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Goruriennes (Patrick Cintas)
Pas facile à reconstruire pour que tout le Monde comprenne

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 Article publié le 5 mai 2013.

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Des humoristes. Des cons que les cadavres amusent à force de s’emmerder. Je pétais pour montrer que j’avais la même éducation à l’origine, mais que j’avais fait d’autres choix pour me distinguer du commun des mortels. Je sentais qu’on m’allégeait. En temps de guerre, « ils » démolissent les statues pour en faire des canons. Je tenais à mon Métal, sauf si c’était pour une bonne cause toujours.

*

J’en ai tellement, des détails, que mon histoire n’a pas besoin d’être écrite.

*

— Vous serez expédié ad infinito. C’est un long voyage, je sais.

Il savait rien. Il restait ad omsuitum pendant que le vrai Frank Chercos pourrirait lentement dans un espace dont il ne connaissait que la littérature. Ah ! J’en avais lu de ces histoires infinies !

*

J’avais aucune envie de confier mes sentiments à ces gens dont la plupart étaient venus dans un esprit de vengeance. Les autres me jetaient des regards complices. Je les connaissais pas. Un type en blouse blanche entra dans la salle des exécutions.

*

C’était comme si j’étais seul ou oublié. « Ils » avaient préparé le terrain. Le jugement ne parlait pas de solitude ni d’oubli. J’crois même qu’il y avait pas eu de procès. Pourquoi j’acceptais ça ?

— Vous êtes conditionné, Frank. Vous avez subi une longue préparation. Désormais, vous saurez distinguer le faux héros de l’homme social. Vous verrez. C’est passionnant !

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Je voulais pas voir ça. Ya rien de plus humiliant que d’assister à sa propre mort. Je l’savais pour l’avoir lu. J’avais cette culture de l’uchronie. J’étais pas différent, seulement distingué, et j’savais plus rien de cette distinction qui m’avait servi de prétexte pour survivre. Ils resserrèrent les liens. J’étais derrière le masque. Peut-être seul à entendre mes cris.

*

D’abord la solitude. Le sentiment que plus rien n’incitera leur curiosité à s’intéresser à votre cas. Vous aurez beau vous agiter dans vos liens, ça ne concernera plus personne. Vous n’avez plus rien à donner pour séduire. Et aucun moyen d’arracher quelque chose à quelqu’un.

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C’était un jeu destiné à assouvir les instincts primaires de la Population. J’en avais bien fait partie, moi, de la Population. Et j’avais jamais éprouvé autre chose que la sédation ordinaire administrée par la télé. On passe sa vie entre la colère et le silence. Entre le spectacle de la Mort de l’Homme et celui de la Joie élevée à la hauteur du Bonheur.

*

J’étais pas très avancé de ce côté de ma personnalité. J’avais même accumulé un certain retard. Il y avait si longtemps que j’étais un citoyen ordinaire après avoir été un acteur de la Réalité qui m’avait détruit définitivement. Depuis, j’avais vécu l’enfer des Invalides Reconstitués.

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On vous a épargné cette souffrance par Système. Inutile d’en demander plus. Le Peuple est resté indomptable sur certaines questions. Alorson a conçu le Sous-Système des Simulacres.

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Rien. J’y arrivais pas. Ou alors j’étais pas seul dans ce corps. Ce qui expliquait les imperfections de ma solitude.

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Sans un minimum de Solitude, j’étais pas prêt pour l’Oubli. « Ils » pouvaient encore tenter la Douleur. Je leur opposerais la Peur comme antidote.

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— J’avais un Destin qui consistait à pas me faire trop chier et vous l’avez changé pour cette merde de Voyage !

— Il est pas heureux de Voyager, le p’tit Frank à sa maman ?

— J’ai jamais voyagé ! J’suis un sédentaire. Je travaille par habitude et je m’amuse pas si on s’amuse plus que moi !

*

Ça me faisait un drôle d’effet de parler à un étranger qui avait joué mon rôle jusqu’au bout. Je lui expliquais rapidement que j’avais toujours été un emmerdeur de tourner en rond. Mais ses yeux indiquaient que c’était pas le genre de truc qu’il comprenait le mieux.

*

Il arracha sa moustache. Il en aurait peut-être plus besoin. Il avait plein d’moustaches dans sa poche. Et il savait exactement qui était qui. Il s’était jamais trompé d’moustaches.

*

Depuis que l’Islam avait accepté le Messie qui du coup avait grimpé de simple prophète à Fils d’Allah, rien n’avait changé. Le verre demeurait le symbole de l’Homme et la jambe condamnait les femmes à cette idée somme toute assez banale que l’égalité est signe de déclin.

 

*

On voyageait nu à l’époque. C’était l’humiliation ou le cahot humide avec des bactéries.

 

*

Ça chlinguait. Je chlinguais. T’as un meilleur mot pour traduire l’impression ? Non. Alors laisse chlinguer si ça chlingue.

*

Mais pour pas mentir, j’avais pas d’projet. J’étais dans le laisser-aller. J’avais trop vécu. Il arrive un moment où tu peux plus tout raconter. Tu te fixes aux détails. Comme si t’avais fait la guerre et que tu t’en étais sorti. Moi j’appelle ça « les lieux du rongeur ». Cette petite bête fait pas mal parce que t’es anesthésié. Le problème, c’est la fréquentation. Pourquoi je suis-je là ? « Parce que j’ai rien d’autre à ronger ! » dit la petite bête qui n’a pas d’humour. Seul. Et pas encore oublié. Si t’as pas compris ça, t’as rien compris, ô Lecteur.

 

*

En fait, tu sais rien et ils t’apprennent au dernier moment. Si t’angoisses pas après ça, c’est que le Simulacre d’Éxécution était plutôt une Éxécution du Simulacre. Un antiroman.

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Le sujet a conscience de ne pas être mort, mais il refuse de se croire vivant.

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J’avais besoin d’un encrier à ma taille, pas d’un verre à la taille de tout le monde.

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Je voyageais à l’envers. Scientifiquement, c’était impossible, mais il arrive quelquefois que la Science ne peut rien pour nous et qu’alors la Réalité travaille le corps jusqu’à ce que l’esprit admette l’inadmissible. On ne voyageait pas dans le Temps parce qu’aucun paradoxe n’avait de solution crédible. On voyageait dans l’Espace parce que les évidences s’accumulaient à la frontière du Possible. J’étaisdonc en train de me raconter des histoires.

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On n’est jamais très convaincant quand l’inexplicable explique mieux que les explications.

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J’étais manipulé de l’extérieur. L’image que je pouvais donner de moi était tributaire de la rumeur. J’avais l’impression désagréable de gratter la surface d’un miroir dans l’intention de ne voir personne d’autre que moi.

*

Les jugements sur la personne, d’emblée ! Tout ça parce que les faits sont pas au rendez-vous. Ça m’détendait, au fond, cette erreur humaine dont j’étais la victime.

*

Mais j’avançais. Si la Réalité était un film, avec des épisodes, une intrigue et des moments forts, on n’aurait pas besoin d’écrire sur elle. On se contenterait de la filmer sans éprouver le besoin de monter. Mais la Réalité est complexe. Ou on se la prend en pleine poire ou c’est du nougat. Ça peut devenir compréhensible seulement si on a du pot. Sinon, on ferme sa gueule ou on triche. J’avais jamais eu l’intention de concurrencer le Service des Fraudes sur le terrain de la Corruption. Mais je voulais avancer et je me disais que j’en savais déjà trop. « Ils » n’avaient aucune chance de me dérouter sur les chemins douteux de leurs uchronies et de leurs concepts sujets à caution. J’avais un p’tit problème de perception, je le nie pas. Et pas tellement d’instruments pour mesurer les différences. Mais je travaillais en transparence et ces superpositions démontraient que j’étais pas plus con qu’un autre. Je voyais, je voyais même clairement. Mais c’était pas facile à reconstruire pour que tout le Monde comprenne. Ah ! je boulottais au fond du trou, seul ou en compagnie de personnages qui s’étaient eux aussi perdus en voyage.

 

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