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La calbombe céladone de Patrick CINTAS
(1) Une nouvelle idée de dieu

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 Article publié le 19 avril 2015.

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Félicien de la Patte-en-Laire (façon quenelle), frère de sang d’Alphonse et de trois ans son aîné, m’a accordé un entretien dans les locaux secrets de la Quinzaine du XV, à Ragoute-de-Brebis… en France.

En effet, deux sujets d’actualité le turlupinaient et même le pinaient sans le turlu qui était de trop tellement il écumait.

Le premier, c’est la liberté de s’exprimer si possible librement, laquelle lui semble compromise comme il va nous le dire en détail.

Le second, c’est la liberté de participer au vote électoral, laquelle est remise en cause par les partisans nerveux de l’obligation.

Monsieur Félicien de la Pa…

— Appelez-moi Félicien. Ne faites pas de chichi !

— Félicien, mon ami…

— N’en faites pas trop quand même. On n’est pas du même bord. On se parle sur les rives opposées du fleuve qui ne mène nulle part…

— Félicien, tout court, l’attentat qui a coûté la vie aux esprits les plus récalcitrants de Charlie Hebdo, épargnant les moins réfractaires pour le plus grand bonheur des corps constitués, cet attentat horrible (j’ajoute cet adjectif pour qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions), cet horrible attentat a remis sur le tapis la question récurrente de la liberté d’expression dans un pays qui a connu pire. Qu’en pensez-vous ?

— Rien. Les choses sont ce qu’elles sont, un point c’est tout. Par contre, n’en pensant rien, d’une part parce que je m’en fous et d’autre part parce que ça ne me touche pas, j’ai toutefois ma petite idée là-dessus. Voyons voir : Charlie cultive l’injure avec brio et violence, l’une n’allant pas sans l’autre sinon ça ne se vend pas. C’est un journal d’audience nationale et ses patrons fréquentent le beau monde, si je puis m’exprimer ainsi, à qui appartient le pouvoir ainsi que les larbins qui les servent en pratiquant l’art de la politique et de l’escroquerie qui va avec sinon ce n’est plus de la politique. Charlie, libre de s’exprimer sans avoir à payer autrement que par son travail, reçoit toutes les aides que la Presse est en droit de réclamer. Or, voyons voir : Moi (nommons ainsi l’injurié par Charlie), je ne connais personne au gouvernement, je n’ai pas d’amis haut placés, etc. Vous voyez le genre… Donc, ne possédant rien qui m’aide au moins un peu à m’exprimer librement, j’ouvre un blog sur Internet. Et comme de juste, personne ne le lit. Or, je me suis exprimé. J’ai dit à quel point je ne suis pas d’accord avec Charlie. Et tout ça, pour rien. Donc, dirait le docteur Festus, je n’ai pas joui de ma liberté. Autrement dit, je l’ai perdue quelque part dans la complexité des finesses politiques et constituées qui font que Charlie peut dire ce qu’il veut sans se faire engueuler et que Moi, je la ferme par la force des choses. Et j’ai beau me casser le biniou, je ne dis rien ! Et ne disant rien, je perds ma liberté. À force, je m’énerve. Et je fais des conneries.

— Vous oubliez que dans ce pays, cher Félicien, on a le droit de voter pour qui on veut.

— Je ne l’oublie pas ! J’y pense tellement que je ne vote plus. Je ne donnerai plus ma voix à des salauds qui s’accrochent à leurs privilèges de classe.

— Vous vous privez ainsi vous-même de cette liberté qui vous tient à cœur !

— Mais je ne suis pas libre ! Charlie est libre ! Pas Moi !

— Puisque c’est ça, on va vous obliger à voter, sinon vous serez sanctionné.

— Dans ce cas, je voterai. Je ne tiens pas à jouer aux héros en payant une amende. Mais je voterai Front National rien que pour faire chier le gouvernement.

— Pourquoi ne pas voter blanc ? Vous êtes libre…

— Voter blanc c’est ne pas voter ! Or, si le vote est obligatoire, je veux voter ! Et je ferai bien gaffe à ne pas salir mon bulletin, des fois qu’il en devienne nul.

— Mais enfin… Imaginez qu’une partie des abstentionnistes actuels votent pour le Front National rien que pour emmerder le monde, alors le gouvernement devient pétainiste ! Elle deviendra quoi votre liberté ?

— La mienne ? Elle sera toujours aussi illusoire. Par contre, Charlie sera tué. Et cette fois, sans survivants.

— Ce que vous dites est horrible, Félicien ! Vous prétendez remplacer le terrorisme par la dictature ! Alors que c’est la même chose.

— Peut-être bien. Mais une fois Charlie mort et enterré, je n’aurai plus de raison de penser le contraire.

— C’est vous qui le dites ! On connaît votre capacité de résistance…

— Je prendrai la retraite avant. On peut très bien vivre sans Charlie. Voyons voir : sans Charlie, plus d’insultes. Sans insultes, chacun chez soi. Ce que fera le gouvernement des résistants ne me regarde pas.

— Je comprends, au fond…

— Voyons voir…

— C’est la privation d’une claire liberté d’expression, actuellement réservée aux privilégiés et, par délégation, à ceux qui votent, qui justifie le recours au meurtre. Mais tuer n’est pas acceptable. Le mieux est de voter pour le Front National. Alors pourquoi attendre que le vote devienne obligatoire ?

— C’est justement la question que je me posais hier, « entre évier et latrines à l’heure de la mise aux baquets des repas une fois ingurgités ».

— Vous délirez, Félicien ! Vous êtes fou !

— Je ne délire pas. Je ne suis pas fou. Je vous dis qu’on a réinventé les microbes afin d’imposer une nouvelle idée de dieu.

 

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