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 Article publié le 19 octobre 2014.

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Le poète est parfois fatigué, las même, las d’être là couché dans le lit douillet de sa poésie native qu’il contemple mot à mot sans ressentir autre chose que le vide initial de sa mise avant la grande plongée dans la coulée verbale qui fonde sa demeure jour après jour.

Il faut se lever, empoigner la journée, vaquer aux tâches du jour, ignorer le pur et l’impur, balayer d’un revers de main le noble et l’ignoble, s’en tenir à la vie, rester en vie dans la vie plus grande que soi, ne pas rechigner à la tâche, quelle qu’elle soit.

Nu comme un verre de cristal qui attend son échanson, ivre d’attendre dans l’aube grise. L’ivresse des profondeurs sera pour celui qui se risque à boire en compagnie des dieux, ces piliers de bar.

La dive coupe boit aux lèvres des dieux. Salive bleue des dieux passe dans le rouge sang. Mélange détonnant digne d’un super-héros en pleine crise d’adolescence

En une journée passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, passer et repasser inlassablement par tous les âges de le vie, régénérer ses émotions, se frotter à des sensations encore inconnues, en retrouver de très anciennes, bousculer les sentiments convenus.

Ne pas tomber dans le chaudron magique, ne pas rédiger de catéchisme, ne pas s’enfermer dans une chapelle ardente.

Demeurer ce cristal ardent-odorant qui ne brille bien qu’au matin, quand, tous feux éteints, les maisons écoutent la brume se lever dans la plaine humide.

Infuser le salut du matin dans les pensées du soir, rebondir sur la journée maussade, ainsi accepter le rythme béant d’un certain néant de volonté et de buts qui fait la part belle aux temps morts, soulignant d’autant mieux les temps forts, temps morts et temps forts appartenant alors à la même séquence d’une vie devenue imprévisible, retorse et rayonnante.

Maison nomade d’ici et d’ailleurs, maison ventée, poussée en plein bois.

Mycélium primaire, le mot.

Le soir est dévolu au risque de la parole libre.

Les hyphes prolifèrent. Un rond de sorcières s’est formé. Il se déplace doucement et l’herbe bleue verdit dans ses parages nocturnes.

Il faut être un peu shaman et avoir le blues pour sentir le monde frémir. Jim alors sourit.

Fatigue du jour, fatigue dans le jour, loin des grands matins calmes où tout frémit dans le lointain des possibles qui sortent des bois, tel ce cerf et cette biche égarés dans les labours. Les frais sillons entravent leur marche. Les bois givrés du cerf brillent dans l’air froid, la biche aux aguets en sait plus que le cerf, ne se serre jamais contre lui, va sa vie.

Une main de pluie plonge le paysage dans l’hébétude. Les dieux sylvestres s’ébrouent. La grande roue des mers éclaboussent les côtes marines.

Les montagnes se renversent, hilares.

Les forêts de mon pays ignorent la côte marine qui les ignore. Son sel et son iode, ses embruns et ses coups de vents.

Et pourtant…

Le vent violent alimente la chronique des hommes. Tempêtes là-bas aux côtes, orages ici, orages terrestres tant, à la terre mêlé, le ciel tournoie en son endroit jusqu’à soulever de terre toute vie.

Mort et vie intimement mêlées, nécromasse fertile.

Mer et bois ne se rencontrent que dans le poème, bras de mer qu’embrassent les terres.

A fleur de terre affleure la mer.

Fleur de sel qu’emporte le regard vers le lointain des bois givrés du cerf esseulé.

Le paysage virevolte dans les yeux du vent.

Sur le chemin forestier, cette flaque profonde, ce sillon creusé que les roues évitent désormais, et tant d’autres, mondes dans le monde où dansent les flammes humides des salamandres dans l’eau-miroir.

Nous sommes l’eau et le feu, intimement solidaires.

Pour le poète, le monde est un miroir sans tain traversé de regards inquiets.

Y plongent tête baissée les amoureux de la langue, les mordus d’énigmes bipèdes aux cheveux blonds, à la peau mate.

Et toutes les langues sont belles. A chacun sa beauté.

Où que tu regardes, la terre et ses ravages, ses paysages, ses villes et leurscompagnes dispersées dans les campagnes riantes.

Mais qui regarde quoi ?

Quoi contemple qui lequel scrute quoi. Les temps s’emmêlent, lenteur et brièveté fondent une parole qui veut ignorer les lourds silences.

Ils ne sont pas pour demain.

D’après-demain, ils cheminent dans les actes désordonnés des hommes pressés d’en finir. Nous ne sommes pas faits de ce bois-là.

L’avenir ne commande pas même aux conséquences. L’avenir est sans conséquence. La seule conséquence qui vaille est celle qui porte le présent, porte sur le présent, sécrète un avenir par définition incertain, aimé comme tel.

Pour le poète, le présent est sûr, mais multiple. Il porte en lui le principe d’incertitude qui lève comme les blés dans le champ de sa parole.

Sa parole n’a pas d’avenir, se moque du tiers comme du quart. C’est le frémissement du temps qui avance dans ses mots qui importe à sa parole vagabonde.

Epiaison du son qui fait sens dans le mot à mot qui grignote l’avenir, dégage un chemin au présent fertile.

Le poète est de tous les instants qu’il lui plaît de vivre dans le rebond des mots choisis qu’il offre à ses semblables, ses frères, ses sœurs, ses amis proches-lointains.

 

Jean-Michel Guyot

9 octobre 2014

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