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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
Peintre du dimanche

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 Article publié le 3 octobre 2012.

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Il était heureux cette après-midi là. Il sautilla devant des enfants, ce qui ne les amusa pas, mais il s’émerveilla d’en avoir eu l’idée et d’être passé à l’acte. Ce matin, il avait enfin gagné. Du coup, il avait mangé avec appétit. Certes, personne n’avait accompagné cette solitude de la joie retenue pour ne pas se faire remarquer des clients habituels qui n’avaient pas l’habitude de l’expansion en matière de bonheur. Il acheva un repas modique, mais apprécié de l’intérieur sans le moindre dépassement de signe. Dehors, il eut envie de s’amuser de la naïveté des enfants et il exécuta deux entrelacs compliqués qui les déroutèrent. Au passage, il leur confisqua le ballon. Il le shoota plus loin pour l’envoyer par-dessus les feuillages du jardin public. « Allez ! Hop ! pensa-t-il. Je cherche à me faire engueuler. » Il abandonna sa veste de laine sur un banc. La chaleur devenait un sujet de conversation. Il s’arrêta pour les écouter. Ces banalités l’enchantèrent. Il se retint de participer. Il n’avait pas le chic pour demeurer à leur niveau. Il avait vite fait de les décontenancer. « Vous oubliez votre veste ! » Il fit signe qu’il ne l’oubliait pas. Un signe de trop. Ils étaient incapables de comprendre. Il venait de leur compliquer l’existence. Cela ne durerait pas. Ils mettaient fin à leur stupeur avec une facilité qui devait leur être naturelle, sinon ils ne l’auraient pas acquise. En chemise, il atteignit le fleuve à proximité du pont qu’il était venu voir encore. Il ne se lassait pas de cette architecture mathématiquement conçue. Sous les arches, une lumière s’appuyait sur l’eau pour rebondir dans les fenêtres des péniches. Il n’y avait jamais personne. En tout cas, il n’avait pas trouvé le moyen de vider les lieux comme cela était possible dans un tableau peint en dehors de toute idée géométrique du paysage, même avec un pont qui le traverse comme un horizon. « Vous ne serez jamais seul, à moins de… » Il y songeait. Il avait suffisamment gagné ce matin pour essayer. Une victoire, quelle qu’elle soit, même aussi désuète qu’une médaille, est une avancée dans le champ des possibilités. Rien n’avait été possible jusqu’à ce matin. Il avait tellement espéré ce moment ! Il était arrivé sans prévenir. Se serait-il levé ce matin s’il avait su qu’une victoire l’attendait quelques heures plus tard ? Il aurait attendu sur place, dans le lit, et rien peut-être ne serait arrivé. « Je suis surpris… avait-il ânonné. — Ne le soyez pas et bonne chance ! » Cela ne changeait pas vraiment les choses. Cela venait de s’ajouter. Un détail qu’il s’agissait maintenant de placer dans le tableau en préparation. Le fleuve. Le pont. Les voitures. Les promeneurs et ceux qui vont vite. Et la ville qui attend, qui semble attendre ce détail signifiant, cette différence de parcours, ce rehaut exhaustif.

 

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