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Histoire de Jéhan Babelin 46
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 Article publié le 25 novembre 2018.

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Le cadavre de mon voisin
Gisait sur la pelouse
De son jardin d’agrément.
Surpris par la vivacité
De ma première sortie.
Figé dans l’herbe grasse
De sa retraite et de ses nuits.
Le regard encore occupé
A regarder de mon côté.
La bouche pliée à angle droit
Sur le dernier mot vivant
De sa vie ordinaire de langue
Morte, passage des cimes.
Je l’enjambais sans rien en dire.
Plus loin montait son escalier.
J’en gravis toutes les marches.
La porte était ouverte
A tous les vents. Il ventait.
J’entrai dans cet intérieur
Comme j’étais sorti à l’extérieur,
Juste pour me faire une idée
Du probable et de l’improbable.
La rumeur voulait encore
Que je fusse conçu là-dedans
Entre le mur et le sofa,
Face à la télé surmontée d’un oiseau
Qui ressemblait étrangement
A celui que j’avais perdu,
Preuve qu’on a toujours raison
D’accorder de l’importance
Même au plus petit détail
De l’aventure et de ses dieux.
Je m’assis dans le sofa de soie.
Cette seule idée provoqua
Une formidable érection,
Mais je me retins d’ensemencer
Ce territoire encore secret.
D’ailleurs le chien n’était pas mort.
Il était entré lui aussi,
Juste pour voir si je disais juste
Au moment d’en savoir plus.
Il entra sur deux pattes,
Celle de devant, vertes et poilues,
Car c’était un acrobate hors norme.
Il gesticula au bord d’un tapis,
Funambule des angles morts
Et de la poussière qui va avec.
Je n’étais plus seul sans doute.
Mais un chien de compagnie
Meuble-t-il le néant qui jouxte
Le terrain des jeux solitaires ?
Tu n’aboieras point, disait Moïse.
Et il s’en tint à ce principe,
Tant et si bien que j’ensemençai
Une guitare qui m’avait joué
Entre les cuisses de ma mère
A l’époque où elle se cherchait
Pour ne pas se retrouver seule.
Quel poète n’a pas vécu
De pareils moments cruciaux ?
Le chien me suivait pas à pas
Comme j’avais suivi la mort.
J’étais peut-être sa mort après tout,
Non pas que j’éprouvasse le désir
De la tuer comme on tue le dernier,
Mais j’avançais en terrain inconnu.
Je trouvais le plat de pommes frites,
Les beignets arabes et le vin.
Je me sentais heureux d’être vivant
Et de pouvoir mourir à tout instant.
Où donc avais-je rencontré cet oiseau ?
Quel malheur annonçait son envol ?
Oiseau de mes premiers instants
Et d’autres instants moins enfantins.
Je le voyais alors qu’il n’existait plus.
Et le chien levait aussi la tête
Pour le voir voler comme un avion
De combat dans un film épique.
Étions-nous vraiment si seuls que ça ?
Et si nous ne l’étions pas,
Quelle créature avions-nous conçue ?

 

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