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Adèle
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 Article publié le 13 juin 2021.

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De mes songes de mes tourments

Elle chassait les hirondelles

Me tirait de ma citadelle

A tous propos à tout moment

 

Elle est morte elle est morte Adèle

Elle aimait trop la mortadelle

 

Lorsque je m’éveillais content

Elle dilapidait hors d’elle

Mes économies de chandelles

De mots de fatigue de temps

 

Elle est morte elle est morte Adèle

Elle aimait trop la mortadelle

 

Comment peut-on impunément

Préférer Madame une telle

Des saucissons à des fidèles

A des impétueux amants

 

Elle est morte elle est morte Adèle

Elle aimait trop la mortadelle

 

Sous cette pierre aux quatre vents

Dans un flot de rouges dentelles

Gît en morceaux la pauvre Adèle

Charcutière de son vivant

 

Elle est morte elle est morte Adèle

Je l’ai découpée en rondelles

 

Elle est morte elle est morte Adèle

Elle aimait trop la mortadelle

Et pas assez la bagatelle

Mais je la regrette souvent

 

 

 

Robert VITTON 1993

 

Extrait de La Gueuse parfumée

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Commentaires :

  Adèle par Lalande patrick


  Adèle par Catherine Andrieu

Ce poème, à la fois grinçant et mélancolique, joue sur une ironie noire qui oscille entre légèreté absurde et tragédie grotesque. Il y a quelque chose de l’ordre du vaudeville macabre, une ritournelle presque enfantine qui contraste avec l’horreur du récit. La scansion répétitive du refrain – “Elle est morte elle est morte Adèle” – donne au poème une allure de comptine funèbre, une berceuse pour l’irréparable.

Adèle, personnage fantasque et insaisissable, semble hanter le poète bien après sa disparition, non pas tant pour son absence que pour son irréductible préférence pour la mortadelle – cette charcuterie triviale et si peu romantique. L’amour et la nourriture s’entrelacent dans une parodie de rivalité : la sensualité de la chair n’est pas celle que l’amant aurait espérée. Il en découle une jalousie dérisoire, une rancune absurde qui culmine dans une mise à mort métaphorique ou réelle, où Adèle finit non seulement morte, mais tranchée en fines lamelles. L’amour s’est fait cuisine, et la vengeance un art de la découpe.

Ce poème évoque l’ombre d’Apollinaire, avec cette façon de mêler trivialité du quotidien et tragédie amoureuse. On pense aussi aux complaintes de Gainsbourg, où la légèreté de la mélodie dissimule des gouffres sous-jacents. Mais ici, point de regret lyrique : la conclusion admet une tendresse résiduelle, presque une lassitude – “Mais je la regrette souvent” – comme si, au bout du compte, même la mort ne suffisait pas à apaiser l’amertume de l’abandon.

C’est un poème où l’humour noir sert d’exorcisme, où l’amour déçu trouve son exutoire dans l’absurde, où la mémoire elle-même devient un refrain entêtant, impossible à digérer.


 

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