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Goruriennes (Patrick Cintas)
Tu l’as tournée cette scène oui ou pas ! - à Pascal leray

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 Article publié le 16 mars 2014.

oOo

— Ça sent bon la chair brûlée, dit-il*. Ya qu’dans les films qu’ça sent mauvais parce qu’on la fait trop cuire.

* Spielberg

*

Ça m’étonnait pas de la part d’un type* qui se contentait de satisfaire les p’tits plaisirs pour laisser aux grands le champ du possible.

* Spielberg

*

Il* se passa la langue sur les lèvres comme si j’étais un fruit de son imagination. Le poisson mort n’arrêtait pas de s’retourner sous l’effet du filet d’eau qui tombait des lèvres de la morte. Je supposais…

* Spielberg

*

Il* toisa ce qui dépassait de la table, mes bras nus couverts de conneries qu’un pote tatoueur avait testées sur ma peau en échange d’un surdosage euphorisant, ma poitrine crevée d’autres essais, métalliques ceux-là, le cou qui revenait toujours d’un torticoli hérité d’un bondage circulaire, et ma face de rat effrayé par la chronique de l’actualité, toujours prête à exprimer le risque épidémique, les modes éphémères et les nouvelles sans contenu. J’avais des cheveux aussi et une manière de les peigner pour me distinguer du chien qui m’accompagnait quand il était pas mort.

* Spielberg

*

J’aurais pu être fier de plaire à quelqu’un* qui prétend me sortir de la merde uniquement pour ça.

* Spielberg

*

Yavait des tas d’fontaines dans cet endroit de rêves, avec de l’eau qui tombait sur des poissons vivants ou morts, ou sur des algues noires ou vertes, avec de la pierre verticale pour capter les ombres et en reproduire la tristesse discrète.

— Ça vous plaît ? demanda Spielberg.

*

— Monsieur Spielberg vous emploie-t-il définitivement ? dit John Cicada.

— On signe cet aprèm’…

— Il sera trop tard, mon ami. Regardez !

J’ouvris grand mes yeux pour voir ce qu’il me montrait. C’étaient des vaisseaux chinois qui s’étaient posés sur la mer.

*

Je savais pas quel âge j’avais, mais j’avais pas envie de mourir pour la patrie.

*

M’expliquer pourquoi ya des types qui signent des contrats comme ils se torchent et comment yen a d’autres qui merdent au dernier moment quand on manque de temps pour apprécier le coucher du soleil.

*

On peut fermer les yeux à la demande, mais cesser de bander parce que le cerveau se trompe de femme, c’était trop demander à un chômeur qui venait d’accepter la défaite une fois de plus.

*

J’aurais pas fait grand-chose de mon existence et j’aurais été payé avec des clopinettes et un certificat d’études primaires avec la mention « peut conduire une bagnole si vous en trouvez une à sa taille ».

*

Il flanqua un petit coup de pied au visage souriant du Chinois qui donnait des signes de mort dans sa tache rouge qui brillait à l’endroit des aiguilles.

— Ça sourit tout l’temps, ces mecs !

*

Il avait l’air de bonne humeur en tout cas, mais il expliquait pas grand-chose. J’avais envie d’en savoir plus, des fois que le boulot promis par Spielberg soit pas aussi dangereux que ce que je craignais maintenant que j’en savais sans doute trop.

*

J’vérifiais si j’pouvais y garer ma Kiadilac avec toutes les provisions dont on va avoir besoin si on on veut traverser le désert de Tabernas sans être obligé d’s’asseoir sur un figuier pour goûter à l’aventure.

*

Le plus inquiétant, c’était qu’en plein été yavait pas une caisse sur la Route des Plages. Pas un parasol en vadrouille, rien. C’était un décor vide qui semblait pas avoir déjà servi à amuser les grands sans faire chier les petits. Spielberg était pas là lui non plus. Le destin me sucrait un contrat en or alors que mes doigts venaient d’accepter de le signer sans le lire.

*

J’étais chevillé par la passion depuis que je savais qu’un minable peut devenir une star dans un firmament démographiquement sur le point d’exploser comme l’Univers au meilleur de sa forme. C’était la première fois de ma vie qu’on me donnait à apprécier l’épaisseur d’un doigt.

*

— J’ai renoncé à rien, mec ! J’suis pris entre la colère et la faignantise, comme la majorité de mes potes humains. J’arrive pas à croire que j’suis passé à un doigt du bonheur d’enculer mes contemporains en jouant la comédie. Ah ! Ça m’aurait plu d’avoir ce pot !

*

Il s’agissait d’abord de récupérer tout le matériel informatique qui remplaçait les organes du Chinois. La Sibylle suça les os qui contenaient le métal en fusion. Sans cette fusion constante, les Chinois ne tenaient plus debout. Je triais les entrailles en vrai merde pendant que John tentait une connexion au Réseau des Constantes Patriotiques. Il jouait avec les doigts du Chinois qui donnait encore des signes de vie et parlait dans son sommeil comme si le rêve était encore possible à cette profondeur de la Mort Probable. Où était la caméra ?

*

J’avais des tas d’questions à poser. Et une sacrée envie de me sortir de la merde que le Chinois avait emportée avec lui dans la précipitation. D’habitude, c’étaient des mecs clean que nous envoyaient les sous-marins de l’Avant-Garde Nationale en Eau Trouble. Mais celui-là n’avait pas eu le temps de se vider et sa merde envahissait mon existence à un moment que j’aurais plutôt choisi pour me la couler douce dans le vomi des coquillages que j’avais avalé avec un plaisir de riche savourant en même temps la chance et le bonheur.

*

Ah ! Ces angoisses ! Ça veut rien dire et ça m’arrête en plein raisonnement vital. J’arrive même pas à accuser les autres comme faisait papa quand ça tournait au caillé. Je m’en prends qu’à moi-même et j’fais tourner mon Mitchell à vide, sans cuillère, sans hameçon, sans rien.

*

J’savais pas grand-chose du ciné. Je l’avais jamais vu que sur le petit écran. Avec un son de merde et des effets stéréo brouillés par la conformation des lieux, une bien grande expression pour signifier ma piaule à trois murs avec fenêtres sur le voisin. J’avais qu’une chose à faire maintenant : apprécier et fermer ma gueule. D’autant que j’avais peut-être une chance de signer si j’avais rien compris entre les lignes. En tout cas, j’avais pas faim : des coquillages avariés plus un Chinois de merde, c’était tout ce que j’avais pu avaler. Par pitié, me demandez pas de boire un verre avec Spielberg pour finaliser. J’arriverai même pas à fumer une light. Greffez-moi quelque chose pour imiter ma signature. Mon cerveau commence à s’intéresser à autre chose, à des trucs qui sentent la merde des petits matins sans avenir professionnel et la pisse des négligences sentimentales.

*

— On divorce plus ?

— Où qu’t’étais passé, Johnnie ? On a vu la tourelle du sous-marin chinois au large. La trouille de notre vie ! Toi, t’as rien vu bien sûr.

— Un peu que j’ai vu ! Et j’ai même touché !

— Johnnie ! T’es complètement dingue ! Comment veux-tu que j’accepte de vivre avec un barjot ? Qu’est-ce que c’est qu’ces mouettes ?

*

— J’ai pas signé, avouais-je dans la foulée.

— T’as pas signé !

— J’attends une prothèse ! Comment je signerais avec ça ?

J’exhibai mes doigts, les écartant pour souffrir parce que sans cette souffrance j’aurais pas pu leur mentir sans en souffrir.

*

— T’avais qu’à pas bouffer les coquillages avec la coquille, connard !

— J’savais pas c’qu’y fallait bouffer dans cette assiette de merde ! J’ai eu des vertiges et on m’a perfusé à mort pour que je sèche pas.

— T’es vraiment con ! Dis à cette conne de mouette d’aller chier ailleurs !

— Tu l’as tournée cette scène oui ou pas !

 

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