Retour à la RALM RALM no 102 - Catalogue du sériographe de Pascal Leray [Ecrire à Pascal Leray]
Chantier n°02 - Rencontre avec le sérialisme
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 Article publié le 19 septembre 2017.

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Années 1990-1992


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INDEX

Première introduction au sérialisme – Ecoute du Marteau sans maître – Derrick à la télévision - Lecture de Mallarmé - Premiers essais de séries dodécaphoniques – Découverte de Stockhausen, Maderna, Nono, Ligeti, Berio... - Pierre Boulez au Collège de France – Récits marqués par le sérialisme : Mehart, Sédition N Realnyi, Molécules affaiblies – Ecoute de Webern


WEBOGRAPHIE

L’odeur des néons
L’intérieur extérieur (nouvelles de la réalité)


BIBLIOGRAPHIE

« A propos de théâtre » (poème) - Le mordu, 1991
« Un amour suprême » (récit) - Histoires que je me raconte,
n° 0, 1991
* L’intérieur extérieur. Nouvelles de la réalité (récit) - Le
Chasseur abstrait éditeur, coll. « Djinns », 2009

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DICTIONNAIRE CRITIQUE

Intermonde


HORIZONS VERTICAUX

Il fallait tout reprendre de zéro. Les choses que j’avais écrites quand j’étais au lycée, j’en avais liquidé une partie, l’autre restait en déshérence.

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Le sens des réalités, j’en reprenais des bris. Il n’y avait plus que des débris là-dedans. Bizarrement, Pyramides urbaines et cinémas antiques était resté intact et, dans l’ombre, le récit intitulé Au-dehors de toute lumière dont le titre était démarqué d’un roman de la collection "Gore" que je n’avais pas encore lu.

Il fallait réapprendre à écrire. Ou commencer à apprendre peut-être même. Pour cela, dans les faits, je n’avais guère d’outil. Je me nourrissais principalement de musique à cette époque.

J’écoutais beaucoup John Coltrane. Je n’écoutais plus beaucoup les Doors. Et puis il y a eu les étagères de la section musicologie de l’ancienne bibliothèque de l’université de Saint-Denis. On s’y installait à même le sol. Le sérialisme devait y être bien représenté.

Je n’ai malheureusement pas retenu le titre de cet ouvrage qui démonstrait, à l’aide d’études statistiques, que les musiciens d’orchestre jouant de la musique sérielle étaient sensiblement plus sujets à la migraine que les autres. Tant pis. Ce n’était pas si important. Mais ça marquait un point d’impact, une sorte de traumatisme. Comme l’annotation au crayon de cet exemplaire des Relevés d’apprenti de Pierre Boulez d’un étudiant qui avait tenu à graver en toutes lettres "Connard !" à la marge d’une fameuse injonction du compositeur.

L’évidence du sérialisme, c’était Le marteau sans maître. Elle s’inscrivait jusque dans le fil de mes rêves. Une de mes toutes premières notations de rêves se déroule précisément dans le métro avec, en plan sonore distinct, les arpèges en spirale du disque que j’écoutais répétitivement alors.

Dans le rêve, j’échangeais avec une personne non identifiée à propos des différentes techniques de noeuds coulants. Est-ce que j’essayais de montrer une connaissance que je n’avais pas ? On voyait, comme une page d’encyclopédie, une planche illustrée présentant différentes sortes de noeuds. Et la musique se jouait, très nette.

Les bulles de rêves ne m’obsédaient pas vraiment mais elles semblaient posséder des propriétés narratives précieuses et mal cernées. Je rejetais principalement alors d’enfermer le récit dans une structure narrative close, induisant même un ordre moral ou une "morale de l’histoire". Il y a donc eu l’histoire de Mehart, l’homme sans lèvres avec, en contrepoint, l’évocation de John Lexan dont on ne sait pas grand-chose.

Cette narration a finalement donné lieu à une sorte de nouvelle qui est accompagnée de tentatives plus ou moins abouties, dont une série de notes préparatoires intitulées "Molécules affaiblies" imagine un développement de la nouvelle "Crissez rails et roues" (ou "Au rythme des roues qui crissent sur les rails") à travers la sérialisation des personnes et des wagons du train.

La procédure n’a jamais été appliquée au final. Il faut dire que, dans les jours qui ont suivi, la narration a été emportée par le flux du poème qui a imposé son rythme à mon écriture jusqu’à l’engendrement de la grosse chose incompressible, Avec l’arc noir.

Les recueils ont-ils existé ? Il y a eu Crépusculaire mais il s’est dissout, je crois. Et, pareillement immergé dans l’expérience du train, jamais réellement constitué, Sur la chair de l’heure.


FOETUS VOLONTAIRE

Finies les mélodies faciles, donc. Cette fois, nous ne leur foutrons pas la gueule dans l’eau. Je les laisserai de côté, seulement. Aucune fiction n’a jamais eu besoin de spectateur, c’est vrai, et c’est avec un sentiment calme et inquiet, mais doux à mon âme... (Comme elle souffrait avant cela ! Et je doute qu’elle ne souffre encore. Mais il fallait que j’en aie assez des inutiles souffrances. Je leur foutrai la gueule dans l’eau). Et toutes ces fictions ne seront jamais abolies. Elles m’attendront, encore, comme un diable de rire perçant le dos du blouson perméable que je bois, aujourd’hui, faute d’avoir jamais eu soif.
Rien ne sera résolu. Un coup de dé interrompu m’aura jeté sur la route.

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Le feu qui couve dans la cheminée n’est pas éteint ; c’est pourquoi il éclaire si peu ; et leurs ombres qui n’abondent qu’avec certaine pudeur - oh, ces ombres remuent avec lenteur.

Et je sortirai, enfant comme à mon tour, niant, une balle dans la main et un mur devant moi. Un autre derrière que je regarderai jouer à ma place. J’aurai jeté la balle et je partirai. Je pars, sans même mon canif, c’est risible ! J’ai emmené un peu de René Char avec moi.

Il ne reste que le ciel devant moi, et la poussière derrière. Figurez-vous : j’ai pris un morceau de craie et j’ai dessiné une fissure sur le mur ! Et je suis parti. Je pars, figurez-vous où.

La sérénité n’a jamais lieu : la cherche-t-on, en soi par exemple, ou comme avec tout le confort d’une petite mort, et voilà ; alors elle se rit de nous, saugrenue d’absolu, au-dessus de nos têtes, quand suspendus et nous tombons dans de piteux corps qui ordonnent, parmi nos restes épars, le moindre morceau d’âme.

Je me suis réveillé ce matin, mais avec bonheur, avec le sentiment d’être dans le vrai. N’importe comment, j’y étais. Dans une immensité béante où je me plongerai, et déjà.

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"Au loin de ces belles morts lorsqu’elles s’empressent sur le pas de ma porte". Que je leur ai ouverte. Qu’il est rare, en ces temps d’une modernité encore mal sue, et rie de surcroît, d’embrasser la plus chère de ses amies, après l’avoir reconnue parmi tant d’autres.

J’ai retracé mon plus long chemin, un jour que j’étais là, assis sur le bord de ma fenêtre. L’été était comme un sentiment de printemps, le chantait-il. Tout était silencieux. Mon coeur, par exemple, battait un rythme ternaire. Mais je ne l’entendais pas. Je vis au-dehors, une lumière dans le ciel, alors que la pénombre avait dévoré le plafond derrière moi. Je ne m’étais jamais heurté à ce plafond-ci, mais j’imaginais vivement ce qu’il m’en coûterait, de me laisser aller à ce jeu, si morbide. Je me balançai à ma fenêtre, cette nuit-là. En vérité, je n’avais rien d’autre à faire. Parce que c’était l’été, parce qu’il m’avait déjà coûté de nombreuses larmes et qu’avec le sommeil, aussi, mes yeux s’atrophiaient.

Aujourd’hui, c’est l’automne qui a vraiment prise comme une feuille. Mais s’il avait hier un avant-goût d’hiver, ce jour nous le montre lourd. Sa pluie menace et, au fond, ne cessera de menacer.

Qu’elle me mène
à me noyer dans la boue...

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Mais comme je retraçais le chemin déjà parcouru, esquissant chaque lieu que je croyais être lieu sur des cartons glacés, avec un feutre échevelé, il m’en vint d’en imaginer d’autres. Sur le moment, j’ai bien cru que j’étais aveugle. Pensez donc ! Il n’y avait qu’à les voir. Je ne fis qu’esquisser que je les savais et, c’est vrai, mon encre ne voulut jamais plus imiter.

La nuit va bientôt tomber. Déjà paisible dans sa colère, le lourd silence qui nous accable s’obscurcit. J’imagine : bientôt, la nuit m’aura englouti. Je jaillirai sur le chemin, souriant de ma fatigue. Jamais, c’est vrai, elle ne m’a promis. Nos mots suffisent à nous aimer, tant qu’ils ne le disent pas. Je le crois, ils peuvent aussi bien l’exprimer.

Ici, dont nous perdrions la notion, malgré la pluie (mais elle rit avec nous de l’humeur qu’on lui prête), puissions-nous nous étendre dans la boue. Puissions-nous embrasser l’herbe, atteindre la voûte et de nos élancements daisant deuil du deuil, la parsemer, qui de nous a l’espoir que cet espoir se brise ? Puisse-t-il, tant qu’il ne s’estompe ou ne se fige.

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Je regardais à la fenêtre et, croyez-moi, j’ai dû tomber. J’ai pu me tromper mais comme la route, ordonnée nationale, m’astreignit de la suivre, et de même, au lendemain, je reposais sur l’herbe fraiche, m’éveillant du jour, de la rosée, des sommations effrénées d’un moteur dans le loin, d’impossible rêve que mon lit ignorait, de même je me suis remis à marcher. J’ai vécu sur l’instant, le croyant éternel, mais au fond, il n’y avait rien de cela.

Ce n’était vraiment qu’un éclat. On ne sait pas trop quoi faire pour changer cela. Si je suis tombé, jusqu’alors jouant à la fenêtre ouverte, j’aurais emporté dans ma chute et les carreaux se seraient brisés sur moi (parce que l’herbe les eût accueilli avec plus de chaleur). Mon oeil, lui, se sera ouvert. Il saignait quand je me suis levé. Ce matin-là, il a fallu que je ferme l’autre oeil pour percevoir l’aube et sa splendide mutation.


GALERIE

- Fin -

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2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

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