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Seriatim 2
Seriatim 2 - Côté nord l’herbe se morfond (Patrick Cintas)

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 Article publié le 23 février 2020.

oOo

Ici !

Côté nord l’herbe se morfond

Dans le gel.

Suffit pas de se pencher à la fenêtre

Pour tomber.

Écartement des rideaux sur la façade

Percée d’un seul trou : lueur de lampe.

« Si vous avez quelque chose à dire,

Dites-le.

 » Mais nous ne parlons pas la même

Langue.

Ce goût pour les mythes anciens.

La cuisse nue d’une déesse toujours.

Passant sous l’arche des pommiers

Les mains dans les poches et l’air

De ne pas habiter ici comme les

Autres. Plus loin on bine ou la terre

Se laisse regarder. Au sud la lumière

Efface les ombres une à une au passage

. « Vous ne reviendrez pas, n’est-ce pas ?

Vous vous êtes tellement ennuyé… Pas

Seul mais l’ennui est arrivé après vous.

Vous ne reviendrez pas cette fois » .

Non. Pas cette fois. Ici. Avec le vent

Qui a chassé la pluie venu pour voir

Si rien n’a changé n’a au moins vécu

Plus que je n’ai su y vivre moi-même.

 

Ici !

Claquemuré entre dosseret et pied de lit le vent

À la fenêtre pour une fois sans la pluie et l’air

Saturé de sel et de peau / Vous n’existiez plus.

 

Sérénade des barques retournées

Dans le sable les câbles sciant

La surface peignée une fois de plus

Pour recevoir la lumière des néons.

Nous ne sommes pas d’ici ce soir.

Tout l’avenir devant soi et rien

Pour en mesurer les angoisses.

Trop jeune ici ! Lampions de papier

Sur les fils que lorgnent des arondes.

Cette crasse des trottoirs malgré tout.

Tables positionnées selon les lois

Imposées par la tradition ou le jeu.

Le génie cède la place à l’ivresse.

« Ainsi tu seras toujours heureux

D’être ce que tu es et ce que tu donnes.

Ne va pas plus loin que l’ombre cependant.

Conseil d’ami. » Hédonistes ratés

Et disciples de la joie en une seule

Personne nommée en attendant

Que la nuit n’en revienne pas elle

Non plus. Nous n’irons pas plus loin

Que cette eau infinie s’il s’agit

De revenir avant d’avoir trouvé le lieu :

Ici ! Le sang sous pression une fois

Vaincue la peur d’avoir perdu ce qui

Était gagné d’avance : cet or paternel

Fécondé par n’importe quelle femme.

 

Paresse des lecteurs qui se targuent d’écrire : Mort

D’une certaine façon d’écrire / qui n’appartient plus

Au temps / qui ne s’écrit plus avec les autres : joie

Des frontons sans spectateurs : cet or paternel

Refondu avec le verre : au creux d’un coquillage

Trouvé au hasard des promenades : façonné par

La pratique de l’eau et de ses courses folles d’un

Bout à l’autre du monde connu : de tous et de

Chacun : ce monde qui n’est pas fait pour toi :

Comme s’il s’agissait d’être finalement fait pour

Lui : une mouette aux plumes arrachées par

La roche : elle plonge et revient sans le bec.

Ici ! Pas ailleurs et pourtant : j’ai le sentiment

De ne pas reconnaître les lieux : l’habitude

Sans doute. Une fontaine aux coulures métal

Métalliques. Que le troupeau des producteurs

S’y abreuve : pendant que je visite leurs rues

Désertées juste le temps d’assister au feu

Feu d’artifice : un toro me rejoint mais éteint,

Avec l’homme qui le porte : « Vous ne buvez pas ?

Je ne vous ai pas vu boire comme les autres.

Il faut connaître l’ivresse pour savoir enfin

Ce que c’est que la joie. Des filles vous le diront

Mieux que moi. J’en ai deux mais pas de fils.

Enculez-moi si c’est ce que vous cherchez ici. »

 

Fontaine des fusions sommaires.

 

Pas d’ombres sans lumière

Sur la toile conquise.

Un alignement de balcons

Miroite comme la mer

Qui propose son horizon.

Corps de l’oubli et de la joie

Qui va avec et sans raison

De croire qu’on a tort

D’être venu pour ne pas

Se distinguer : cruauté

Des traces de portraits

Au-dessus des chiottes.

Toujours les mêmes mots.

Mais la joie coule des fontaines

Comme les lexiques de la nécessité

De ressembler au bonheur des spots.

« Que ne suis-je venu plus tôt !

Avec ou sans vous mais plus tôt !

Tout ce temps perdu à me demander

Si j’étais faite pour aimer l’homme

Ou l’enfant qu’il porte en lui comme

Je retiens le monde par son Dieu ! »

 

Que l’écaille te donne la leçon que tu mérites !

 

Nous aurons le temps d’une zarzuela.

Temps de nous livrer corps et âme

À la devineresse du parc d’attraction.

Bottines des danseuses nues, plancher

Des pistes conçues pour étourdir si

Jamais la joie ne suffit pas à convaincre

Son homme ou sa femme si l’enfant

Est encore à concevoir : le riz brûle

La langue et les dents rient à notre place !

Tarot sur canapé, l’olive grassouillette

Au bout du palillo. « D’où reviens-tu,

Triste messager que je n’ai pas évité

Dans le métro à l’heure de la joie en route

Pour le bercail et sa télé ? » Lèvres

Huileuses aux traces d’écailles. Baiser

De circonstance. « Il est trop tard !

— Tu veux dire : Il est tard… ?

— Non, j’ai dit : trop tard et je signe ! »

Cliquetis des coquilles vides du poème

En paella carrossée au marteau, ici !

 

« Nos plus belles années sans une seule photo…

Tu écrivais sur le dos des bossus / cuisses des

Cigarières / mains des ravaudeuses / genoux

Des curés / Comment appelles-tu ces fragments

Déjà ? Tu écrivais dans la fièvre / sans joie ni

Plaisir / ni verre à proximité / ou autre chose

De plus phénoménal / écrivais des histoires

Sur les lèvres des passantes / aux vitrines

Donnant ton reflet transparent / nos plus

Belles années ensemble / sans photos maintenant

/ des années sans ivresse / au mur le grand projet

Qui contient mieux que la bouteille des marins /

Mieux et sans joie / sans ses serviteurs cloués

Comme Ulysse sans voix : je ne te reconnais plus.

Et je n’en ai pas connu d’autres : / au diable

La mort en salle / je ne danse plus : je m’en vais »

 

/ au dos d’une carte postale :

Signée luce ou autre chose :

Des empreintes de ses doigts

Sur le glaçage / ça ne sent rien

Que la couleur / des herbes folles

Versent sur les murs / chapeaux :

Entre un verre d’eau et un café /

« Je ne sais pas si je pourrais t’ou

T’oublier aussi facilement que tu

Que tu dis / non je n’en sais rien ! »

Mais t’ai-je jamais posé la question ?

 

Sappho en habits de servante au bar

Dit bon coin pour ne plus y penser mais

Y pensez-vous dans le métro au frottement

Des couleurs ? Je ne vous avais pas imaginée

Dans cette tenue : servez-moi du vin si

J’ai dit ce qu’il fallait retenir au bout du vers.

En habits ou à poil sur la plage filant

Comme un animal poursuivi par son

Prédateur attitré : bon coin pour oublier

Qu’on n’était pas venu pour ça : hasard

Des rencontres : que voulez-vous c’est le

Le hasard qui me joue sur le tapis de vos

Grâces / écrivais dans la gibbosité plutôt

Que dessus : sur la scène des filles nues

/ le jeu pour elles consistant à écarter

Les genoux pour saisir les billets mais sans

Laisser tomber ceux qui s’y trouvaient

Coincés déjà : sinon c’était perdu / avec l’aide

D’un peu de salive : « Voulez-vous gagner

Encore ? » / écrivais sur la mort des habitants

De la rue : cette crasse qui s’ajoute à la crasse

/ et sur la plage poursuivais l’animale en fuite.

 

Comme la vie est belle

Quand tu es moche !

 

J’ai perdu au tric trac

Le ciel de mes poèmes.

 

Gazouillez les oiseaux /

Aboyez les bâtards /

 

À force de lécher

On n’a plus faim de soi.

 

« Répétez avec moi :

Ce que je perds y gagne

En raison de se taire.

 

Là-bas c’est l’horizon

Et ici je m’en vais.

 

Pas plus loin que ton ventre,

Ou ton cul si je mens.

 

Grince du bec un merle

Dans la nuit sans lunaires.

 

Lon laire ! »

 

 

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