un chemin dont la clôture étincelait. Ça aurait pu me faire rêver, pas à cause des gosses, mais parce que la femme en question était capable d’aimer. J’en avais la larme à l’œil.

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Ils vous envoient au combat avec des armes, mais sans abuser sur les injections de remontant. Beaucoup d’armes et un peu de vin. Tout ça parce que beaucoup de vin c’est des armes foutues en l’air. Qu’est-ce qu’ils font des ceusses qui préfèrent le vin au combat ? Ils les enferment !

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Des fois, quand j’ai du mal à comprendre ce qu’on me demande, et que par conséquent je réfléchis, je me mets à imaginer ce que l’autre est prêt à donner en échange de la langue au chat. Ça prend un temps fou !

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La question n’est pas de savoir finit l’Univers, mais comment cela lui arrive, ce qui revient à poser à Dieu la question de savoir quand il finit.

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Moi, je regardais par le hublot qui condensait ma pensée du moment. Je voyais la nuit et elle semblait se nourrir de ma confusion. Pas facile de dialoguer avec le noir. Et c’était là-dedans que j’allais sauter !

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Parler à la nuit était nouveau pour moi.

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— Aspirez un bon coup, John, et laissez-vous tomber comme si rien ne pouvait se passer à ce niveau de vie. Vous fléchissez, votre tête touche vos genoux, vous sentez à quel point ça ne peut que marcher et vos bras cherchent à étreindre le vide. Votre parachute s’ouvrira au bout d’une minute que vous ne verrez pas passer. Transformer la minute d’angoisse en minute d’extase avec Kubic, la substance qui s’adapte automatiquement à vos besoins, QUELS QU’ILS SOIENT !

*

Ça m’faisait mal aux côtes. Je respirais dans la réaction cutanée aux toxiques de la mort. Je pénétrai alors dans le dernier sas, celui du non-retur. Tout était décidé et j’y étais pour rien. C’est ce qu’on attendait de moi. On me passa un dernier film, celui de ma vie comparée à l’idéal conseillé par la Société Anonyme Kubic, la SAK qui finançait l’opération avec le fric des Africains tabagistes et des Asiatiques encore fervents admirateurs de la Régie de l’Opium boostée par Hitler lui-même depuis sa tombe creusée dans le désert de l’Oklahoma. Paraît qu’le mec s’est fossilisé au milieu de chefs d’œuvre tombés dans l’oubli grâce à l’action corrosive des Banques et des États complices des financements de la Reconstruction Qui Explique Tout. Je voyais l’écran pendant que le sol se dérobait lentement. J’avais rien sous les yeux pour apprécier l’attente. Rien pour me souvenir des meilleurs moments dont pas un n’avait été exceptionnel. C’était un type ordinaire qu’on balançait dans le vide au nom de la Vérité faite Chair. J’suis pas vraiment du genre à dénoncer l’erreur dont je ne suis que la victime collatérale, comme tant d’autres ! tellement d’autres que ça fait pas plus mal qu’un coup de pied au cul, allez !

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Leurs conseils ultimes désignaient aussi bien mon avenir proche (la chute dans la nuit vide) que mon passé (ma probable obscurité d’homme marqué par la malchance et les mauvaises rencontres).

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J’entrais une fois par jour pour recevoir les résultats de l’analyse extrasensorielle. Le type qui me soignait alignait des chiffres sans m’expliquer qu’on avait pas besoin de les additionner ni de les multiplier par des facteurs externes qui d’ailleurs relevaient de la chance et de la pratique paranoïaque de la chronique tangente.

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J’étais dans la nuit, sans rien pour accrocher des étoiles ! Si c’était un miroir, il était concave. Je tombais la tête la première dans le traquenard de l’Histoire qui s’ouvrait pour la première fois depuis que j’étais informé des aléas qui pouvaient changer la vie au point de lui donner un sens. J’étais peut-être de ceux-là, mec !

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J’ai jamais été un enfant docile, mais je savais que l’existence qui ne ressemble pas à un tuyau est une proposition malhonnête. J’ai tuyauté dès mes premiers mots.

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Et donc j’étais à l’entrée du tuyau, à douze heures d’atteindre l’objectif, et quelque chose ne fonctionnait plus comme on avait prévu pendant le stage préparatoire que j’avais, je le confesse, un peu trop arrosé tellement j’étais sûr d’y arriver sans l’aide des bouquins et de tous ces trucs qui vous gâtent le goût de la vie et le doré de l’existence. Alors, les mecs, dites-moi ce que je dois faire pour pas crever idiot à l’entrée d’un tuyau qui tient pas ses promesses !

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J’entendais d’autres voix, comme la rumeur d’une foule qui cherche à comprendre pourquoi tout le monde est double sans effet de miroir. J’errais moi aussi.

*

Se regarder dans un tuyau, c’est pas comme de se voir sans un miroir. Le miroir reflète un envers qu’on a vite fait de remettre à sa place. Un tuyau, surtout quand ça glisse pas, c’est la nuit avec une lumière au bout et on n’est pas prêt de se réveiller.

 

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