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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
Cette après-midi, on tuait...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

oOo

Cette après-midi, on tuait le taureau. Moment que don Felix
Gálvez Bonachera redoutait entre tous les temps morts de son
Existence de castrat. Le soleil empoisonnait l’air en compagnie

Des mouches. Il suivit les évolutions d’une libellule rouge
Qui se posa sur l’épaule de l’Homme. Quel privilège !
L’Homme laissa le bonheur perler sur ses lèvres. Taureau !

Ramirez rassemblait les témoignages dans le même dossier.
Presque un roman déjà, songea don Felix que la libellule
Harcelait du bout des ailes comme un défaut rétinien.

- Il vous est reproché 1) d’avoir montré votre sexe à des
Enfants (qui n’avaient rien demandé) 2) d’avoir abusé
D’une jeune fille qui a perdu sa virginité (ne précisons

Pas quand ni avec qui) 3) D’avoir volé du lait chez la Clara
Qui vous l’aurait donné (beau sein) 4) de ne rien posséder
Pour témoigner de votre sociabilité 5) de ressembler étrange

Ment à tous les hommes de ma connaissance (mettez cela
Entre parenthèses) 6) d’être une légende (celle du loup pro
Mise par les Hendayais) qui apporte de l’eau au moulin

Des fédéralistes sans parler des séparatistes 7) d’aimer
La seule femme qui le sait et pourquoi (Constance qui
Porte le nom de sa mère) 7 raisons de vous en vouloir

Et de commencer par vous le reprocher -

 

PRIÈRE DE DON FELIX

 

------------------------------------------- Ô Dieu
Qui aimez les hommes qui se reproduisent comme
Les animaux (car si les animaux sont mangés par

L’Homme, l’Homme ne mange pas de l’homme), Dieu
Qui sait tout de lui-même et n’en dit rien, Dieu du verbe
Donné à l’Homme pour qu’il y reconnaisse son maître,

Dieu des Rois promis aux nations ennemies que la terre
Nourrit malgré l’homme et contre l’idée de pensée, Dieu
Qui pousse le taureau et sauve l’Homme de la femme,

Dieu du cercle et du centre qui l’explique, Dieu donné
Par l’inexplicable et repris par le malheur, Dieu que j’aime
Comme si vous existiez de cette existence qui ne peut être

Que la nôtre mais que par un abus de langage nous étendons
À votre hypothèse, Dieu je t’adresse cette supplique : sauve
Cet Homme de l’homme et rend lui la parole au moins

Une seconde avant sa mort, afin que nous sachions qui
Nous avons tué.

----------------- - Il comprend, dit Ramirez, il comprend
Très bien ce qu’on lui dit et pourrait parler si on se servait

De sa langue. Il agita une électrode imaginaire et vit la
Libellule en même temps. Admiration. Enfant, il appelait
Les oiseaux qui ne venaient pas. Maintenant, il a un chien

Qui vient et un autre qui ne vient pas aussi facilement mais
Qui vient finalement. Un troisième chien n’a pas encore pris
La forme d’un chien mais aboie déjà. Riez, don Felix. Riez,

Car le moment est bien choisi pour s’abandonner aux petits
Plaisirs de l’existence, comme ces minimes satisfactions
Que la bêtise et la cruauté inspirent aux hommes qu’il vous

Arrive de juger ou d’absoudre. Ramirez frappa l’épaule
De l’Homme avec un journal et la libellule s’envola par mi
Racle. La voici sur le rideau, assez haut pour ne pas être atteinte

Par le journal mais pas à l’abri des insecticides que Ramirez
Nourrit dans son sein. L’Homme remplace le bonheur par la
Haine. Ramirez aime la victoire. Les gens sont liés, il le sait,

Jamais personne ne se libère assez pour gagner à tous les
Coups. Dans la rue, ici, ailleurs, les gens sont attachés à la
Vie et la vie les retient de...! de...! n’en parlons pas ! Ramirez

Attend toujours ce mot de trop, cette raison de s’en prendre
Une fois de plus à l’animal qui court dans l’homme quand
L’Homme est inspiré par sa nature de penseur libre et fou.

Ce n’est qu’une libellule. L’Homme ne mange pas de libelle
Lules. La libellule ne mange pas de l’homme. Au hasard
Des rencontres, elle se pose ou pas sur votre épaule et vous

Ressentez alors cette admiration ou la déception sournoise
De ne pas pouvoir admirer. L’écrasement, c’est autre chose.
Mais c’est encore la chance. Ramirez pose le dossier sur le

Bureau de don Felix qui regarde d’abord les photos qui ne
Prouvent rien, sauf que l’Homme a été un peu bousculé.
Qui me le reprochera ? À cinq heures et demie, le premier

Taureau meurt sans un cri. Encore cinq et c’en est fait
De cette mort qui ne dit rien de la vie et tout d’une existence
Supérieure. Il voit la photo de l’Homme dans la rue, avant

Que les femmes l’abandonnent. Laquelle croit encore en lui ?
Je crois que c’est complet, dit-il. Ramirez dit que c’est complet.
Qui ne le dira pas, à part l’avocat du diable, pour la forme ?

L’Homme ne sort pas sans jeter un oeil sur la libellule
Qui descend. Il lui dit, en langage libellule : ne descend pas !
L’Homme t’écrasera. Il attend le moment. Il ne sortira

Pas d’ici avant de t’avoir écrasée. Et la libellule obéit.
Elle ne descend plus. Ramirez pousse l’homme qui sort.
Dans la cour, les hommes jacassent sous les orangers.

Ils ne savent rien de la libellule, mais s’en doutent un
Peu. L’expérience de l’homme au contact de l’Homme.
Il n’y a rien comme l’expérience. Puis le taureau entre.

 

FRAGMENT D‘UNE LITTÉRATURE- JOURNALISTIQUE

 

Un taureau s’est échappé, franchissant la barrière d’un saut
Et écrasant plusieurs corps qu’on a transportés aussitôt dans
L’infirmerie où un picador soignait sa jambe percée au vin

Et à l’olive. Par la fenêtre, il reconnut le taureau et rappela
Philosophiquement que ce matin il avait prévenu El Cano
Que cet animal possédait la force que personne ne vainc

Avec une épée et un savoir de tueur. Il sourit malgré lui,
Malgré la compassion que lui inspirent les blessures des
Gens qui geignent en retenant le sang qui est toute la vie.

Retenez, retenez, il n’y a que le sang qui ressemble à la
Vie et il n’y a que la vie pour le reconnaître. Le taureau
Ne fuyait pas et l’Homme l’admira, reconnaissance que

Ramirez reconnut comme celle qui l’avait fait rougir à
Cause de la libellule sur l’épaule. Les choses se compliquent
Par l’élémentaire, ensuite on se met à penser et c’est

La vie qui devient invivable. Quelle confusion, ce taureau
Dans la rue et encore, nous parlons en tant que journaliste,
Parce que si les gens aimaient la poésie, ce serait presque

Beau ! Mais c’est tragique comme le quotidien un instant
Secoué par la beauté du geste. Le taureau transperce un ventre,
Brise une échine, crève une joue, sépare deux amants qui

Dormaient du même sommeil, et la rue se vide, prenant alors
Tout le sens qu’on lui souhaite quand le style devient triste
Ment évocateur des faits et des choses qui s’écartent pour

Laisser passer le taureau. Ramirez rassemble ses hommes,
Agitant son pistolet qui peut tuer le taureau s’il a de la chance
Mais le taureau entre et les hommes montent dans les orangers

Et les oranges amères tombent et se mettent à rouler. Nous
N’en savons pas plus pour l’instant. Nous attendons. Il se pas
Sera quelque chose si le taureau ne meurt pas avant. Signé :

Mon nom est mon nom et je suis ce que vous êtes, mortels !

L’Homme se retrouva face au taureau. Dans l’arbre, Ramirez
Pensa à la libellule et à l’épaule. Il fourguait son arme avec

Les manchettes de sa chemise. L’Homme voulait mourir
Maintenant. Lui qui n’avait tué personne ne tuerait plus.
Le taureau voyait le sang de sa propre gueule. Que voit

Le taureau dans le sang propre et rapide qui sort de lui
Même ? Il voit l’Homme et l’Homme le reconnaît. Don
Felix, à la fenêtre, ne dit rien non plus. Un seul homme

Demeure et il faut que ce soit celui-là ! Il continue sa

 

PRIÈRE

-------------- Dieu aime l’homme parce que c’est un animal
Amélioré. Ne cherchons-nous pas nous-mêmes à parfaire

L’homme ? Que fera l’Homme une fois que l’animal
Cessera d’exister en lui ? Notre combat est une croissance
De la connaissance, rien d’autre. Les Rois le savent, qui

Veulent savoir et interdire en même temps. Les Rois
Dont personne ne meurt et qui tuent l’homme dans l’Homme,
Les Rois ne sont pas taureaux. Ils sont libellules. Dieu

Qui donnez à l’homme l’occasion de s’émerveiller,
Comment expliquez-vous la peur autrement que par
L’animal ? Et comment la technologie autrement que par

L’Homme ? Je prierai jusqu’à ma dernière seconde qui
Sera la première.

--------------------------- Puis le taureau tue l’Homme. Cela
Ne dure pas une seconde. Il meurt en l’air, soulevé

Par la corne. Il meurt dans le silence même des hommes
Qui habitent les arbres pour l’instant (il n’y a pas d’autre
Solution). Le ciel est blanc comme un visage qui cesse

D’être celui d’un homme pour redevenir celui de la femme
Qui l’a conçue. Mais le cri, si c’est un cri cette libellule,
N’est pas le même cri, ce n’est pas un cri de guerre contre

Le père, le cri ne dit rien, ne rappelle rien, il est en avance.

 

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