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Goruriennes (Patrick Cintas)
Ce qu’on ramasse, c’est toujours votre cadavre, pas les fruits de votre imagination...

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 Article publié le 12 mai 2013.

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Ils pratiquent l’humiliation par vengeance, pas par tactique. C’est des cons à l’état pur. Des paranos en liberté qui vendent leur peau pour devenir indispensables. Ça finit en réformé du travail et ça continue de parasiter la société jusqu’à la mort. Ils sont utiles parce qu’ils sont incapables d’être sincères.

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Comme un chien, à quatre pattes sur le dallage sérieux d’une église réformée qui avait connu de meilleurs jours. Les croquettes avaient un goût d’homme. Et elles donnaient soif. J’allais chier des cris humains.

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Personne n’est parfait, surtout en temps de guerres lointaines.

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C’est une drôle d’impression de parler à quelqu’un qu’on connaît et qui ne manifeste aucun signe de reconnaissance. On soupçonne le mauvais coup et on se laisse convaincre par les apparences. Les choses deviennent omniprésentes. On est envahi de l’intérieur, avec tous les moyens dehors, comme s’ils ne servaient plus à rien.

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— Vous ne voulez pas mourir, Frank ? Je veux dire : bêtement.

— Non, je suis comme tout le monde : c’est intelligemment que j’veux mourir

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J’étais libre. Si on peut appeler liberté la faculté de foutre la paix au reste du Monde.

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Ces débats d’intellectuels sont comme la pierre que tu jettes : si elle ensanglante le visage de ton ennemi, c’est que tu vises bien ; sinon, t’as visé où c’est tombé et t’as du mal à convaincre.

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Ya des moments comme ça où on n’a qu’envie de rigoler. Ça fait du bien au corps et l’esprit s’en fout. On s’abandonne, mais sans Dieu.

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J’aurais pu être un héros moi aussi. C’est pas si difficile que ça. Suffit de continuer ce que d’autres ont entrepris à votre place.

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J’étais pas à l’aise dans mon fauteuil pressurisé, mais j’appréciais les conditions substantielles du voyage, un mélange serein de choc thermique et d’accélérateur de particules maison. Mes yeux ne se désemplissaient pas et mon cerveau était d’accord. La symbiose parfaite, sans coulures d’expérience ni prophétie aléatoire.

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— J’vous dis que l’expérience a foiré !

Je fermais la porte.

— Ça foire jamais, les expériences, dis-je pour me convaincre. On en tire toujours un enseignement.

C’était pas faux, mais les enseignements se font souvent au détriment de la vie.

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— Vous êtes bien difficiles ! On vous sauve et vous n’acceptez pas de revenir totalement indemnes. Ah ! L’ingratitude ! Non mais des fois !

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Ah ! Ça doit doit être dur de crever dans sa propre pourriture. Je m’demandais comment j’allais crever moi : dans la même pourriture d’expérience ratée ou d’une rupture de circuit au paroxysme du plaisir ?

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J’suis pas chien avec les paumés. Ils me font marrer parce qu’ils en savent toujours plus que vous, aimable citoyen du Monde, sur ce qui les rend misérables et inutiles. Je conteste pas la misère qui les frappe de plein fouet, mais je les trouve utiles parce qu’il sont grotesques comme des glisseurs de banane et que ça soulage toujours un peu de se savoir au-dessus de ce style de contingence.

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Le destin d’un homme tient à des choix, pas aux circonstances. Je savais pas quand j’ai commencé. Maintenant, j’emporte mon secret dans la tombe. Ah ! C’est chiant !

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Qu’est-ce que je savais de toutes ces théories qui exigent des connaissances que la plupart des cerveaux sont incapables d’acquérir même au prix de grands sacrifices ? Rien.

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On se lavait avec de la poudre aux yeux, substitut spatial de la poudre d’escampette.

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Qu’est-ce que je désirais au fond de moi ? Une existence d’éboueur ou la vie de couple ? Je savais pas. Et ça n’avait aucune importance que j’en sache rien, parce que je finirais par le tuer. Mais à quel moment ? AVANT ou APRÈS ? Avant d’aller trop loin. J’iraisjamais aussi loin.

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Il n’y avait pas une trace d’angoisse sur son visage fin. Rien que ce bonheur de croyant dont je n’ai jamais accepté la promesse de Vie APRÈS la Mort et non pas à la place de la Mort comme le démontre assez le résultat global de l’expérience humaine. Si je le tuais, ce qui était la plus probable des issues de ce combat, ce serait avec une férocité sans nom. Je redoutais que la Justice eût prévu ce cas de figure. Mais qui me jugerait si je continuais le voyage seul jusqu’à mourir de faim ou d’angoisse ?

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Mais ces personnages ayant appartenu à nos péripéties ne manquaient pas à l’appel. On les évoquait dans des conversations consacrées à d’autres sujets dont le contenu passionnait nos cœurs meurtris. Ils étaient de passage, comme ces oiseaux qu’on avait photographiés à Doñana pendant les vacances d’été. Il y avait une quantité incroyable d’oiseaux en attente et ils étaient de passage.

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C’était pas une question de liberté. Pas seulement. Si je m’endormais, et je vous prie de croire que j’avais sommeil, je me réveillerais au son de nouvelles si mauvaises que je n’aurais pas d’autre choix que le suicide façon Islam. Tout y passerait. Y aurait plus d’expérience pour conclure à l’échec.

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Dormir. C’était la seule chose que me réclamait mon corps. J’avais passé l’âge des efforts surhumains. Je pouvais pas finir comme ça. Pas le héros populaire qui donnait un sens aux Bandes Redessinées de l’Imagination Populaire !

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J’étais le seul homme libre de ce navire et j’avais perdu toute influence sur les systèmes. Ils avaient attendu quarante ans pour me trahir. J’allais mourir les bras en croix. Sans un cri. Sans une supplique pour donner un sens symbolique à l’extermination de mes cellules.

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Il avait toujours cet air de demeuré du bonheur. Du clinquant à la place du massif. Mais où j’en étais moi-même ? On pouvait prendre le temps de réfléchir. Ensuite, l’un tuerait l’autre et on saurait jamais qui mourrait et qui continuait le voyage. Je le savais, moi. J’étais même prêt à lui faire la peau. Et alors je retournerais sur la Terre pour m’expliquer. Paraît qu’il faut des années pour s’expliquer. C’était pas aussi facile que de répondre aux questions de routine. Ce serait nouveau pour moi.

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C’est le chat qui m’a réveillé. Il me léchait les dents dont il explorait les interstices avec les griffes. Il avait l’air de se régaler. Je pouvais même pas le caresser tellement mes liens étaient serrés. Je donnais un coup de pied sans le toucher. Il avait calculé toutes les distances et se situait dans un point mort. C’est malin, les bêtes.

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J’avais le choix entre chercher une solution et ne pas la trouver — et me tenir le plus tranquillement possible avant la minute d’angoisse qui précède la mort.

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J’arrivais pas à choisir entre tenter de changer mon destin ou en accepter la triste fin, ce qui constitue en soi une troisième possibilité.

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Elle caressait le chat qui se tenait dans l’ombre sans me quitter des yeux. On peut pas être mieux : le sexe et une petite bébête pour témoigner que ça s’est bien passé.

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J’émis une plainte. Le flic se retourna. Il percevait la différence entre plainte et soupir. C’est ça, l’expérience !

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J’éjaculais. Cette fois, le flic douta. Ça ressemblait à un soupir, mais sans la raison du soupir.

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Y avait aussi des bactéries de plusieurs races. J’y connaissais rien en racisme bactérien. Mais ça comptait comme présence ! Ça comptait jusqu’à plus savoir où on en était.

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Pour les problèmes métaphysiques, ya qu’la Terre pour réfléchir. Ailleurs, on est trop sollicité par les questions de physique dimensionnelle.

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Les gens normaux ne devraient pas fréquenter ceux que le Mental explique mieux que les discours moralisateurs. De quoi on a besoin pour vivre ? D’un Jardin. Autant en interdire l’entrée à ceux qui présentent des signes de dysfonctionnement. La Vie serait plus simple. On s’rait payé grassement au lieu de jeter cet argent précieux par les fenêtres ouvertes sur l’Inconnu. Un bon métier est synonyme de bonheur.

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— Tu connais le nombre de Chinois ? T’en péteras jamais assez pour mettre en péril leur civilisation. Ils se reproduisent par division, comme les cellules de ton cerveau, sauf que les tiennes sont pas d’accord une fois séparées.

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Ce qu’on ramasse, c’est toujours votre cadavre, pas les fruits de votre imagination.

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Ah ! Mes doigts de pied s’accrochaient à la vie ! C’était tout ce qui me restait, la vie. J’aurais plus d’existence.

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Je m’demandais si j’aurais droit à une vie sexuelle. C’est le plus dur dans l’enfermement : la camisole sexuelle ou la pratique abusive de l’autosatisfaction. On avait rarement le choix. Je crois même que les fous renoncent aux abus sans le savoir. Mais les autres ? Ceux dont le cerveau est fait pour la pratique ? Les pas doués de l’esprit ? Les obsédés de la normalité ? Ceux qui n’ont aucun problème d’interprétation ? Pas un seul de persécution ? Comment vivent-ils si on leur coupe les ressources sexuelles ? Ah !J’y pensais en m’accrochant !

 

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