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Seriatim 2
Seriatim 2 - invasion paronyme d’évasion (Patrick Cintas)

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 Article publié le 8 novembre 2020.

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invasion paronyme d’évasion : au sommet

Ces oiseaux qui naissent et qui meurent sans

Nous / gravissant des chemins de roche et

De broussaille / le ciel sans équation nature :

 

« je suis venu pour prendre des nouvelles »

Dehors les cannes et les bâtons « appelle-

moi comme tu m’appelais » / qu’est-ce donc

Ce poème qui demande à être déchiffré ?

 

« ici est mort ton chien et là le meilleur

de ta Race » / toiture romaine par la tuile

et sans doute aussi par le châtaignier /

Poussant la porte il voit la nuit d’hier.

 

Oiseaux et chats en ritournelle au poète

Arrêté par le manque de sommeil / « hier

ne sera jamais demain » / importance du

Sexe comme pratique de la mesure à donner.

 

Quel humour ces murs ! Et ce faîtage plié

Aux normes de l’arbre nu ! « ne viens plus

si c’est pour critiquer » / au mousse perd

La tête et retrouve la chaleur de son lit.

 

Glaciations aussi

Vents du Nord et

Ubacs des animaux

Perdus au jeu de rôle

 

Crâne saignant au granit

La clôture est l’enjeu

Ces gouttes acquises

Et toute cette jeunesse

 

Vieille jupe aux lueurs

De sa cheminée d’été

Car le temps change

Au gré des constantes

 

Chat des genoux et des épaules

 

« je ne suis pas venu pour tout recommencer.

je ne connais que cette suite en mi bémol majeur.

la poussière des génoises, les fientes d’hirondelles,

les traces de la couleuvre entre les pans et cette

femme que tu n’as pas connue car elle appartenait

alors à une autre race de conquérants / du Nord

au Sud les tertres en réseau / ces noms qui ne sont

pas les miens / rosier des fondations si vieux que

sa floraison envahit l’escalier des greniers / enfant

tu trouvais aujourd’hui tu cherches / l’oubli semble

majeur et la chanson à la mode ou pas / question

de temps / en étranger le temps / l’un à l’autre

épistolaires et approximatifs / comme si le roman

rencontrait sa fin au lieu de la préparer / venu oui

mais pas pour ça : ni revoir ce que poussière et

patine retiennent à la surface : ta surface de pierre »

 

La mort aurait un charme d’antan

Si j’ai bien compris ce que tu dis

Maintenant qu’il est trop tard pour

Aimer comme croissent les printemps.

 

L’Histoire veut des croix vieilles et torses.

La glaise des allées a mangé son gravier.

 

L’or même connaît des oxydations en creux.

 

Qui n’a pas souri en retrouvant la mémoire ?

 

« je t’ai connu fidèle à l’écorce »

Certes les surfaces de ces enjeux

Et les courses à la Lune des rivières.

Ce sont mes pieds qui croisent mes pas.

« quelle étrange sensation te revoir ! »

Même éclat du verre dépoli par la vague

Et le sable associés.

Mêmes repères après l’écume sonore.

Ces bois sans écorces, couchés comme morts,

En croix ou alignés aux limites.

Le chien étonne le coquillage ou le contraire.

Qui habite qui une fois que le testament

Révèle quelques erreurs de versification ?

Ces fers qui retiennent encore, nœuds vivaces

Aux poulies noires de graisse, ces enfants

Dans l’eau qui ne les nourrit plus, ce que

Nous avons contribué à changer sans crier

Gare, les blockhaus de l’orgasme et de la peur.

 

La possibilité de la langue

N’est pas joué aux dés.

 

Assailli, il ploie. Il écrit à son fils

Caché. Il ne sort plus le matin.

Le soleil a changé à ce point.

Il écrit que tout va bien pour lui.

 

Possibilité de dire et surtout

De redire.

 

Plié il geint. Il flotte aussi

Comme odeur dans l’air.

Craint la fenêtre ouverte

Mais ne sort pas du lit.

 

Quelle angoisse, mes vieux !

Je ne sais plus si c’est encore

Possible, et ainsi s’adonne

Aux missels des pauvres.

 

Cette fois les mots ont un sens.

 

Mais qui n’en a pas ?

Qui parmi eux ?

Qui se tait ?

 

Partirait bien à sa recherche.

Mais il se met à pleuvoir.

L’autan est noir ce matin.

La montagne me l’avait dit

Hier, avant que je me couche.

 

Glaise aux herbes rares des perpendicularités.

On y jette des corolles ensoleillées comme qui

Ne regarde pas à la dépense en ces nuits de veille.

Fatigué d’Histoire et de Géographie, de Politique

Aux autels du Savoir, et de tant de Majuscules

Acquises non dans l’action mais par paralysie.

 

Angles sévères aux courbes de corps à portée,

Voilà ce que sont ces tombes et les visites sont

Payantes depuis que l’idée même de Dieu

N’effleure plus l’esprit, crasse des oreilles

Aux enfances de cire, abeilles des ruches folles.

 

Plus loin la terre descend en mottes jaunes

Vers des plages de feu, soleil revenu en étranger

Pour tout le monde ! Y compris les visiteurs

Transparents — un pissenlit dialogue en racinien

Avec le souci venu en véhicule, poussées des vols.

 

Invasion/évasion des courses folles.

Qui n’est pas nu dans ces conditions ?

Entre terre et ciel tout se passe, rien

N’arrive et les messages se perdent

Ou perdent leur sens, leur portée

D’infini, croissance des semblables.

 

Les logis descendent avec la pente.

La ruine ne lutte pas, extase sommaire

Des lieux, « je suis venu pour te voir,

te voir et te parler, te parler et te dire

que je n’ai pas oublié ce que j’étais

venu chercher sans toi » / traces de tuiles.

 

Il monte nu et redescend à l’adret, seul

Et pas mécontent de l’être vraiment, gai

Au mot qui vient avec la langue, connaît

La lumière et ne s’en étonne pas autant

Que toi : je sais pourquoi il est venu, moi.

 

Carcasses des temps encore à venir au

Seuil, il n’y a rien à explorer, sinon en jouir

Et peut-être en témoigner en soignant

L’expression selon les usages les mieux

Partagés, histoire de n’être pas venu pour rien.

 

À portée de la main les choses.

L’Homme les a conservées en jaloux

Et en hypocrite, sans veille du temps.

La pierre connaît le fil et le fil son métal.

Cul-de-sac des aphorismes en beauté.

Qui connaît meilleure expression en vers ?

Le temps impose des épisodes et l’art

Veut des tragédies avec leurs comédies

En entracte, comme tu files ta laine.

Les choses ne sont pas loin de soi.

On en connaît les propriétaires comme

Si on était déjà venu, visiteur impatient.

Feu des cuissons et des regards dans l’ombre.

Le chat que tu caresses est mort depuis

Longtemps, l’évier est encore gras, presque

Humide, le four contient des enfances

Sucrées, la chair sent l’ail et le vinaigre.

 

« je suis faite pour toi » et elle répète

La leçon en espérant ne pas trop crier

Le moment venu, espoir des rues désertes.

 

« ne goûte plus, prends ! »

 

« j’ai appris à rimer en rimant »

On usine mieux à la maison, vieux.

Ça grinche aussi sans résonnance.

Qui n’a pas tenté un refrain, au

Moins le temps de ne plus y penser ?

Ouvrager les meubles et les stucs

De la maison bourgeoise à la peine.

En ouvrier comme en artiste, mort

De fatigue au point d’oublier la douleur.

En chemin le poil des joues repousse.

Et dans le cercueil on devient barbu.

« je vais au bal pour connaître le monde »

Promis de s’en tenir à un verre et pas plus.

Pas tacher le col de la chemise et veiller

À ne pas égarer les boutons dans la lutte.

« j’en ai appris des choses quand j’étais

jeune et maintenant les choses riment

à quelque chose » / patiente l’existence

À usiner la ressemblance, patiente avec

Style si on aime les traversées géographiques.

Dans la rue les poubelles s’enracinent.

Le pavé s’use comme les semelles.

Question de temps sur le tapis des jeux.

Au bal s’en va gaîment la clope au bec.

Connaît les bifurcations et les angles morts.

Retrouve les degrés de sa foi en l’homme.

« quelque part et en un temps qu’hélas

je ne connaîtrai pas car je suis trop jeune »

Mais y court, et vite encore, le fer à la semelle

Et le mors au dents / agile comme l’animal

Qu’il n’est plus / gardien jaloux et hypocrite.

 

Écrit enfin à son fils :

Tu sais (ou tu ne sais pas)

Que tout est permis ici

Et que l’art consiste

À éviter les ennuis.

Je n’ai jamais aimé personne.

Je reviens pour revenir,

Des fois on ne sait jamais

Que j’aie perdu quelque chose

Avant de prendre le large.

Je ne sais pas sous la table

Ou dans les mêmes draps.

Avec ou sans rime, une trace

D’escargot, une goutte de sang,

Le cri d’une blessure, la foi.

J’écris pour ne pas le dire.

Et au lieu de signer il caresse l’écriture,

À peine ce relief et ces creux, non pas

L’écrit mais ce que ça voulait dire

Au moment d’y penser, un jour de pluie

Et d’escale.

 

 

 

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