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Goruriennes (Patrick Cintas)
Exister avec au moins une chance d’en témoigner

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 Article publié le 25 février 2013.

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S’il avait lu mon rapport, comme il le prétendait, il avait noté mon côté amateur, celui qui n’apparaît que dans mes rapports, en marge des conclusions que j’assène à la société et à ses existences prolifiques ou rien. Voilà où j’en étais. Voilà d’où je ne sortais pas. Et voilà pourquoi. Kikenveudmésalad ?

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Je savais bien où ils en étaient. Tu te lèves le matin sans te demander ce que ça va te coûter et tu continues sans regarder à la dépense. À ce train-là, ce sont les autres qui s’usent et qui finissent par ne plus servir à rien. Ça t’empêche pas de mourir, d’accord, mais sans souffrances qu’on pourrait qualifier d’inutiles si on servait à rien !

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J’ai jamais vu une femme perdre patience avant que ce soit le moment.

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On pratique l’homophilie pour tromper les autorités. Sans amour, on devient triste et ils finiraient par poser les bonnes questions.

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Il y avait du monde ! C’était peut-être LE Monde ! On m’a déjà fait le coup !

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Deux segments de mon existence cohabitaient dans deux endroits différents. J’suis pas doué pour les complications temporelles. J’ai besoin de concret pour comprendre et saisir.

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On n’a jamais quitté ce qu’on retrouve avec une joie telle que le Monde paraît dérisoire et la vie exubérante comme la foison des rêves qui la fonde.

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Je suis venu détruire le corps de mon ennemi… J’ai jamais saisi l’importance de la modération, d’autant que dans cette société de merde, les modérateurs ont l’esprit aussi tordu que le mien, mais dans l’autre sens. Après tout, je fais le mal en exerçant la violence, ce qui vaut toujours mieux que de le faire sournoisement. Les serviteurs de l’État, de l’Administration et de la Justice savent de quoi je parle. Un magistrat qui envoie les innocents au suicide est assez lâche pour ne pas reconnaître sa responsabilité ni s’excuser en dehors des procédures qui protègent sa sinistre corporation de foireux de l’honneur et du bien. Un autre balance des gosses en prison parce que leurs jets de pierre ont accidentellement causé la mort d’une autre enfant qui aurait sans doute fait la même chose, mais sans tuer personne. Et on n’inquiète pas le poivrot qui fait la même chose avec une bagnole ou le patron qui réduit le capital humain à la mendicité et à l’exploitation de ses enfants qui deviendront grands eux aussi. Ces crapules du bon sens me servent de contre-exemple une ou deux fois par mois et j’exprime ma joie en m’en prenant au corps d’un ennemi qui a peut-être été mon ami ou le sera possiblement demain.

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Voilà bien la meilleure manière de gagner beaucoup plus que ce qu’on perd connement. Mais je ne vais pas plus loin. Je sais pas aller plus loin. Je deviens flic par inaptitude à être un homme qui prend en main son destin mesuré à l’aulne du temps et non pas de cet instant qui cloue le bec aux concitoyens larvaires que je traite comme des frères uniquement parce qu’on a un point commun : la trouille, les affres de l’occupation, la hantise de la torture ou pire du bannissement, le domicile fixe dehors et la nourriture des restes, la lente détérioration des organes et la pensée obsessionnelle qui donne son avis dans un délire dont personne n’a aucune chance de comprendre la priorité.

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Comment voulez-vous qu’on progresse avec des juges péteux et des bougnats illicites ? Les uns ne s’excusent jamais et les autres font baisser les prix. On trinque.

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Les rues se remplissaient de haine et d’indifférence, ce qui ne constitue pas autant de délits.

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Ses yeux appartenaient à un type qui comprend parfaitement deux ou trois choses qui lui permettent de gagner sa vie et rien à tout le reste qui est peut-être ce qui pour vous a le plus d’importance. D’oùles chocs frontaux et le déséquilibre des forces.

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Lui derrière une grille, moi en plein air et sans doute en pleine lumière. J’acceptaisle deal sans enthousiasme. Voilà comment ça commence.

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J’étais pas mécontent d’ailleurs de perdre ce qui me restait d’intelligence au profit d’une existence monotone peut-être, mais pas si différente de celle à laquelle je m’étais habitué depuis que l’enfant était mort en moi.

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Que faisait-elle des minutes ? Ce qu’elle voulait, je suppose. Et ça ne me disait pas grand-chose sur le personnage.

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Quelquefois, les circonstances posent les questions à votre place, parce qu’évidemment, on est encore dans l’humilité et le doute.

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J’avais encore de l’avenir, même si l’enfant que j’avais été n’était plus de ce Monde. On peut pas tout avoir et rien payer, comme dit la sagesse populaire.

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J’avais une vie pas très utile à l’existence et pas les moyens de m’en passer pour monter d’un étage. Je sortais de l’enfance.

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Je comptais bien m’en aller sans souffrances inutiles. Et aller nulle part pour satisfaire mes convictions.

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Je pouvais passer une bonne nuit avec cet enfant qui respirait à peine tant il était nouveau. Il avait pas encore compris qu’il faut respirer à plein poumon cet air saturé de fausses nouvelles et de promesses illusoires. Il faut le respirer à fond pour apprécier la détresse de l’être et la prépondérance de l’inhumain. Mais qu’est-ce que je vais faire de ce gosse qui croit tout savoir parce qu’il se sent lutter contre un Monde qui ne lui montre que le bout de son nez ?

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Ya une sacrée différence entre travailler pour et travailler avec. Moije travaillais sans et rarement contre.

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J’en ai eu des tas, de ces moments qu’il faut passer entre les autres moments. J’appelle pas ça l’attente, parce que l’attente, elle est merveilleuse ou ce n’est pas de l’attente, c’est de l’espoir.

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On se fait pas. On se défait même, si on a eu la chance d’être construit par des parents aimables. Mais ils n’ont pas tous la chance de voir leur enfant réussir là où ils ont échoué, alors ils se font rares, les parents aimables.

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Les aventures sont semées d’embûches, sinon il paraît que ce sont pas des aventures, mais des circonstances. Je veux bien apprécier la nuance à condition qu’on me demande pas de dire ce que j’en pense.

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Posée comme ça, la question faisait douter de ma santé, mais je me comprenais, je comprenais ce type sans qui je ne suis plus qu’un personnage et le Monde un prétexte.

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Laisse tomber ce que tu aimes si tu veux manger à ta faim.

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Coller, c’est son métier, du moins en surface. Moi, j’étais un emmerdeur, en profondeur. On n’était pas fait pour vivre ensemble.

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La révolte maintenant, moi qui ai toujours respecté le silence des autres !

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Normalement, on se pique avant de piquer les autres, s’il en reste. Et si on les pique avant, c’est pour mieux se piquer, avec la bonne cette fois. Voilàce que tout le monde peut comprendre.

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Je débarquais, moi, à cette époque-là, et mon idée nationale n’allait pas plus loin que la peur de l’inconnu. J’avais tout lu sur le sujet. Si t’as pas peur de l’autre, c’est que tu n’y crois pas.

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Pourquoi avais-je sombré dans cet oubli qu’on ne peut pas confondre avec l’amnésie parce que ce n’est pas un symptôme, mais un agent de la Réalité.

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Les Révélations appartenaient au cycle des Crimes contre l’Humanité parce qu’elles en avaient toutes favorisé l’apparition aux points clés de l’Histoire.

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Je sentais la substance, ses effets destructeurs de l’inutile qui peuvent donner l’impression de pouvoir créer à son tour. S’il s’agissait de passer après le Dieu de la doctrine officielle, c’était le meilleur moyen d’exister avec au moins une chance d’en témoigner.

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Ça sent la merde dans l’intervalle qui construit leurs discours sur la personne.

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On ne revenait pas sans cette autopsie de la molécule vitale. C’était perdre un temps fou pour ne pas perdre la face et l’économie souterraine de cette face montrée au Monde pour ne pas se laisser dominer patriotiquement.

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Donc, je communiquais. C’était une bonne nouvelle. J’étais sûr qu’il y avait d’autres nouvelles assez bonnes pour établir les bases solides de l’extase. J’essayais de mettre de l’ordre à l’intérieur, sachant que mes chances de revivre dehors se limitaient à la paralysie totale et donc à la dépendance sur tous les plans de l’existence. Qu’est-ce que je possédais qui ne pouvait pas m’être totalement arraché ? L’enfant, l’homme, l’erreur initiale et l’aventure qui se termine mal. Avec ça, je pouvais amuser la galerie et en profiter pour dénoncer les aspects destructeurs de la Réalité. J’écouterais aussi les échos, à travers des murs si c’était ce qui m’attendait en cas de survie. « Ils » ne reconstruisaient pas ce qu’ « ils » avaient déconstruit selon une méthode irréversible. J’attendis longtemps.

 

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